Tourista carabinée

Publié le par Jullian

Je me rends a Urfa ou j'arrive en plein milieu d'après-midi. L'avant-veille, j'ai prévenu tout le monde par mail que j'arrivais. Je n'ai eu de nouvelles que de Civan, celui avec qui je m'entends le mieux, qui m'apprends qu'il n'est malheureusement pas sur Urfa, vacances scolaires obligent.
En attendant, je vais récupérer mon colis qui m'attend depuis un mois et demi a la poste restante (lunettes de rechange et nouvelle carte de crédit). On me fait le coup du "c'est pas encore arrivé". Tu peux toujours courir, bonhomme, je repars pas sans. Il faut repasser demain. Mais bien sur. Je fais le poireau et demande a ce qu'on me le trouve. Alors arrive le moustachu désagréable a qui j'ai eu affaire trois fois dans le passé. Il m'emmène dans une salle cachée dans un autre bâtiment, et d'un chaos de colis de toutes formes et de toutes tailles, me sort mon ch'ti colis qui m'attendait sagement dans la poussière. Une bonne chose de faite.

Je retrouve mes petites habitudes avec la même chambre dans le même hôtel, mon resto, mon cybercafé. C'est agréable mais j'ai besoin d'avancer, pas de me poser. Civan étant pas la, les autres répondant pas encore, je me dis que je laisse tomber les retrouvailles et trace le lendemain. Tant pis.
Le gérant de l'hôtel me dit qu'il y a un bus a 20h pour Dogubayazit, près de la frontière iranienne. Je lézarde donc en journée avant de me rendre a pied a la gare routière, par sécurité, pour vérifier les horaires. Il y a bien un bus direct, mais a 17h. Il est 16h30...Super. Ça va être chaud. Je me pique une grosse suée a l'aller, fait le retour avec le sac sur le dos. Pas de taxi, naturellement. Quand on a besoin d'eux...J'arrive en retard mais le départ est plus pour 17h30 (il aurait pu me prévenir, mais bon). Je rentre dans le bus en état liquide et odorifere assez prononcé, heureux de m'avancer vers l'Iran.

Le trajet est long (14h), je trouve pas le sommeil mais somnole beaucoup entre les arrêts. A minuit passé, on s'arrête je ne sais ou, dans un bled plein de sandwicheries, de kebabs. Je me prends un kebab que je mange sur la route. Il est pas tres bon mais ca fait du bien de manger. Trois heures plus tard, les premiers symptômes de la diarrhée apparaissent. Mon estomac tourne a plein régime et fait un bruit pas possible. Il a pas l'air content du tout. Ça ne fait qu'empirer et les heures qui suivent exigent de moi un sacré contrôle de soi et beaucoup de concentration pour ne pas que je redécore le bus. J'arrive vers 7-8h a Dogubayazit, exténué et tres "malade".
Heureusement je trouve mon hôtel assez rapidement, et c'est un bon hôtel avec ma propre salle de bain. Toute la journée, je partage mon temps entre mon lit, ou je me tortille sous l'effet de la fièvre, et les chiottes, ou je m'applique a me déshydrater de toutes les manières possibles. J'ai l'impression de vivre un cauchemar sans fin. Je peux rien boire, rien avaler. La nuit continue dans le même esprit, alors que j'entends la ville en fête, la musique et les feux d'artifice. J'apprends plus tard que c'était un gros festival culturel kurde qui arrive une fois l'an, genre a ne pas manquer... Mes plages de sommeil durent pas plus de 30mn-1h. Le lendemain, c'est un peu moins violent. J'arrive a me traîner dehors une demi-heure, essaie de manger sans succès, et revient me coucher pour y rester la journée. Le troisième jour, je me sens tres fatigué, mais beaucoup mieux. Les médocs commencent a faire leur effet, et je peux enfin sortir, manger un peu, et faire connaissance avec les autres touristes de l'hôtel.

Je rencontre un australien d'une quarantaine d'années, Dale, grande gueule mais marrant, ou l'inverse. Rachel, une américaine d'origine koweitienne qui est prof a Istanbul. Tranquille mais un peu rabat-joie, un peu vieille fille déjà. C'est électrique entre les deux opposés que sont ces deux la. Il y a aussi un tchèque qui vit en Nouvelle-Zelande, ce qui donne un drôle d'accent en anglais. Un peu effacé, timide, il est friand des histoires de Dale, avec qui il voyage depuis quelques temps et forme un duo complémentaire. Il rigole beaucoup et ne mange pratiquement pas, se remettant lui aussi difficilement d'une tourista qu'il traîne depuis une semaine. Voyageant seule depuis plusieurs mois, Jillian, australienne, est dans le pur esprit "backpacker", va beaucoup a la rencontre des locaux, chez qui elle se fait régulièrement invitée. Elle est simple, agréable, positive et a l'écoute, le genre de voyageur(se) que j'apprécie vraiment.
Il y a aussi une autre américaine, prof elle aussi, qui a l'air complètement perchée, a coté de la plaque. J'ai pas trop réussi a cerner son problème. Peut-être qu'elle a un grain, peut-être qu'elle est en dépression, peut-être qu'elle est juste un peu con. Elle a un regard bovin, une voix traînante qui transpire également d'intelligence. Elle traîne la journée, et surtout la nuit, avec ses "boy friends" turques, et ca lui fait de l'effet apparemment. C'est un laideron mais elle regarde les mecs comme si elle était Lauren Bacall, irrésistible. Au petit-déjeuner, avec son corps mal foutu et ses kilos superflus, elle m'impose sa séance de gymnastique matinal, devant mes yeux horrifiés et mon estomac retourné qui essaie de digérer mes oeufs et mon café. Je sais que je sonne langue de pute, mais elle était vraiment ridicule, "too much".


Cette dernière mise a part, qui se mêle peu aux autres touristes, la petite bande se rend ensemble au Palais d'Ishak Pacha, perché sur une des montagnes qui entourent la ville. J'avais prévu de suivre le mouvement mais je suis trop juste niveau énergie. Je les rejoins le soir pour fêter l'anniversaire de Rachel dans un petit restaurant, et on finit ca au dernier étage de l'hôtel qui, 24h/24, est laissé a notre disposition. Il y a des fauteuils confortables, des tables, internet gratuit, de quoi écouter de la musique, et des vitres partout qui donnent une vision panoramique de la ville, des montagnes alentours, et en particulier du sublime Mont Ararat.


A part ca, la ville en elle-même n'a rien de bien attirant. Elle est construite a la russe, avec des rues parallèles ou perpendiculaires. Elle est plate et sans perspective, assez poussiéreuse, et il n'y a rien a y faire.


Par contre, le cadre est somptueux. Le Mont Ararat, avec son sommet enneigé, sa couronne de nuages qui va et vient au gré du vent, du temps, du moment de la journée, avec sa hauteur intimidante (5137 m pour être affreusement précis), surtout qu'il surgit de la plaine (qui se trouve a 1600 m quand même); ce Mont Ararat agit comme un aimant, attirant les regards. D'où que l'on soit, il faut qu'on le regarde, voir s'il est différent de tel angle, tel endroit, comment sont les nuages...Je ne me lasse pas de le regarder. Il dégage vraiment quelque chose de spécial.

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Publié dans TURQUIE

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