Retour en Turquie

Publié le par Jullian

C'est parti pour une longue journée dans les transports. Taxi pour la gare, bus pour Alep. Puis la galère, plus de bus pour Gaziantep ou la frontière turque. On me propose des taxis a des prix exorbitants, alors j'erre dans les gares routières, a la recherche d'une solution, parce que mon visa se termine aujourd'hui, donc il faut que ça passe. Des mecs viennent a mon aide et me trouve un taxi collectif. On négocie avec le chauffeur. Ça prend du temps mais on finit par tomber d'accord sur le prix pour Kilis, la ville frontière coté turc. Le prix qu'il me propose pour Antep est aberrant je trouve, donc il me lâchera en chemin. Ça lui plaît pas mais bon, les clients se bousculent pas au portillon, je serai donc le cinquième larron dans la voiture.
Tous les autres sont turcs. Un chauffeur-routier de mon âge, sapé comme un archiduc, un "petit" jeune d'une vingtaine d'années, et un gars dans la quarantaine. Ce dernier est un rigolo, passant son temps a raconter des conneries, a taquiner le chauffeur. Je lui trouve une gueule de breton, avec un visage et une peau un peu rougie, comme attaquée par le sel, le soleil, et l'alcool. Il a les rides du rire profondément creusées aux coins des yeux. Il ferait un bon pilier de bar par chez nous. L'ambiance est bonne, on forme une bonne équipe.
On s'arrête a la dernière ville syrienne avant la frontière. Tout le monde fait ses achats en gros. De la bouffe a gogo dans des cartons, des sacs plastiques, qui remplissent l'énorme coffre de la voiture (style Espace). Moi je suis fauché, j'ai donné toute ma thune au chauffeur, alors j'achète rien. Le "breton" me remplit les poches de graines de tournesol, alors je m'asseois et mange mes graines pendant qu'ils font leurs emplettes. Le chauffeur vient me voir et me dit que c'est bon pour Antep, a mon prix. Je lui file ce qui me reste en lire turque et en dollar. Tout est réglé et l'un comme l'autre on semble soulagé et plus léger. Il devient plus souriant et rigolard. Il me ramène un coca juste au moment ou le routier me tend un sandwich énorme. Je sais plus ou donner du merci. Vive les kurdes !
A la frontière, tout se passe très bien, si ce n'est une petite fouille des sacs. Une fois les tampons et visas réglés, on se rend au duty free. Pour chaque passeport, on a droit a 4-5 cartouches et 5-6 bouteilles de whisky. Le "breton" prend sa part, mais le reste est pour le chauffeur qui achète pour 350-400 euros de came. Il habite pas loin de la frontière, coté turc, et en y passant, il dépose ça au marché du coin. Le "breton" est lâché a une station essence au milieu de nulle-part. Les deux autres sont deposés dans le centre de Gaziantep. Y'a un problème sur le paiement. Le chauffeur trouve que c'est pas assez. Je sais pas ou me foutre parce que je réalise qu'ils proposent déjà bien plus que ce que j'ai donné. En réalité, j'ai payé moins que le prix normal ! Le genre de truc qui arriverait jamais au Liban, tiens ! Le chauffeur finit par laisser tomber, surtout qu'ils savent parfaitement combien j'ai payé.
Il est suffisamment sympa pour ne pas me laisser en plan (ce que je redoutais) et me dépose près de l'endroit que je lui dit, un genre de mairie. Pas de bol, y'en a deux comme ça, et je suis a la mauvaise. Il est 22h et je cherche ma route dans des rues désertes et nocturnes. Je demande des infos a un vieux qui passe par la et m'emmene un bout, jusqu'à un autre groupe de mecs qui discutent entre eux de l'endroit mystérieux et inconnu qu'est mon hôtel. Finalement :
"Le Merkez Hotel ?! Pourquoi tu vas la-bas, c'est pas un bon hotel. Y'a eu deux meurtres la-bas.
- Ah bon ?
- Ouais, c'est pas bien la-bas.
- Oui, mais c'est pas cher.
- Moi je connais une bonne pension, pas cher.
- Ah bon, c'est combien ?
- Hum... (tout en me dévisageant) ...30 $.
- Ah ouais mais la non, moi je paie 15 liras au Merkez (~10 $)."

Du coup, un d'entre eux m'accompagne plus loin et m'indique la route. Grâce a eux, je retombe sur mes pattes et retrouve mon vieil hôtel misérable, banalement dénué de tuerie cette nuit la.
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Publié dans TURQUIE

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