La folie football : soirée avortée
Ma journée a Gaziantep consiste a chercher a manger, écrire, blogger et surfer sur internet, boire du thé et des jus de fruits (Aaaaah ! les divins, succulents "atom" : des milkshakes a la banane, avec du miel, de la pistache et des noisettes). Gaziantep étant bien plus grand qu'Urfa, je me suis dit que je serai pas plus mal ici pour regarder la demi-finale Allemagne-Turquie. Dans le cas d'une victoire turque, la fête n'en sera que plus folle et impressionnante ici.
Je vais regarder le match dans un salon de thé. Visualisez une grande salle remplies de tables et de chaises premier prix, absolument aucune décoration, si ce n'est un portrait d'Ataturk dans un coin, et un samovar ou deux pour faire le thé. Que des hommes bien sur (les femmes sont interdites), buvant, fumant et jouant (sauf ce soir) aux cartes, au okay, aux dominos. C'est plus l'esprit saloon ou bar des sportifs, l'alcool en moins. Une télé est accrochée au mur. Des dizaines d'hommes tournés vers elle, discutant peu. Je suis content et surpris qu'il y ait de la place. Ou sont tous les autres ? Les rues sont désertes et je sais pas ou ils sont tous réunis.
En rentrant dans le saloon, je suis dévisagé par la salle, seul blanc-bec de l'assistance. Un vieux en particulier me fixe, et se retourne encore pour me mater une fois que je suis assis, pas forcement amicalement, commentant ma présence avec ses voisins. Dix minutes plus tard, il peut plus se retenir, il vient me voir avec un grand sourire qui pourrait presque être sincère, et me dit :
"Sprechen sie Deutsch ? (Parlez-vous allemand ?)
- Nein, ich spreche kein deutsch. Ich bin Frankreich. (Non je parle pas allemand. Je suis "France")
- Ah ! Vous êtes pas allemand ? !
- Non, je suis français.
- Alors, ça va. Vous êtes bien. Bonne soirée."
Et il part avec un sourire certainement sincère pour le coup. Je crois qu'il rigolait pas en disant que c'était bien que je sois pas allemand...Il fait tourner l'info comme quoi je suis français. Ça se répand comme une traînée de poudre. Problème résolu. Concentrons-nous sur le match, on a d'autres chats a fouetter.
A chaque action, le silence est rompu par des cris, des insultes, et des discussions aussi animées que brèves. Un joueur turc fait un lob qui retombe sur la transversale, la foule du salon lâche un cri retenu, mais un autre joueur surgit et reprend la balle revenue au sol. Le ballon rentre péniblement dans les filets après être passée entre des jambes et des mains. Tout le salon de thé se lève d'un seul homme, crie et rigole. Ils crient le nom du buteur comme s'ils étaient au stade. Les ralentis passent et repassent. Ils en peuvent plus de décortiquer tout ça et discute comme ça pendant quelques temps. Pas le temps de s'en remettre que les allemands égalisent, moins de 5 minutes plus tard. Certains s'énervent. La majorité reste muette, désolée.
A la mi-temps, tout le monde sort. Je vais voir si y'a du peuple dans les rues mais toujours rien, si ce n'est quelques jeunes qui sillonnent le macadam avec des drapeaux turcs a la main. Mais les affaires marchent pas fort poue eux pour le moment. Quelques petits baklavas et je repars voir le match dans une salle déjà regarnie.
A 10 minutes de la fin, le gardien turc se troue comme une merde et les allemands marquent de la tête. Consternation. Colère. Et ça ne fait qu'empirer avec les minutes qui défilent. Chaque action, chaque mouvement stérile est accueilli par des cris de haines. Un homme en particulier lance des flammes avec son regard. On dirait qu'il va tout casser. Certains ne tiennent plus en place. Je suis a ce moment précis très content d'être français, et pas allemand.
A 4 minutes de la fin, un turc fait un superbe débordement, centre, un attaquant se jette et glisse le ballon dans un trou de souris. Égalisation. 2-2. Le salon de thé est sens dessus-dessous. Les hommes crient, hurlent de bonheur. Ils sont au bord des larmes et moi aussi du coup, tellement je rigole, et pris par l'ambiance et leur enthousiasme. Ils se jettent dans les bras les uns des autres et commencent tous a chanter des sortes de chansons de supporters.
Reste plus qu'a prier pour que ça tienne jusqu'aux prolongations. Les gens prient, croisent les doigts. Malheureusement, les allemands plantent un 3ème but a la dernière minute. Les deux tiers de la salle se vide immédiatement, avant même le coup de sifflet final. Ils vont heureusement évacuer leur colère ailleurs, ou plus sûrement aller se coucher et passer une mauvaise nuit. Merci les allemands, vraiment ! Vous m'avez foutu ma soirée en l'air. Mon appareil-photo était prêt a mitrailler la foule en délire, ben c'est raté. Bande de rabats-joie ! Du coup, moi aussi je me couche tristement.
Je vais regarder le match dans un salon de thé. Visualisez une grande salle remplies de tables et de chaises premier prix, absolument aucune décoration, si ce n'est un portrait d'Ataturk dans un coin, et un samovar ou deux pour faire le thé. Que des hommes bien sur (les femmes sont interdites), buvant, fumant et jouant (sauf ce soir) aux cartes, au okay, aux dominos. C'est plus l'esprit saloon ou bar des sportifs, l'alcool en moins. Une télé est accrochée au mur. Des dizaines d'hommes tournés vers elle, discutant peu. Je suis content et surpris qu'il y ait de la place. Ou sont tous les autres ? Les rues sont désertes et je sais pas ou ils sont tous réunis.
En rentrant dans le saloon, je suis dévisagé par la salle, seul blanc-bec de l'assistance. Un vieux en particulier me fixe, et se retourne encore pour me mater une fois que je suis assis, pas forcement amicalement, commentant ma présence avec ses voisins. Dix minutes plus tard, il peut plus se retenir, il vient me voir avec un grand sourire qui pourrait presque être sincère, et me dit :
"Sprechen sie Deutsch ? (Parlez-vous allemand ?)
- Nein, ich spreche kein deutsch. Ich bin Frankreich. (Non je parle pas allemand. Je suis "France")
- Ah ! Vous êtes pas allemand ? !
- Non, je suis français.
- Alors, ça va. Vous êtes bien. Bonne soirée."
Et il part avec un sourire certainement sincère pour le coup. Je crois qu'il rigolait pas en disant que c'était bien que je sois pas allemand...Il fait tourner l'info comme quoi je suis français. Ça se répand comme une traînée de poudre. Problème résolu. Concentrons-nous sur le match, on a d'autres chats a fouetter.
A chaque action, le silence est rompu par des cris, des insultes, et des discussions aussi animées que brèves. Un joueur turc fait un lob qui retombe sur la transversale, la foule du salon lâche un cri retenu, mais un autre joueur surgit et reprend la balle revenue au sol. Le ballon rentre péniblement dans les filets après être passée entre des jambes et des mains. Tout le salon de thé se lève d'un seul homme, crie et rigole. Ils crient le nom du buteur comme s'ils étaient au stade. Les ralentis passent et repassent. Ils en peuvent plus de décortiquer tout ça et discute comme ça pendant quelques temps. Pas le temps de s'en remettre que les allemands égalisent, moins de 5 minutes plus tard. Certains s'énervent. La majorité reste muette, désolée.
A la mi-temps, tout le monde sort. Je vais voir si y'a du peuple dans les rues mais toujours rien, si ce n'est quelques jeunes qui sillonnent le macadam avec des drapeaux turcs a la main. Mais les affaires marchent pas fort poue eux pour le moment. Quelques petits baklavas et je repars voir le match dans une salle déjà regarnie.
A 10 minutes de la fin, le gardien turc se troue comme une merde et les allemands marquent de la tête. Consternation. Colère. Et ça ne fait qu'empirer avec les minutes qui défilent. Chaque action, chaque mouvement stérile est accueilli par des cris de haines. Un homme en particulier lance des flammes avec son regard. On dirait qu'il va tout casser. Certains ne tiennent plus en place. Je suis a ce moment précis très content d'être français, et pas allemand.
A 4 minutes de la fin, un turc fait un superbe débordement, centre, un attaquant se jette et glisse le ballon dans un trou de souris. Égalisation. 2-2. Le salon de thé est sens dessus-dessous. Les hommes crient, hurlent de bonheur. Ils sont au bord des larmes et moi aussi du coup, tellement je rigole, et pris par l'ambiance et leur enthousiasme. Ils se jettent dans les bras les uns des autres et commencent tous a chanter des sortes de chansons de supporters.
Reste plus qu'a prier pour que ça tienne jusqu'aux prolongations. Les gens prient, croisent les doigts. Malheureusement, les allemands plantent un 3ème but a la dernière minute. Les deux tiers de la salle se vide immédiatement, avant même le coup de sifflet final. Ils vont heureusement évacuer leur colère ailleurs, ou plus sûrement aller se coucher et passer une mauvaise nuit. Merci les allemands, vraiment ! Vous m'avez foutu ma soirée en l'air. Mon appareil-photo était prêt a mitrailler la foule en délire, ben c'est raté. Bande de rabats-joie ! Du coup, moi aussi je me couche tristement.
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