Ecce Homo

Publié le par Jullian

Mardi. Je me lève tôt pour me rendre au temple du Dalai-Lama a McLeod Ganj. Y'a beaucoup de monde et des queues interminables. Un mec me passe et m'apprend que je suis dans la file pour les femmes. Je le suis pendant 50-100 mètres et on arrive direct a la fouille. Apparemment, la rock-star attire beaucoup de nanas et peu de mecs. Je comprends pas. Le bouddhisme parle t'il plus aux femmes ? Sont-elles plus "spirituelles" que les hommes ?

Je me fais dépouiller de mes clopes, mon briquet, mon mp3 et me rends dans la grande salle a l'étage. C'est déjà gavé de monde, dur de trouver une place. La moitié la plus proche du trône du Dalai-Lama est composée par un groupe de bouddhistes taiwanais, qui ont demandé ces interventions et paient pour. Leur emplacement est délimité par un cordon de sécurité ou se presse une horde de cameramen et photographes, également taiwanais. Le reste de la foule est majoritairement tibétaine.

Je me trouve une place a un bout du temple, avec vue sur le saint siège, encore vide pour le moment. Je bouge de cinquante centimètres a droite et je ne verrais qu'une simple colonne. Ce qu'un vieux tibétain qui arrive une dizaine de minutes plus tard m'ordonne de faire. Je suis a "sa" place. J'ai bien envie de m'énerver et de lui dire qu'il avait qu'à se pointer plus tôt, comme tout le monde, mais c'est pas le bon endroit pour ça. Je cherche un autre emplacement, encore un peu plus loin. Une vieille inflexible me refait le coup au bout d'un quart d'heure, et elle dit avoir réservé tous les environs (10 m2). Je râle. Les règles sont les mêmes pour tous : premier arrivé, premier servi. Mais bon, va tenir tête a une vieille tibétaine. Elle est bien plus bornée que moi (c'est pas peu dire) et j'insiste pas, l'ambiance "peace, brother" aidant.

Je vais grogner sur un banc avec visibilité nulle (je vois plus de place potable, et c'est toujours mieux qu'en tailleur sur le ciment) et déballe ma radio. Le speech est diffusé en ondes courtes. Une station différente pour chaque langue dans laquelle c'est traduit. Une bonne demi-heure d'attente. Et les mêmes mantras répétés en boucle et crachés par la sono. Un touriste d'une cinquantaine d'années annone en meme temps, en tailleur, sans faiblir. J'admire sa persévérance. Moi, ça commence a me stresser, ce martèlement. J'essaie de me divertir en observant le public. Calme, concentration, et révérence religieuse sont de rigueur. Rien d'excitant. La plupart des tibétains porte des offrandes avec eux. De la bouffe. Essentiellement du lait.

Une légère agitation se fait sentir, et monte en intensité. Le Dalai-Lama et une escorte de peut-être vingt personnes montent les escaliers qui mènent au temple, puis apparaissent a l'autre extrémité de la salle, et suivent le mur jusqu'à son siège, hors de ma vue. Je l'ai a peine aperçu, a 30-40 mètres. Son installation prend du temps. C'est plus un jeune homme non plus, et il sort a peine de l'hôpital, ça doit pas aider. Il salue le public. En tibétain, en taiwanais, et en anglais. A la prononciation de ces quelques mots en taiwanais, le groupe VIP devient hystérique et lance cris de joies et applaudissements. C'est pas tout a fait Ricky Martin, mais il connaît son boulot, le bougre. Il chauffe encore la salle pendant quelques minutes, en lançant des blagounettes, riant de son rire si particulier, grave et profond, contrôlé et bon enfant a la fois. Les groupies sont aux anges. Le traducteur anglais (un tibétain) qui bafouille dans mes écouteurs est dans les choux. Hyper tendu, hésitant, bégayant, toujours en retard de trois wagons. Je comprend pas la moitié de ce qu'il raconte.

Le "cours" commence et ça se complique encore. J'ai oublié l'intitulé des leçons mais en gros, c'est l'explication d'un passage particulier d'un texte sacré, pour l'interprétation duquel ces taiwanais ont demandé les lumières du grand homme. Désolé, je peux pas faire plus vague. C'est métaphysique, religieux, technique, abstrait, avec de nombreux termes dont seuls les initiés connaissent la signification. Le traducteur a certes un peu de mal, mais pas autant que moi. Je pipe que dalle, et au bout d'une demi-heure, je laisse tomber les oreillettes et écoute le discours en tibétain (c'est pas forcément moins clair), et la traduction taiwanaise qui suit. Si jamais quelqu'un cherche un traducteur tibétain / taiwanais... Au moins, c'est la voix de l'Homme et pas celle d'un traducteur.

Une pause. Des moines passent entre les rangs et donnent une espèce de jus ou soupe de riz (on nous avait demandé de venir avec son écuelle et son verre), une sorte de pain et une bouillie de je ne sais quoi. Mystérieux repas, n'est-il pas ? Ils ramassent aussi les offrandes. L'ambiance cantine s'éteint avec le retour a la leçon. Trois quart d'heure de plus dans le meme charabia. Je patiente un quart d'heure avant de me décider a me barrer. Je meurs d'ennui et je me dis qu'au moins, j'aurai l'occasion de voir le Dalai-Lama en traversant la salle. En marchant calmement et respectueusement (vous savez, cette démarche qui nous donne l'air d'un enfant puni qui va au coin, ou d'un chien qui se serait pris un coup de bâton), je fais un travelling sur le vieil homme assis en tailleur devant son micro.

Je sors du temple. Dans la cour, une nouvelle foule est réunie, écoutant le discours par haut-parleur. Le public de seconde classe. Ceux arrivés trop tard. Je récupère mes affaires et sort dans la rue, enfin libre. Je pourrais dire que j'ai vu l'homme, mais ça s'arrête la. Pas d'illumination, pas de joie, pas vraiment d'excitation, et beaucoup d'ennui. Je retenterais l'expérience quand il se décidera a écrire un one-man-show.

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Publié dans INDE

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M
Bonne année Jullian .Bisous.Marie
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M
Bonne Année 2009 à toi
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J
<br /> Toi aussi, bonhomme !<br /> <br /> <br />