Petits constats amers

Publié le par Jullian

Grosse journée d'écriture. Ça coule bien. Je suis content de moi. Sarah et Yael partent en promenade pendant ce temps. Une grosse fiesta se faire entendre a coté de l'hôtel. Je vais y faire un tour. L'entrée est gardée par quelques gamins d'environ 10 ans, armés de petits bouts de bois. Ils font la sélection a la grille : peau blanche, tu passes ; indien, tibétain, tu vas voir ailleurs. Quand ça râle ou insiste, ils jouent du bâton. Je les vois même repousser des moines bouddhistes avec leur bâton, leur donnant quelques coups en leur gueulant de se casser. A l'intérieur comme dans le village, la foule est israélienne. Le DJ est caché dans le fond du jardin, derrière une foret de bras qui gesticulent. Il est 16h, mais on se croirait a l'apothéose d'une rave party. Certains ont du s'aider chimiquement ou autrement aussi. Parce qu'il y en a a moitié a poils, tournant comme a bout de force, des cris de plaisir s'envolent de toutes parts, sourires extatiques, mouvements gracieux et arabesques, la transe de quelques spécimens dans leur bulle. Je suis pas dans l'ambiance, je retourne a mes petites affaires.


En "ville", certains commencent deja a me fêter la bonne année (hoshashana), qui est pour demain. On m'a déja dit que je pourrais être israélien, de par mon physique, mais je trouve tout de même étrange que des inconnus me parlent directement en hébreu, comme ca. Ca m'arrive régulièrement d'être interpellé en hébreu, pour telle ou telle raison. En Israel, bien sur, ca me dérangerait pas, mais en Inde ! Certains doivent vraiment penser que Bhagsu est un territoire annexé, une colonie israélienne. Et c'est vrai que ca y ressemble. Les noms des restaurants c'est plus "Little Haifa" que "Little Delhi" ou "Little Tibet". Les panneaux et menus en hébreux sont mis en avant, il est quasi impossible de trouver un clavier d'ordinateur qui ne soit pas en caractères hébreux, la musique qui passe est aussi souvent israélienne.


Nouvelle journée. Avec Sarah, on se rend a McLeod Ganj, ou l'ambiance est plus tibétaine, et la foule cosmopolite. On fait du shopping dans les magasins de fringues, je cherche en vain un bouquin potable dans les quelques librairies du coin (toujours les mêmes merdes qui reviennent ; des étagères complètes de John Grisham, de Michael Crichton, de Ruth Rendell, et des tas d'autres avec les mêmes couvertures tape-a-l'oeil ; et puis Paulo Coelho, encore et toujours lui - combien de fois je suis tombé sur des voyageurs qui ne lisent jamais mais ont lu "L'Alchimiste" et ont A-DO-RE ! ), et on va s'inscrire dans une espèce de poste de police pour les leçons du Dalai-Lama, qui commencent demain pour cinq jours. Photocopie du passeport, des papelards et questionnaires a remplir, des photos d'identité, le prénom de jeune fille de mon arrière grand-mère maternelle, un échantillon d'urine, un test de Rorschach et une inscription obligatoire au PS...Du classique.

Une mendiante qui me montre son bébé me demande de lui acheter du lait. Une fois n'est pas coutume, j'accepte de la suivre dans un magasin pour m'acheter un bon karma. Elle s'empare d'un gros paquet de lait (c'est pas des briques ici) : 250 roupies ! (je rappelle que mon hôtel par exemple c'est 80 Rs) Oh la, mémère, on va se calmer, prend le petit paquet : 120 roupies ! Putain de merde, je me suis fait rouler dans la farine. On m'y prendra pas deux fois. Plus tard, je vois des familles entières traîner sur le trottoir. Je les observe, assis en face. On dirait qu'ils travaillent en équipe, chacun son tour. "C'est a toi. Prends le bébé et va mendier". Le gosse est encore une fois l'outil principal, l'arme imparable. Apparemment , le truc est qu'il s'arrangent avec le magasin, on achète un truc au prix fort (le prix est marqué dessus pourtant, mais quand on est naïf...), puis ils reviennent au magasin et partagent le bénef. Futé !


Je commence a avoir pas mal de fièvre alors je passe encore mon tour sur la soirée de Hoshashana. Le soir, le village est mort, totalement déserté.
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Publié dans INDE

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