Soir de noces

Publié le par Jullian


Je quitte la place des festivités et m'en vais faire un tour dans le village et autour du temple. Les adultes étant tous occup
és, le village est laissé aux mains des enfants, traînant en groupe mixtes dans les allées.


Mon passage les excite et les attire inévitablement. Toujours ils veulent être pris en photo, faisant des poses sérieuses ou rigolotes, faisant les fous ou se tenant en arrière, selon les caractères. J'en surprend d'autres en pleine bagarre enfantine, se provoquant avec des baffes, et jouant les Bruce Lee des bacs a sable.



Lundi 22. C'est le jour des noces. Les festivités sont pour ce soir et le village est en ébullition. D'autre part, des nouvelles arrivent du front. Pour ce qui est de la Spiti Valley, au nord, ça s'annonce définitivement mal. La route, déjà dangereuse en temps normal, est dans un état pitoyable. Les blocages
se comptent par dizaines, et certains cols sont infranchissables, couverts de neige. Shlomi comme moi gardons un mince espoir, détestant l'un comme l'autre faire demi-tour, mais on doit admettre la réalité et commençons a faire notre deuil. Ping-Huay s'est déjà décidée. Demain, en compagnie de Muriel, elle retournera sur ses pas. Car la route vers l'ouest est parait-il dégagée et praticable a présent. Le couple d'israéliens en jeep et la française sont d'ailleurs parti en lousdé ce matin.

Ping-Huay change ses plans et part au Rajasthan. Muriel poursuit sa route pour se rendre a Rishikesh, ville sainte sur les rives du Gange, ville touristique réputée pour ses innombrables ashrams ou se pressent une foule internationale d'amateurs de yoga (dont les Beatles a leur époque, pour vous situer). Pour confirmer la nouvelle situation et la fin de notre isolement, huit nouvelles têtes arrivent en fin de journée, alors que la nuit tombe déjà. Tous israéliens. Shlomi et Keren reconnaissent l'une d'entre elles, Sarah, avec qui ils ont été coinc
és (déjà !) a Chitkul pendant deux-trois jours (avec la fameuse Gal aussi). On l'emmène a notre guest-house, et elle passe la soirée avec nous au mariage.


On commence la soirée près du feu, a se réchauffer comme on peut parmi les villageois qui cuisinent et ceux qui mangent. D'immenses chaudrons remplis de soupes et autres mixtures fument autour de nous. L'ambiance est paisible et chaleureuse.


L'essentiel du travail a été fait et la plupart des villageois sont plus loin, réunis autour des maries. La cérémonie, située sous une énorme bâtisse sur pilotis, bat déjà son plein. Peut-être 200 personnes se tiennent assis la, autour des jeunes mari
és et de leurs parents, habillés pour l'occasion et couverts de billets.


Ils se tiennent immobiles, têtes baissées, depuis je ne sais pas combien de temps, mais ils ont l'air de commencer a trouver le temps long. Et c'est loin d'être fini. Un mec braille dans un micro comme un animateur de supermarché. Apparemment, entre autres, il énumère la longue liste de dons et cadeaux offerts par les invit
és. T'a pas intérêt a faire ton radin, parce que sinon t'es grillé devant tout le village.


Certains passent entre les rangs pour offrir du thé (dans des tasses) ou du "whisky" tibétain (a boire dans la paume de la main). Ça donne un bon coup de fouet, et je commence a y prendre goût. D'autres ont déjà du tomber dans la marmite, marchant plus très droit et venant nous coller et baragouiner des choses pas très claires. La cérémonie des dons durent drôlement longtemps. Quelques vieux piquent du nez, les autres prennent leur mal en patience, souvent hébétés.


Moi aussi, j'ai besoin d'un peu d'action et je suis de bonne humeur, alors je me colle avec des vieilles tibétaines rigolotes qui sont chargées de distribuer l'alcool. Elles sont toutes a moiti
é saoules et prennent un malin plaisir a remplir mon verre sans arrêt. Ça fait quelque chose comme trois mois que j'ai pas bu une goutte d'alcool, alors l'effet se fait vite sentir, surtout a cette altitude. Je range mon appareil pour profiter de la fete.


Un peu plus tard, la réception prend une autre tournure. Tout le monde se lève, et un groupe en tenues traditionnelles se lance dans une danse folklorique, qui, comme d'hab', ressemble a n'importe quelle danse folklorique. Bretons, kurdes, az
éris ou tibétains : même combat. Ils sont accompagnés par les musiciens, et bientôt par une bonne partie du public. Naturellement, bourré et euphorique, je suis pas le dernier a danser, et on s'amuse bien a gesticuler gaiement au sein de la ronde qui s'est constituée. Après ça, je me souviens pas grand-chose, si ce n'est que le coup de massue ne tarde pas a me tomber dessus. Guidé par Shlomi, je rentre comme je peux a l'hôtel, me couvrant de boue au passage grâce a quelques pas mal assurés.
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Publié dans INDE

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