Enfin un désert salé

Réveil 7h30. L'allemand a chopé la tourista (pas de bol, alors qu'on a tous mangé pareil), du coup il reste a quai. On part donc a trois et en taxi pour le désert salé, a une heure de la. Un désert salé a perte de vue, a l'ancien emplacement d'un lac, "décoré" par des losanges de sel en relief, collés les uns aux autres. C'est pas le désert de sel de mes rêves, mais c'en est pas moins superbe. Mon appareil m'autorise quelques vues avant de replonger dans sa léthargie obstinée.

On pousse ensuite sur Mesr, un petit village entouré de dunes de sables. C'est l'endroit ou on envoie les touristes pour qu'ils fassent mumuse sur les dromadaires. On se pose chez le chamelier et pique-niquons goulûment dans sa cour. Une petite sieste et ca repart. Le prix des tours en dromadaires sont franchement excessifs, alors le suisse et moi, on passe la-dessus. Yuan a la flemme de marcher alors elle paie le prix (ou peut-être qu'elle veut éviter de se retrouver au milieu du désert avec deux mecs qui la haïssent pour seul compagnie).
Le suisse et moi nous enfonçons dans les dunes. Affublé de son chapeau de cow-boy, et tout de noir vêtu, il mène la marche et je sens bien qu'il a pas l'intention de partager la direction des opérations. Moi, tant qu'il fait pas n'importe quoi (autre que s'habiller tout en noir dans le désert), ça me va, mais ça m'amuse pas mal, ce coté macho-viril qu'il a (et pas seulement sur ce point). La promiscuité avec Yuan dans la voiture et ailleurs a l'air de lui avoir foutu les nerfs. Et comme on s'est pas parlé, il sait pas trop ou je me situe par rapport a elle et peut pas se lâcher.

Les dunes, c'est sympa, mais sans but on s'ennuie vite. On revient vers le village, et on bute sur des barbelés, sur quelques dizaines de mètres, comme ça, au milieu de nulle-part. Pour plaisanter, je dis platement que c'est peut-être pour délimiter l'ancien emplacement d'un champ de mines ou quelque chose comme ça, et commence a traverser en passant par un grand trou dans la clôture. Curieusement, le suisse me laisse la tête pendant un moment. Je crois bien que dans un coin de sa tête, y'avait comme un doute. Il reprend son rôle naturel des qu'on sort de la et on atteint le village.

C'est la qu'on voit que ce que Massoud nous a appris pendant le trip dans le désert est bien utile. Le suisse, avec sa tenue de cow-boy noire, son T-shirt et sa façon de boire sans arrêt et en quantité, arrive épuisé et desséché. Moi, avec mon pauvre chèche minable et ma chemise manche longue, j'ai a peine touché a mon eau citronnée et je pète la forme.
Retour a la pension. Je me préoccupe plus trop des autres, m'occupe dans mon coin (lessive, promenade...) et passe un maximum de temps dans la cuisine avec Habib et son fils Amar, et Mazyar et sa famille quand ils sont la. Je fais de la musique avec Davub. Yuan bouquine et se tait enfin. Et les deux autres discutent affalés dans le salon.

Après bouffer, le suisse s'en va prendre le bus pour Isfahan. L'allemand est trop malade pour bouger et compte aller comme moi sur Mashhad. Le suisse a passé une nuit la et on lui demande 30 $. Je m'attendais plus a 20 $ (bouffe incluse). Bizarrement, aucun de nous n'a pensé a demander le prix en arrivant. On se regarde tous, étonnés. Je soupçonne un prix a la tête du client alors je me tais. Yuan est persuadée qu'elle arrivera a négocier. Et l'allemand fait comme si de rien mais en fait il connaît le vrai prix pour l'avoir demande aux iraniens de passage (il nous le dira une fois le suisse parti). Ça, c'est une belle solidarité ! La belle fraternité des touristes...En fin de compte, c'est 15 $ par nuit, avec trois bons repas, dans une superbe maison, dans un superbe village, au beau milieu d'un superbe désert...C'est cadeau, quoi ! Le suisse a sans doute payé pour sa mauvaise humeur, son absence de sociabilité, et sa certaine arrogance.
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