Du miel pour l'amère réalité
Dans l'après-midi, un allemand et un suisse-allemand arrivent en taxi directement depuis Yazd (ça a du coûter bonbon, c'est a quelques 400 km). Y'a un problème sur le prix du taxi. Le chauffeur (quelle surprise!) a sous-estimé la longueur du trajet et veut plus. L'allemand discute et s'énerve. Le suisse-allemand s'en fiche, n'offrant que son silence et son mépris. Une jeune du groupe essaie de régler le compromis, agacée par ces touristes qui chipotent alors qu'ils peuvent se payer 400 km de taxi (elle a pas faux la-dessus). L'allemand finit par donner une rallonge avec mauvaise humeur. Le suisse ne bouge pas. Je comprend leur position (c'est vrai qu'ils sont chiants a changer les prix en cours de route) mais en même temps, curieusement, je leur en veux de rajouter de mauvaises ondes dans cette harmonie déjà fragilisée dangereusement par Yuan.
Je les ai déjà aperçus au Silk Road Hotel et avait évité de leur parler, ne me sentant pas d'atomes crochus avec eux. Le suisse a voyagé plusieurs jours avec Yuan avant de venir ici. Pendant deux jours, il ne lui adressera pas une fois la parole, refusant même de répondre quand elle lui pose une question. Apparemment, je suis pas le seul a pas pouvoir la sentir...

En me promenant dans le village, je tombe sur le traducteur et le maître zen qui s'est tapé Yuan toute la matinée. Ils font des courses dans le village et me proposent de les accompagner. Ils sont escortés par une petite vieille ratatinée et pleine d'énergie. Elle nous emmène chez elle, ou elle nous montre ce qu'ils sont venus chercher, du miel a la datte. Si j'ai bien compris, les dattes sont bouillies puis compressées, et l'espèce de jus qui en ressort est mélangée avec du bon miel local. Rien d'autre. Pas de sucre, rien. Je goûte la chose...Mon dieu, un vrai nectar ! C'est extraordinairement sucré (on peut pas dire qu'ils manquent de soleil dans le coin aussi) mais c'est divin. Fais péter une bouteille la vieille, je repars pas sans c'est sur. 1 litre = 1 $ ! Même le prix est divin. Ensuite, elle nous sort des tas de paniers de toutes sortes et de toutes tailles. Le traducteur en prend un gros pour y caser ses 4 bouteilles.

En sortant, on se fait vite attraper par une autre vieille qui nous emmène a son tour chez elle voir d'autres sacs et chapeaux. Ils en prennent un ou deux, pour la forme plus que par besoin.
Le reste de la journée passe calmement. Quelques conversations, de la musique, une promenade.

Une première moitie du groupe s'en va, en convoi de 3 voitures. Je les vois se préparer, laisser de coté leurs habits style indien, leurs couleurs, et se changer pour quelque chose de triste et banal, et plus ou moins monochrome. C'est encore plus frappant chez les femmes qui enfilent leur uniforme, toutes couvertes. Les voir se changer de la sorte me fait un effet incroyable. Je trouve ça extrêmement violent, tout d'un coup, ce hijab et ce code vestimentaire. C'est pas particulièrement marquant dans la rue, ou tous le monde est habillé pareil. Les personnalités sont annihilées en grande partie mais on ne ressent pas le code vestimentaire comme une agression, car on ne connaît pas ces personnes qui déambulent. La, j'ai l'impression qu'ils doivent s'amputer d'une partie d'eux-mêmes. Voir l'enfant sauvage disparaître sous ses vêtements et devenir une personne quelconque, incognito, sans personnalité, ça fait drôlement bizarre. C'est triste. C'est quand même dingue l'importance du look et du vêtement. Et ce n'est peut-être qu'une impression mais il n'y a pas que leurs habits qui deviennent moroses, mais aussi leur visage, leur humeur. Ils quittent cet oasis de liberté pour retrouver la dure réalité de la société iranienne.

L'autre moitié prend le bus pour Teheran en début de soirée. Un seul reste encore pour deux jours, Davub, particulièrement bon joueur de Tar. Sinon, il n'y a plus que des touristes. Et quels touristes ! Les deux mecs font la loque et bande a part, se parlant en allemand. Moi je tente sans succès une guerre froide avec Yuan.

Elle m'a soutiré une promenade en sa compagnie. Je m'y plie sans joie et mène la danse. Au moins, je vais ou je veux. Le problème, c'est que c'est une fainéante et elle veut pas monter sur une grosse butte pour voir le coucher de soleil sur le village et la vallée. Une petite montée de rien du tout ! Et merde, tu fais ce que tu veux, moi j'y vais. Je vais pas me priver de ce spectacle pour tes simagrées.
"Je t'attends la" dit-elle d'un air de chien battu. J'ai vraiment envie de lui en foutre une. Elle préfère attendre la, au milieu d'un champ labouré, assise sur un talus, avec vue sur que dalle, au lieu de se ballader je ne sais ou !

Je monte, j'admire, je prends mon temps, et je prends pas de photos parce que mon appareil veut pas (enfin il veut une fois sur dix). Je repasse ensuite prendre mon boulet, fidèle a son poste, un petit tour et on revient a la pension. Soirée calme et sans évènements ni discussions intéressantes. On a mis au point un petit tour dans les environs pour le lendemain.
Je les ai déjà aperçus au Silk Road Hotel et avait évité de leur parler, ne me sentant pas d'atomes crochus avec eux. Le suisse a voyagé plusieurs jours avec Yuan avant de venir ici. Pendant deux jours, il ne lui adressera pas une fois la parole, refusant même de répondre quand elle lui pose une question. Apparemment, je suis pas le seul a pas pouvoir la sentir...

En me promenant dans le village, je tombe sur le traducteur et le maître zen qui s'est tapé Yuan toute la matinée. Ils font des courses dans le village et me proposent de les accompagner. Ils sont escortés par une petite vieille ratatinée et pleine d'énergie. Elle nous emmène chez elle, ou elle nous montre ce qu'ils sont venus chercher, du miel a la datte. Si j'ai bien compris, les dattes sont bouillies puis compressées, et l'espèce de jus qui en ressort est mélangée avec du bon miel local. Rien d'autre. Pas de sucre, rien. Je goûte la chose...Mon dieu, un vrai nectar ! C'est extraordinairement sucré (on peut pas dire qu'ils manquent de soleil dans le coin aussi) mais c'est divin. Fais péter une bouteille la vieille, je repars pas sans c'est sur. 1 litre = 1 $ ! Même le prix est divin. Ensuite, elle nous sort des tas de paniers de toutes sortes et de toutes tailles. Le traducteur en prend un gros pour y caser ses 4 bouteilles.

En sortant, on se fait vite attraper par une autre vieille qui nous emmène a son tour chez elle voir d'autres sacs et chapeaux. Ils en prennent un ou deux, pour la forme plus que par besoin.
Le reste de la journée passe calmement. Quelques conversations, de la musique, une promenade.

Une première moitie du groupe s'en va, en convoi de 3 voitures. Je les vois se préparer, laisser de coté leurs habits style indien, leurs couleurs, et se changer pour quelque chose de triste et banal, et plus ou moins monochrome. C'est encore plus frappant chez les femmes qui enfilent leur uniforme, toutes couvertes. Les voir se changer de la sorte me fait un effet incroyable. Je trouve ça extrêmement violent, tout d'un coup, ce hijab et ce code vestimentaire. C'est pas particulièrement marquant dans la rue, ou tous le monde est habillé pareil. Les personnalités sont annihilées en grande partie mais on ne ressent pas le code vestimentaire comme une agression, car on ne connaît pas ces personnes qui déambulent. La, j'ai l'impression qu'ils doivent s'amputer d'une partie d'eux-mêmes. Voir l'enfant sauvage disparaître sous ses vêtements et devenir une personne quelconque, incognito, sans personnalité, ça fait drôlement bizarre. C'est triste. C'est quand même dingue l'importance du look et du vêtement. Et ce n'est peut-être qu'une impression mais il n'y a pas que leurs habits qui deviennent moroses, mais aussi leur visage, leur humeur. Ils quittent cet oasis de liberté pour retrouver la dure réalité de la société iranienne.

L'autre moitié prend le bus pour Teheran en début de soirée. Un seul reste encore pour deux jours, Davub, particulièrement bon joueur de Tar. Sinon, il n'y a plus que des touristes. Et quels touristes ! Les deux mecs font la loque et bande a part, se parlant en allemand. Moi je tente sans succès une guerre froide avec Yuan.

Elle m'a soutiré une promenade en sa compagnie. Je m'y plie sans joie et mène la danse. Au moins, je vais ou je veux. Le problème, c'est que c'est une fainéante et elle veut pas monter sur une grosse butte pour voir le coucher de soleil sur le village et la vallée. Une petite montée de rien du tout ! Et merde, tu fais ce que tu veux, moi j'y vais. Je vais pas me priver de ce spectacle pour tes simagrées.
"Je t'attends la" dit-elle d'un air de chien battu. J'ai vraiment envie de lui en foutre une. Elle préfère attendre la, au milieu d'un champ labouré, assise sur un talus, avec vue sur que dalle, au lieu de se ballader je ne sais ou !

Je monte, j'admire, je prends mon temps, et je prends pas de photos parce que mon appareil veut pas (enfin il veut une fois sur dix). Je repasse ensuite prendre mon boulet, fidèle a son poste, un petit tour et on revient a la pension. Soirée calme et sans évènements ni discussions intéressantes. On a mis au point un petit tour dans les environs pour le lendemain.
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