L'hospitalité azéri

Publié le par Jullian

Mon voyage pour Kaleybar, dans l'extrême nord, se passe encore en deux temps. A la gare routière, j'ai beaucoup de mal a obtenir des informations. Tout le monde s'en fout un peu. Un mec daigne me répondre et je prends un bus pour Kaleybar. Ce qu'on me dit pas (ou alors en farsi), c'est que c'est un bus en direction de Kaleybar, mais qu'il s'arrête a Ahar. Je suis encore obligé de me dépatouiller avec les taxis. 100 000 IR (~10 $) après avoir commencé a 50 $, ce qui fait encore 5 fois plus qu'en taxi partagé, enfin...Heureusement que tout ce qu'il veut c'est juste parler avec moi. L'argent, c'est pas important, n'est-ce pas...


Arrivé a destination, le problème consiste plus a trouver un hôtel. Le premier recherché demande 10 $ pour un lit en dortoir sans douche possible. Ça retombe a 5 $ mais je me vois mal faire du trek en montagne sans pouvoir prendre de douche ensuite. Mon chauffeur qui, comme tous ceux qui parlent un peu anglais, est prof d'anglais, m'aide a glaner des infos. On me propose un hôtel hors de prix, refusé tout net a la grande surprise des iraniens qui essaient de m'aider. Reste un hôtel en haut de la montagne, pas loin du château de Babak que je suis venu voir. Mais c'est parfait ça, pourquoi pas en avoir parler plus tôt ? Je demande quand même a ce qu'on téléphone d'abord, pour être sur de ne pas payer le taxi pour y monter alors que ca ne me convient pas. Quelques coups de fil : le prix est bon et y'a de quoi se doucher. Allons-y. Il faut plus de 20 mn pour atteindre l'hôtel par une route qui lézarde en pente raide. Sur place, on trouve un bâtiment a la "Shining", au milieu de nulle part, et avec une vue imprenable sur les montagnes et vallées environnantes. J'accroche direct, mais c'est fermé. Reste deux-trois tentes de campeurs iraniens qui nous confirment que la saison est pas encore ouverte. On est en juillet, elle doit être drôlement courte la saison, par ici. Je demande a mon chauffeur tout penaud qu'est-ce que c'était que ces coups de téléphone : comme celui de l'hôtel marchait pas, ils ont appelé machin ou le cousin de bidule qui leur a donné les (fausses) infos. Je le balancerai bien dans le ravin, mais je crois bien qu'il fait de son mieux. En redescendant, on s'arrête a un camp ou on peut louer des bungalows en bordure de foret, pile au départ du sentier qui mène au château. Le bungalow est un cube vide en bois pourri et humide, le sol est recouvert d'une vieille moquette couleur poussière. Et non, ce n'est pas sa couleur d'origine...Sinon, y'a rien, pas de matelas, une fenêtre minuscule et biscornue, et des toiles d'araignées en guise de décoration. Ça fera 6 $, merci. Je préfère largement dormir en foret, ou sur un parking, un trottoir ou une planche de fakir que la dedans. Je redescend en ville et au premier hôtel, qui au moins est très propre. Et puis en fait, y'a bien une douche partagée. C'est juste que le mec avec qui j'avais parlementé a le chic de comprendre tout de travers en anglais.
"Y'a des douches?
-Non"
Mais y'en a bien une, sauf qu'il n'y a pas d'eau chaude.
"Je peux utiliser la douche ?
-Non, c'est pas possible."

La encore il se fait reprendre par un iranien qui est la.
"Y'a un autre banquet ce soir a votre resto ?"je demande pour lancer la conversation, les voyant en plein préparatifs.
"Ah non non, y'a rien."
Et paf, une tape sur sa tête par un autre mec qui me confirme la grosse bouffe du soir. A ce point, c'est soit une forme étrange de dyslexie, soit une incroyable mauvaise volonté couplée d'une mauvaise foi bien assumée. Bizarre.
En tous cas, je me pose la. Tout le monde est occupé a finaliser la préparation d'un banquet. Ça mijote dans des chaudrons dignes de ceux de cannibales. Des gamelles de riz, légumes, viandes, se remplissent et partent vite fait dans la grande salle d'à coté. J'observe ce manège quand je me fais inviter par un mec. Je me fais asseoir a une table dans ce qui semble être la salle des hommes. On me donne du pain, du yaourt et de la soupe. Je suis accueilli avec des sourires, poliment et sans effusion débordante. Ils sont curieux mais pas oppressants. Je me régale. C'est délicieux, je crevais de faim, et c'est mon premier repas iranien qui ne soit ni un kebab, ni un sandwich. Je suis tout heureux et souriant, discutant avec ceux qui m'entourent, en particulier mon hôte qui parle assez correctement anglais. Je lui demande en quel honneur est ce festin, cette célébration.
"Ah non, c'est pas une célébration.
-Non ?
-It's my grand-father day (C'est le jour de mon grand-père)
-Ah ! C'est l'anniversaire de votre grand-père ?!
- ...! Non !My grand-father's day...My grand-father dead(mon grand-père est mort).
-Oh...je suis désolé, j'avais pas compris. Je suis vraiment désolé."

On m'emmène du riz, du boeuf en sauce, des légumes. Le festin se poursuit dans la bonne humeur. Je suis invité a la Mosquée a 17h. Je sais pas trop si c'est par politesse ou s'il le pense vraiment. Je passerai devant sans m'arrêter, finalement soulagé de n'y voir personne. J'aime déjà pas les enterrements mais alors ceux d'inconnus... Y'a de meilleurs endroits ou risquer d'être perçu comme un intrus. Et la curiosité de voir comment ça se passe par ici peut pas vaincre cette peur de déranger.


Sorti du déjeuner, il est bien trop tard pour commencer l'ascension jusqu'au Château de Babak. J'explore la ville, qui traîne le long d'une route en pente, et j'en profite pour faire quelques emplettes. Depuis que j'ai arrêté de fumer, je me gave d'un tas de choses. Des graines, de tournesol ou autre, bien pratiques car ça occupe autant les mains que la bouche. Des gâteaux et pâtisseries en tous genres, délicieuses, plus légères que les turques (ce qui veut pas forcement dire meilleures non plus) et très peu chères. Ça s'achète au poids. Je m'en remplis un sac plastique de toutes variétés pour 1 $. Et aussi des jus de fruits et milkshakes a la banane, souvent accompagnés d'un beignet fourré a la pomme. Et enfin, des tas de fruits, pas cher par ici. Bref, je compense. Heureusement que je suis pas du genre a grossir.

Je fais donc mes courses, mais sur trois magasins, un seul me fait payer (salaud !). Les autres m'offrent les fruits, les chips, les boissons. Je vais sur Internet, même topo. J'ai pas moyen de payer. En rentrant, je lis un article dans le Lonely Planet sur les règles de politesse en Iran qui fait que souvent, il faut insister au moins trois fois pour payer. Si, passées trois tentatives, ils insistent encore pour vous offrir la chose ou vous inviter chez eux, alors on peut accepter sans soucis. Je me dis merde alors, ils vont me prendre pour un profiteur malpoli. Le lendemain, je refais des courses, insiste longuement, mais c'est toujours pareil, je suis un invité partout en ville. Je passerai en tout 3 ou 4 fois dans le même cybercafé, restant des heures en tout, et pas une fois ils ne me laisseront payer. C'est fou la bouffée d'air frais que ça me donne, tant d'hospitalité. Même si d'un autre coté, en tant qu'attraction du village et seul touriste, je dois me plier a des tonnes de salamaleks, saluant chaque personne avec le même sourire, la même patience, répondant aux mêmes questions simples. Même quand ils me posent leurs questions en farsi, et sans comprendre un traître mot de ce qu'ils disent, je peux répondre assez souvent correctement, tant leurs questions sont semblables et viennent dans le même ordre. Et puis, oui, bien sur, Zidane, Oh Zidane !, alors la oui Zidane, ça c'est un bon joueur, hein, ça oui, un des meilleurs, pour sur, ah oui attention a la tête hein, oh oh oh...Mais faut pas se plaindre. La médaille a deux faces. On ne peut pas en accepter une et rejeter l'autre, c'est indissociable. 
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Publié dans IRAN

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C
Je crois que tous les voyageurs français y ont droit à ce "Zidane". Je suis devenu un adepte de mimer le coup de boule dès qu'on l'évoque !Je note que je n'ai pas eu à le faire depuis mon arrivée en Inde... seraient ils moins "foot" ?
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J
<br /> ah ben vivement que j'y sois en Inde. Faut que tu me tiennes au courant sur ton trip en Inde. J'y serai peut-etre dans une bonne semaine, si j'arrive a partir de Yazd un jour. On commence a croire<br /> que je fait partie integrante du Silk Road Hotel par ici...<br /> <br /> <br />