JORDANIE

Dimanche 22 juin 2008
Mardi, je prends le bus pour Amman. Je me rends directement au Farah Hotel. Je suis accueilli avec des grands sourires.
"Il reste une place en dortoir ?
-Bien sur, pour toi, toujours, Jullian."
Wow, ça c'est un accueil qui fait chaud au coeur. J'ai l'impression de revenir a la maison. L'hôtel est super calme. Pas un chat a l'horizon. Ahmed, le réceptionniste, me dit que justement c'est bien. En ce moment, y'a 37 personnes, dont deux grands groupes, alors il savoure. Pour marquer le coup, il sort une bouteille de Scotch et m'en offre un verre. Ça me descend comme du velours le long de la gorge. A ce moment, une bande mixte de russes arrivent chargés de fruits frais qu'ils posent sur la table. J'en profite un peu et me met a écrire.
Un moment plus tard, Sabah débarque avec un pote, pour dire bonjour au staff. Elle tombe sur moi, qui ne sait pas trop ou on en est depuis la dernière dispute. Mais j'ai pas le temps de me poser des questions. Elle crie de surprise et me saute a moitié dessus, me demandant des nouvelles. Une vraie tornade. Apparemment, il n'y a plus de problème entre nous...Elle me raconte sa semaine, pense a un moment a me présenter Jimmy, un français qui étudie aussi a Amman pour deux mois, également intéressé par les réfugiés. Sabah a quitté l'hôtel, laisser tomber l'ONG qui devait la faire travailler, et vit maintenant dans un immeuble de l'Alliance Francaise qui loue des chambres pour pas cher. Elle doit encore se trouver une nouvelle ONG donc tout n'est pas parfait mais elle parait bien bien plus relax a présent, et c'est pas une mauvaise chose...Elle m'entraîne avec Jimmy dans leur immeuble, dans un autre quartier, Jebel Amman. Elle me fait faire le tour du propriétaire, avec salles de recherches, bureaux, bibliothèques, ordis, cuisines... C'est vraiment un super endroit et je comprend qu'elle s'y sente bien. Elle me fait a manger, et je peux même me permettre de lui faire des blagues sexistes sur bobonne qui fait a manger sans me faire incendier. Peinard. Elle a vraiment changé. Jimmy est décidé a étudier et nous laisse en pleine conversation. Finalement, on se décide a sortir dans un bar qu'elle connaît. La jeunesse branchée s'y retrouve. Femmes et hommes mélangés, en couple, en groupe, draguant ou non. C'est un tout autre monde que celui du centre d'Amman. On s'installe avec quelques litres de bières et un narguilé, discutant, observant depuis la terrasse extérieure. Le bar s'apprête a fermer, vers 3-4h, quand on fait la connaissance d'un palestinien, d'une palestinienne, et d'une germano-syrienne. Ils nous emmènent dans leur appartement communautaire, ou quelques activistes bien sympas sont occupés a boire et fumer. Sabah essaie de les lancer sur la politique, la résistance, mais c'est peine perdue, elle se fait remettre a sa place pour son excès de sérieux (quel plaisir...), ce soir c'est fiesta. On reste avec eux jusque 5-6h, et on se met a faire du stop dans la ville endormie, ne sachant même pas ou on est. Une bande de palestiniens en vadrouille nous prend. Rap a plein volume, conduite a la Sami Naceri, ils nous déposent devant l'appart en deux secondes, a la vitesse de mach 3. On y ramasse un Jimmy fatigué qui a bossé toute la nuit et on va en ville manger un bout a l'ouverture des restaurants. La fatigue nous tombe dessus comme un bon coup de massue. Chacun retourne a son lit.
Sauf moi, car l'imbécile fini qui partage mon dortoir a fermé la porte a clef et l'a laissée dans la serrure. Ce mec dort quasiment 24h/24, ne sort de sa chambre qu'une fois par jour pour aller chercher a manger. Et la, y'a pas moyen de le réveiller. Probablement tout l'hôtel m'a entendu tambouriner sur la porte, gueuler son nom, mais pas cet empaffé. Je m'endors sur le canapé de la réception, me réveillant deux heures plus tard au milieu des touristes qui prennent le petit-dej. Nouvelle tentative a ma porte. Un zombie m'ouvre enfin. Je lui gueule dessus comme un putois, prend la clef avec moi. Il retourne se coucher sans sortir un mot. Pauvre con !
Par Jullian
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Mercredi 18 juin 2008
Je me lève assez tôt pour me rendre a une dizaine de kilomètres au sud d'Aqaba, ou les plages sont belles et ou surtout se trouvent les plus beaux spots de plongée et de snorkeling (nage avec masque, tuba et palmes). Je pars en stop, mais c'est pas super efficace. Je finis par me faire prendre pour pas cher par un taxi, qui m'emmène a 180 km/h au Bedouin Camp, hôtel et club de plongée en face de Gorgone 1, un des meilleurs endroits pour aller patauger. Je loue le matériel et me jette a l'eau. Dix-vingts mètres suffisent et je suis déjà au milieu des coraux, entouré de poissons multicolores. Ma maîtrise du snorkeling est malheureusement plus que limitée, il faudra définitivement que je prenne des cours la prochaine fois. Cela m'empêche de plonger et d'aller explorer plus le fond. Malgré tout, beaucoup de choses sont visibles de la surface, surtout que la mer est basse, et je prend vraiment mon pied.


De retour sur la plage, je me fais inviter a manger par une bande de jordaniens de 30-40 ans. Poulet rôti, frites, pain et hummus a gogo. La mer ça creuse et mon estomac est ravi. Je reste discuter avec eux alors qu'ils m'alimentent jusqu'à écoeurement en clopes. Tous autant qu'ils sont, ce sont de véritables obsédés, frustrés comme c'est pas permis. Certains sont particulièrement vulgaires. Les quelques étrangères qui se baignent en maillot sont matées avec des yeux dégoulinant de sexe, la bave aux lèvres et les commentaires qui vont avec. Quand je leur fais remarquer que telle ou telle est trop jeune (des gamines de 14-15 ans) pour qu'ils s'excitent dessus, ils sont un peu surpris mais m'écoutent, et me demandent par la suite, montrant les nanas du doigt : "Small ? - Ouais, trop petite... - Small ? - Celle la ça va, éclate toi mon gars". Ils essaient de me convaincre de ramener des passantes. Comme je parle leur langue, ça ne devrait être qu'une formalité...Ils osent même me demander de dire a une française de venir, alors qu'il est évident qu'elle est avec son mec, puisque qu'ils étaient a deux doigts de se palucher quand le couple s'est embrassé. Et ils insistent avec les gestes et bruitages les plus explicites et dégoûtants qu'on puisse imaginer. Pas étonnant que certaines touristes se sentent mal a l'aise au Moyen-Orient. Va falloir trouver une solution, parce que les mecs ils ont trop la dalle par ici.
Par Jullian
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Mercredi 18 juin 2008
Aqaba, ville balnéaire au bord de la Mer Rouge, est une cité sans charme ou règne une chaleur intolérable. 35 degrés a 22h, alors que la nuit est tombée depuis deux bonnes heures. Ça peut dépasser les 45 degrés a l'ombre en journée. C'est vraiment très dur, étouffant. Se ballader dans les rues devient comme un jeu, en pas drôle, ou il s'agit de marcher au maximum a l'ombre des bâtiments. La chaleur est telle qu'ici, tout avance au ralenti, même mon cerveau. Comment marcher en dépensant le moins d'énergie, en suant le moins possible ? Quand on met le nez dehors, ça fait le même effet que quand on ouvre un four, on est agressé par cette bouffée de chaleur. Sauf qu'ici, y'a pas moyen de refermer la porte du four, et on doit s'habituer a se promener a l'intérieur. Un véritable avant-goût de l'enfer.


La-bas, je tombe sur Steve, le québécois rencontré lors du coucher de soleil sur les les hauteurs de Petra. Il est atterré, souffrant en râlant a l'ombre d'un arbre. Il n'attend qu'une chose, c'est de quitter cette ville de malheur. Les deux sino-canadiennes qui l'accompagne restent une heure et repartent vers le Nord. Steve, lui, va se bunkeriser dans sa chambre d'hôtel avec air-conditionnée au maximum, frigo et TV-satellite.
On se retrouve le soir et on va manger un bout. Il me traîne ensuite boire une bière a 4 euros dans un bar chic et triste, avant de finir dans un club/bar tout aussi déprimant, et peuple d'une vingtaine d'écossais complètement beurrés, échoués en Jordanie par je ne sais quel miracle, quelle erreur de parcours. Ils se déhanchent comme des traînées sur les tubes de Christina Aguilera, Britney Spears et d'autres. Certains, assez laids et gros en plus, se retrouvent torse-poil a se frotter les uns aux autres sur la piste. Vraiment pitoyable. Je me demande ce que je fous la et laisse en plan Steve, dont la conversation m'ennuie de toute façon.

Il voyage beaucoup, mais dans un état d'esprit tout a fait différent. Il veut atteindre les 25 pays visités avant ses 25 ans, dans quelques mois. Du coup, on dirait qu'il expédie des pays, juste pour gonfler ses chiffres. Il est tout fier d'être passé en Irak, dans le Kurdistan, au Nord du pays, et de me montrer une photo de lui a la frontière avec le panneau "Irak". Je veux bien mais a quoi bon, surtout pour deux jours. Le pire, c'est que ça semble a la mode chez les américains et certains canadiens.
Je retombe sur lui le lendemain soir, au cyber-café climatisé, mais prétexte avoir d'autres chats a fouetter. Je le laisse alors qu'il joue depuis des heures a World of Warcraft (un jeu vidéo pour ceux qui seraient complètement largués). Je crois que ça nous arrange autant l'un que l'autre d'en rester la.
Par Jullian
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Mercredi 18 juin 2008

Je reste une heure seul au camp avant que deux jordaniens et une hollandaises débarquent. Ils m'offrent a manger avant qu'on aille s'amuser a faire de l'escalade dans les environs. Deux français et un anglais, Richard, déjà croisé a Petra, arrivent a leur tour. Intéressant, Richard est journaliste pour un magazine de business, et il s'occupe de couvrir le Moyen-Orient. Il profite d'un déplacement en Jordanie pour s'offrir une semaine de vacances. La semaine prochaine, il attaque ses interviews, avec le premier ministre, le ministre du commerce, des grands patrons...Il a même fait la demande au Roi et a la Reine, même s'il s'attend a une réponse négative. On discute tous ensemble pendant que quelques bédouins préparent le camp et la cuisine.


Je vais me dégourdir les jambes pendant une bonne heure. Je marche dans le désert, avec la musique touareg de Tinariwen dans les oreilles, et ça se marie parfaitement. Le soleil tape et y'a pas une âme a l'horizon. C'est tellement magique que j'en ai un sourire figé par le bonheur d'être la.


Je suis rejoins par le trio franco-anglais pour le coucher du soleil. Perchés sur un rocher, on regarde la vallée, le désert rougir, et le soleil disparaître paisiblement derrière une montagne.


De retour au camp, il fait déjà nuit. Deux autres français, Sabine et Stéphane, sont arrivés entre temps. Tout le monde boit le thé autour du feu en discutant. Les bédouins se sont réunis sous la grande tente, assis sur des tapis, face au feu. L'un d'entre eux sort un Oud (sorte de luth) et commence a le gratouiller. Il joue des mélodies belles et complexes, bientôt rejoint par un autre bédouin qui s'attaque au darbouka (percu). Bédouins et jordaniens commencent a chanter, on se joint a eux, assis en rond.


Le joueur de Oud est vraiment excellent, mais ça manque de percussionnistes. Les bédouins se refilent le darbouka comme une patate chaude, incapables de tenir un rythme. Et c'est la que votre serviteur entre en scene, naturellement. Non sans fierté, je les écoeure et m'accorde au rythme du oudiste (quel frimeur ce Jullian, vraiment !). Quelques bédouins se lèvent alors et entament une danse endiablée au milieu du groupe qui tape des mains en rythme. La scène est belle. Les bédouins, tout habillés de blanc, se déhanchant fémininement au rythme du darbouka, éclairés par la lumière vivante du feu.


C'est l'heure du repas. Des plats de légumes, des salades, le pain et les boissons sont apportés sous la tente. On nous invite a suivre les cuistots a la sortie du camp, ou est creusé le four. A la lumière des phares de la jeep, un bédouin tape dans le sable a la pelle, puis déblaie un couvercle en ferraille qu'il fait sauter pour laisser apparaître un trou dans le sable, dans lequel rôtissaient du poulet et des oignons en broche. Honnêtement, l'atmosphère joue peut-être aussi sur mes sens, mais j'ai jamais mangé de poulet aussi délicieux. On s'en met plein la panse, tous paisibles et heureux.


Je vais digérer tranquillement a l'extérieur du camp, allongé dans une dune, a regarder ce fameux ciel du désert. Et c'est vrai que le ciel est fantastique, loin des lumières de la ville. Le nombre d'étoiles visibles est impressionnant, leur éclat incomparable. Je remarque des constellations jamais observées jusqu'ici. Des étoiles filantes passent et disparaissent. D'autres semblent se déplacer a vitesse régulière, traversant le ciel de part en part (des satellites ?). Je me sens hypnotisé, aspiré. On dirait que tout bouge et que le ciel va me tomber sur la tête, par Toutatis !
A mon retour au camp, j'en parle a l'hollandaise qui m'emprunte ma torche pour aller aux toilettes. Une heure plus tard, elle est toujours pas revenue. Ses potes jordaniens, inquiets, partent a sa recherche. Une bonne partie des bédouins aussi. Alors qu'ils sont tous en train de l'appeler plus loin dans les environs, elle revient au camp comme une fleur, un peu décalée. Elle s'est faite envoûter par le ciel et s'est trouvé un coin tranquille pour l'observer, inconsciente du temps qui passe.

On se décide tous a passer la nuit a la belle étoile. On part avec matelas et couverture sous le bras a la recherche du bon endroit. A part Richard et moi, tout le monde a l'air de vouloir dormir au sommet d'un rocher. Bon, pourquoi pas, on suit le mouvement. Ce sera mieux a plusieurs et le réveil sur les hauteurs peut être sympa. Une fois la-haut, avec une vue imprenable sur le désert, je galère a trouver mon spot, tourne en rond avec mes affaires sous le bras. Pas assez plat, trop venteux... Je finis par me poser mais je suis pas encore au paradis. Or, je vais pas dormir souvent a la belle étoile dans le désert, alors ça doit être parfait. Une heure plus tard, mal a l'aise, je reprend tout mon barda et redescend. Je m'installe sur une dune plus loin, et la le sourire du gars heureux surgit sur mon visage. Un ciel fabuleux, la musique adéquate, les pieds dans le sable, tout va bien. La nuit est fraîche, mon sommeil léger, mais pas de quoi gâcher ce moment.
Je me réveille a coté d'un chameau, qui me regarde d'un air curieux. Le soleil se lève a peine et tout le monde dort encore. J'ai la patate alors je me promène. Je reviens alors qu'un bédouin prépare le p'tit dej, rejoins petit a petit par les autres qui émergent des rochers.
Sabine et Stéphane se rendent aussi a Aqaba, ou ils vont passer la frontière pour Israel (Sabine y travaille). Je me joins a eux, on partage un taxi, laissant derriere nous ce merveilleux désert de Wadi Rum. On discute en chemin et se quitte a la frontière. Le taxi me dépose au Jordan Flower Hotel, dans le centre d'Aqaba.

Par Jullian
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Lundi 16 juin 2008
Réveil 5h30. La veille, un japonais et moi avons réservé une place dans le minibus qui va a Wadi-Rum, le désert. On attend une demi-heure au point de rendez-vous, repoussant les propositions incessantes des taxis. Je repars a l'hôtel, demande ce qui se passe. Quelques coups de téléphone plus tard, on me dit que comme y'avait pas assez de monde de prévu, le chauffeur a décidé de pas y aller. OK. Sympa. Ils auraient pas pu le dire la veille, histoire d'éviter que je me lève a l'aube. Je me rends a la gare routière pour trouver quelquechose qui se rend la-bas. Je me tasse dans un minibus qui me lâche a un croisement. Deux minutes plus tard, re-tassement dans une camionnette qui m'emmène a Wadi-Rum. L'entrée de la réserve est comme un grand office du tourisme. Tout se réserve d'ici. Les prix sont affiches, pas négociables, et c'est les même pour tous et chez tous les guides. C'est bien plus cher que je pensais mais comme on peut pas négocier, y'a pas trop de questions a se poser. Un couple d'espagnols, José et Marisol, me propose de les joindre dans leur tour de la réserve. Stefano, un parisien, se joint a nous, et c'est parti pour 5 heures dans le désert. On choisit une jeep toute pourrie d'au moins 30 ans, avec un drap qui fait office de toit / pare-soleil (ça nous parait toujours mieux qu'un 4x4 climatise d'où on voit le désert a travers des vitres fumées). Le chauffeur est un gamin. Sa conduite et l'état de la caisse transforme les trajets en rafting sur sable, très remuant.


Premier arrêt : une source d'eau pure baptisée après T.E. Lawrence (Lawrence d'Arabie), la Lawrence Spring, qu'on atteint après une vingtaine de minutes de marche au milieu des rochers. Une petite famille bedouine se fait un barbecue la-haut, pendant qu'on se désaltère et remplit les bouteilles d'eau. Plus loin, une autre source, après une bonne session d'escalade qui nous donne une belle vue.


Puis on rentre vraiment dans le désert. Les couleurs sont incroyables. Le sable passe du jaune au rouge, sans en oublier tous les dégradés. Les rochers, imposants, découpés, et de diverses couleurs eux aussi, sont vraiment impressionnants.


On passe par des dunes, visite un petit siq, des ponts de pierre naturels, ce qui reste de la baraque de Lawrence. Car c'est bien ici que s'est passée toute l'histoire de Lawrence d'Arabie. C'est ici qu'il a organise le soulèvement des bedouins qui ont botte le cul des envahisseurs turcs, si je me souviens bien.


On monte aussi sur une grosse dune rouge, a pied. Non seulement c'est super dur et exténuant a grimper, mais vaut mieux pas essayer de faire ça en claquette, comme votre serviteur. Au bout de 5-10 mètres, mes pieds ont commence a s'enfoncer dans le sable et j'avais l'impression de me faire bouillir les pieds. Je suis redescendu a toute vitesse, courant sur des braises, pour mettre des chaussures a mes pieds douloureux. Et le chauffeur de se foutre de moi parce que lui, soi-disant, peut le faire pieds nus sans problème. Possible mais je demande a voir. Pffffffff.


Il est 15h, le tour est termine. Comme prévu, ils me lâchent au camp ou je vais passer la nuit. Les autres ne restent pas et partent directement sur Aqaba. Pour le moment, y'a pas un chat. Je suis tout seul, peinard, allonge sur un matelas pose a l'ombre d'un rocher. Je profite du silence.

Par Jullian
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Dimanche 15 juin 2008
Grasse matinée bien méritée. Je traînasse et vais manger avec un singapourien tout aussi fainéant.
Vers 16h, je me décide a repartir, les jambes lourdes.


Les lumières sont un peu mieux que la veille, mais les photos pas encore vraiment satisfaisantes.


Je traverse lentement le site puis me lance dans l'ascension qui me mènera au Monastère, Al Deir. Environ une heure de marche entre des montagnes aux multiples couleurs, encore magnifiées par les lumières chaudes et rasantes du soleil qui se demande déjà s'il va pas aller se coucher. J'arrive vers 18h au sommet, face a l'impressionnant Monastère, monument rose-orange d'une vingtaine de mètres de haut.


Je poursuis ma marche, me fait interpeller par un ado qui veut que je vienne visiter sa boutique. Je lui dis non merci, mais il insiste et insiste encore, "bedouin tea! for free!". Il devient de plus en plus mécontent que je m'arrête pas de marcher. Il va dans sa boutique et revient tout énervé et tout menaçant avec une espèce de gourdin clouté qu'il me brandit sous le nez. Ce qui a pour effet de me foutre en boule. Même pas peur, pour le coup. Juste furax. Je vais lui foutre ma face dans la sienne, le provoquant, lui disant de me frapper s'il l'ose, l'insultant de toutes les expressions a base de "fuck" que je trouve, histoire qu'il capte bien le message. J'attends qu'un geste de lui pour lui faire bouffer du sable, a ce gamin (15-16 ans) mal élevé. On repart chacun de son coté avec sa colère sous le bras. Je sais pas si du coup j'avais des mauvaises vibes, ou si y'a un vent mauvais a ce sommet qui rend toutes les créatures agressives, mais tous les chiens que je croise ont comme envie de me croquer. Heureusement, ils ont autant peur de moi que moi d'eux. J'arrive finalement sur une plate-forme qui s'avance dans le vide, avec au moins 100-150 mètres de précipice en-dessous. Des montagnes a perte de vue, une petite cahute, et quatre touristes qui attendent le coucher du soleil. Voila le point de vue panoramique du Deir. Deux sino-canadiennes, un anglais, et un québécois, Steve, que je recroiserai plus tard. On patiente ensemble une bonne heure. L'endroit est vraiment relaxant, inspirant, d'un calme olympien. Le coucher de soleil est banal mais c'est pas très important.


La nuit commence a tomber. Je repars d'où je suis venu sans attendre les autres. En me retournant, je me rends compte que bien derrière, les autres touristes (une petite dizaine a ce moment) suivent un bedouin pour rentrer, mais a l'exact opposé. Merde alors, y'avait un raccourci. Tant pis, je déteste faire demi-tour, je continue. Mes amis les chiens de berger sont a deux doigts de me sauter dessus et de me faire avoir une attaque, mais ça s'arrête la. Je descend a moitié en courant, complètement seul dans mon coin de montagne, craignant de me faire coincer par la nuit, qui tombe vite maintenant. J'arrive en bas épuisé et en un seul morceau, traverse le site dans le noir et arrive au Khazneh (trésor) qui est éclairé a la bougie. Des hommes s'affairent a faire marcher la sono qui passe de la musique classique. Je prend une photo (toute pourrie, pas assez de lumière), ce qui déclenche la colère du chef de ce chantier. J'ai appris plus tard qu'il s'était déjà bien chauffé avec les autres touristes juste avant, ce qui fait qu'il est juste a point pour moi. J'ai rien a faire la, Petra, c'est fermé depuis deux heures maintenant, pour voir ça il faut payer. Je suis pas en reste de mon coté (j'aime vraiment bien gueuler en fait). Faut que je sois a la porte de sortie dans 10 mn...si je courais, peut-être possible. Naturlich, je prend mon temps, traverse le Siq éclairé également a la bougie. Je prends des photos qui ne donnent rien. Les bougies, c'est bien mignon, mais on ne voit que ça justement, ça éclaire pas assez. Alors je sais pas, mais payer les yeux de la tète pour voir des bougies et des bouts de roches vaguement visibles, le tout avec 2-300 autres touristes, sur de la musique classique (faites péter le Jean-Michel Jarre tant qu'a faire), je vois pas l'intérêt. Petra by Night, c'est pas top romantique. D'ailleurs un peu plus loin, je croise le bétail qui s'y rend, et ça faisait vraiment peur. J'exagère pas, j'ai eu l'impression de tomber soudainement sur un troupeau de bisons, surgissant hors de la nuit, prêt a me marcher dessus.
Enfin a l'hotel, je me gave de 36 salades différentes au buffet royal qui est donné en terrasse. Une douche, de la bonne musique sur les oreilles, et la viande est dans le torchon, epuisée et satisfaite.
Par Jullian
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Jeudi 12 juin 2008
Je traînasse jusqu'au soir au Valentine Inn, l'hôtel cheap de Wadi Musa, ou je tombe sur David, l'australien (alias Fidel), qui revient du site, qu'il a parcouru en trois heures seulement !
"Je suis désolé de dire ça, mais je trouve le site un peu surévalué. Trois heures sur place, c'est suffisant."
Après coup, je comprend son point de vue. Même si j'ai beaucoup aimé, c'est pas la claque a laquelle je m'attendais.
Soirée a écrire et écouter les histoires pas tristes de David au pays des kangourous.


Réveil autour de 6h. Je vais a Petra a pied (2km), parmi les premiers touristes, qui sont déjà trop nombreux. Le Siq ressemble pas a ce que j'avais en tête. Je m'imaginais, seul tant qu'a faire, marchant dans le sable entre deux parois étroites de couleur rose-orange, avec des lumières magnifiques. Au lieu de ça, le défilé est pas très étroit, le chemin est bitumé ou pavé, traversé par des calèches pressées et des touristes bavards, et les parois sont plutôt grises. J'arrive pas a prendre une seule photo satisfaisante, même en repassant plus tard, avec une meilleure lumière.


Au bout du Siq se trouve le Khazneh, le Trésor, deuxième image forte de Petra: le temple creusé dans la roche. Impressionnant, superbement conservé, je m'imagine rentrer a l'intérieur a l'époque de sa splendeur, comme étant la porte d'entrée d'une cité fabuleuse et secrète, en partie bâtie dans de somptueuses cavernes, mais la encore mon imagination va trop loin et l'entrée est interdite. Impossible de savoir ce qui se cache derrière, probablement pas grand chose, le temple ne débouchant sur rien.
Je reste quelques temps devant, assis au milieu des touristes et des chameliers, a essayer plutôt en vain, de capturer la magie du lieu.


Je poursuis entre les montagnes flanquées de temples, tombeaux et autres monuments, et commence une ascension vers la Place des Sacrifices. Il est 9h et le soleil commence déjà a taper fort. La montée, faite en compagnie d'un âne qui me suis, me devance puis m'attend, est assez éprouvante.


En haut, je me pose en bord du précipice, avec vue panoramique sur une bonne partie du site. Les touristes-fourmis déambulent entre les ruines et l'on peut voir un aperçu de ce que pouvait être cette cité nabatéenne a son apogée, centre marchand important qui devait grouiller de commerçants venu des quatre coins du monde.

Tant qu'a être la-haut, je me décide a m'aventurer dans les alentours, avec dans l'idée de trouver un passage qui me mène au-dessus du Siq. Crapahutant, passant d'une montagne a l'autre, je finis par le trouver ce passage, de l'autre coté d'un canyon infranchissable. Un couple se tient assis la, seul au monde, sur une petite plate-forme entourée de gouffres.


Je redescend dans la vallée, inspecte quelques temples troglodytes dont la roche est en grès multicolore. Je pique-nique dans un d'entre eux, observé par un gros lézard. Puis reprend une nouvelle ascension vers le Djebel Khubtha, encore plus dure, sous un soleil écrasant. A mi-chemin, je reprends des forces a l'ombre d'un arbre quand se fait entendre une flûte. Plus haut, assis en tailleur sur une plate-forme rocheuse, un berger joue d'une espèce de flûte de Pan, entouré de chèvres qui descendent les rochers avec dextérité. La musique est belle, envoûtante, et je me retrouve bientôt entouré de chèvres. J'ai l'impression de me retrouver dans un conte.
Au sommet, je finis par trouver un chemin de terre rouge qui me mène près du Siq et du Khazneh. Un petit saut et je peux m'avancer sur une plate-forme, a 40 m de haut, avec vue imprenable sur le Trésor, juste en face.


Il est 15h, j'en ai plein les pattes. Je me dirige vers la sortie et l'hôtel ou une bonne douche froide m'attend. Le coucher de soleil sur Petra, ce sera pour demain.
Par Jullian
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Jeudi 12 juin 2008
Matin difficile. On roule vers Wadi Mujib, une réserve naturelle près de la Mer Morte ou on peut faire du canyoning. On se goure de route et faisons des tas de kilomètres au milieux de paysages sublimes, de canyons et montagnes en tous genres, roulant sans le savoir sur la réputée King's Highway (Route des Rois). Je reprend le volant a Sabah qui s'endort, et on arrive sur la Mer Morte par la cote Sud, bien plus belle que celle du Nord (je suis au volant et on est en retard donc pas de photos, tant pis). Et enfin, la réserve.


Malheureusement, les italiennes sont pas partantes pour le trip sport et émotion forte, avec descente en rappel dans les cascades, nage au milieu des gorges et tout le tintouin. De plus, elles s'angoissent pour l'heure, car elles veulent absolument être a Petra en fin d'après-midi.


Du coup, Sabah, Philippe et moi, on va se faire un trek de deux heures pendant qu'elles attendent a l'entrée de la gorge. On remonte la rivière, qui coule au fond d'une espèce de Siq (comme a Petra), un canyon étroit. Sabah et moi plongeons dans le moindre trou d'eau, profitant des jacuzzis naturels sous les chutes d'eau, pendant que Philippe avance tranquillement et prudemment, car il prend des photos (moi j'ai laisse mon appareil dans la caisse, donc pas d'images). Des petites grimpettes a l'aide de cordes et nous voila sous une grosse cascade. Parfait pour un massage un peu sauvage, je reste sous la chute puis me trouve un petit havre de paix humide caché derrière. Le retour dans le sens du courant est bien marrant aussi, avec quelques sauts et un petit toboggan naturel.


On ramène les italiennes a Madaba, d'où elles prennent un taxi pour Petra. Après-coup, je me dis qu'elles auraient pu y rester pendant qu'on faisait nos 9h de canyoning pur et dur. Mais on était trop mal organisé sur ce coup la. Le trio restant, on traîne un peu sur Madaba, manger, boire un thé, apprécier notre dispute quotidienne. On ramène Philippe dans son quartier, plutôt chic, d'Amman.
En rentrant vers notre hôtel, je me plante de route. Du coup, Sabah (qui s'est calmée sur la route) et moi, on visite un peu, s'arrête dans les quartiers populaires des hauteurs, errant dans les ruelles et se posant pour le coucher du soleil.
On retrouve le Farah Hotel, son staff chaleureux, "Peace" et ses absurdités, et quelques autres travellers.
Soirée tranquille, sans histoires.
Journée tranquille, sans histoires, essentiellement consacrée a glandouiller.


Après minuit, on sort manger. Sabah m'offre la sheesha et le repas pour mon anniversaire. Sur le chemin de l'hôtel, je paie la bouteille de rouge jordanien (tres doux, tres fruité, pas top en fait) pour compléter une célébration qui finira en feu d'artifice, par une plus grosse dispute que d'habitude (ça part sur le fait que j'ai eu le malheur d'aimer le film "Munich" de Spielberg, ou d'après elle les palestiniens sont montrés comme des bêtes, sans vrai discours ni pensée...et blablabla...). Je vais me coucher en bon petit blanc sexiste, sioniste et en plus, voyageur (sous la colère, elle dit être contre le voyage ! va savoir a quelle point elle pense ce qu'elle dit...).
Le lendemain donc, 27 mai, jour de mon anniversaire (pour le coup je risque pas de l'oublier celui-la), je prend un minibus pour Wadi Musa (Petra) de mauvaise humeur, après avoir maudits différents chauffeurs de taxi ou autre.
Par Jullian
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Mercredi 4 juin 2008
Le lendemain de mon arrivée a Amman, je réfléchis a la façon de me rendre a la Mer Morte quand je tombe sur Sabah, qui essaie de réunir du monde pour une excursion la-bas. Franco-algérienne de 26 ans, elle vient juste d'arriver sur Amman, ou elle va bosser pendant deux mois dans une ONG qui s'occupe de réfugiés palestiniens. Ça servira de base pour son mémoire de maîtrise. On tombe d'accord pour louer une voiture pour deux jours. On trouve deux sympathiques italiennes puis un expatrié belge prêts a nous suivre. On sera cinq dans la voiture, donc ça coûte plus grand chose, c'est nickel.
L'excursion est prévue pour le lendemain donc Sabah et moi profitons de la journée pour se ballader dans le centre d'Amman, son marche, la décidément classique citadelle...


Amman est une ville sans charme particulier, sans vieille ville, a l'architecture banale. On trouve malgré tout quelques bons endroits ou se poser pour discuter. Et discuter encore toute la soirée. Plus on apprend a se connaître, et plus je me rends compte que tout est politique a ses yeux. Tout est sujet a interprétation, polémique et vaut mieux faire gaffe ou on met les pieds, parce qu'elle prend ses causes très au sérieux. Ce qui va mener a une relation pour le moins passionnée et houleuse, avec une bonne dispute par jour. Les deux tiers du temps, elle est tranquille, légère, elle déconne et chante des chansons bidons. L'autre tiers du temps, elle rumine, nerfs a vif, se met en colère parce que quelqu'un a dit quelque chose de sexiste, raciste ou que sais-je encore...


On part de bon matin tous les cinq, Sabah, moi, Philippe, Sabrina et Marica, avec musique arabe a plein tube dans la caisse. On descend par des routes sinueuses dans la cuvette qui accueille la Mer Morte. Le changement de pression me bouche les oreilles. La Mer Morte est, a -400m sous le niveau de la mer, l'endroit le plus bas du monde.


On paye pour avoir accès a la plage (on peut bien se baigner gratuitement ailleurs, mais sans douche pour se rincer de tout ce sel, ça craint). On se réfugie du soleil sous un abri en bois puis partons faire trempette. C'est difficile de se tenir droit dans l'eau, le sel nous poussant fortement vers la surface. Il est par contre déconseillé de nager le crawl, comme je l'ai bien sur fait. J'ai réussi a avaler un peu d'eau (retour a la plage pour boire de l'eau, parce que c'est juste horrible), puis a m'en foutre dans les yeux (retour a la plage, a l'aveugle, pour prendre une douche, parce que ça brûle sévère). Finalement, je trouve ma position, assis dans l'eau, les bras sous les genoux pour trouver l'équilibre. Idéal pour se reposer une bonne demi-heure et peaufiner son bronzage style grand-brûlé.
On a pas pensé au pique-nique alors on se fait dépouiller dans le seul resto des environs (buffet a 10 JD = 11 euros ou 40 sandwichs falafels).


On trace la route vers le Sud, longeant la Mer, s'arrêtant pour un point de vue ou pour un café turc. On finit la journée en haut d'une montagne, pour profiter de la vue panoramique et du coucher de soleil.


Enfin, on rentre sur Madaba, une jolie ville pas trop loin, et on prend des chambres dans un hôtel tenu par des sri-lankaises rigolotes. On s'achète des bières, des sandwichs, et passons la soirée tranquillement sur le toit. Les italiennes vont se coucher. La discussion tourne sur la politique, les voyages, la musique, les ONG, et Sabah se met en mode combat. Philippe est en charge, pour l'UNESCO, de la formation professionnelle et technique pour l'Irak. En gros, il essaie d'aider l'Irak a se remettre sur pied en fournissant matériels, compétences et formation, en finançant des programmes...Ce qui semble être un bordel sans nom assez décourageant et énervant. En tous cas ça réveille tous les chevaux de batailles de Sabah. La tension est toujours la quand Philippe va se coucher, probablement un peu déconcerté par notre amazone. Les heures passent, la tension est bien retombée. On est les deux conducteurs, il est 4h30, il est grand temps qu'on dorme.

Par Jullian
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Mercredi 4 juin 2008
Je me retrouve seul dans le dortoir avec un jeune japonais complètement dérangé. Sans présentation, il commence a me parler d'armes en tous genre. Avec son accent a couper a la hache, il est difficile a comprendre, ce qui aide pas a suivre le fil de ses pensées. Il a 19 ans, entièrement habillé en treillis, il dit être venu en Jordanie pour passer en Irak et tuer des américains. Il a aussi essayé de rentrer en Israel, pour aller en Palestine. Il s'est fait refusé et a eu droit a un beau gros tampon "DENIED" sur son passeport, ce qui fait qu'il est coincé en Jordanie et que son passeport est bon a jeter a la poubelle. Parce qu'un tampon israélien sur son passeport, même de refus, ça ferme la porte d'à peu près tous les pays du coin. Il attend son nouveau passeport en tournant en rond a l'hôtel, déblatérant des conneries a tout le monde, essayant de choquer son monde. Le jour de mon arrivée, il revient du stand de tir et me montre fièrement son bonhomme-cible troué de partout. Il me cite les armes utilisées ainsi que toutes celles qu'il préfèrent, me demandant aussi si je connais telle bataille, tel corps d'armée.


"Je vais lancer une bombe sur le Japon...ça va les réveiller...je vais provoquer la 3ème guerre mondiale...I Fuck Americans..."
Quand je lui dis que je suis français :
"Ah français...hum...jinjin !
-Quoi ?
-Jinjin !
- (...)
-Tu connais pas jinjin ?! Oh my gott ! Oh my gott ! (
il dit ca 150 fois par jour ; "tampon israel ! oh my gott! fuckin Israel !)
-Non, qu'est-ce que c'est qu'ce truc ?
-Oooooh....America, SWAT. France, jinjin !
-Hum...Ah GIGN, ouh la d'accord.
-Yes, jinjin. Jinjin good !
-Mmmm...
-Lechione ?!
-Euh...la legion ?"

Et comme ça pendant des plombes. Quand j'essaie de changer de sujet, le plus souvent il ignore la question et enchaîne. Quand je lui demande son nom, il dit qu'il s'appelle "PEACE", parce qu'il déteste la paix. Un peu gavé, je me met au pieu, le casque sur les oreilles signifiant clairement "Ne pas déranger". Après une demi-heure, en bonne voie vers le sommeil, il se met a rigoler comme un bossu, m'appelle.
"Aujourd'hui, j'ai tiré sur un chat (il se marre)
-T'as tiré
sur un chat ?!
-Je l'ai pas tué mais j'ai tiré dessus (il mime et bruite un tir)
-T'es carrément malade",
dis-je avec un sourire, amuse par sa folie. Et il se marre de plus belle, heureux de son effet.


Pendant les quelques jours passés a Amman, il changera pas de disque et fera son numéro a tous les nouveaux arrivants. Centre des conversations, clown de service, mascotte ou tête de turc, faisant rire ou peur, il met une certaine ambiance dans l'hôtel. Le dernier jour, après de nombreuse tentatives, on déniche enfin son vrai prénom, mais il apprécie moyennement qu'on casse le mythe.
J'entendrais de nouveau parler de lui a Petra. Des touristes l'auront croisé dans un autre hôtel, et auront plus ou moins les mêmes histoires a raconter. Aux dernières nouvelles, équipé de son nouveau passeport vierge de tous tampon, donc suspect, il s'est fait refouler a la frontière syrienne.
Par Jullian
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Samedi 31 mai 2008
Aussi bien que je me sente a Damas, il est tout de même temps de bouger. David, un australien déjà aperçu a Alep, se trouve dans le même dortoir que moi et pars également pour Amman, en Jordanie. On arrange donc un taxi pour pas trop cher. David est une espèce de sosie de Fidel Castro jeune. Brun, une longue barbe et le même style de casquette que Fidel, il fait autour de 2 mètres et est entièrement habillé de noir. Décris comme ça, ça peut faire peur, mais il est doux comme un agneau. En Australie, entre autres choses, son dernier boulot était de tenir une librairie anarchiste et libertaire a Brisbane. Il est super calme, agréable a vivre, et très doué pour raconter toutes sortes d'histoires. On fait les 200 km en 7 ou 8h, s'arrêtant souvent pour que le chauffeur puisse faire ses petits traffics, d'alcool apparemment. On est probablement que des prétextes pour le chauffeur, qui fait le gros de ses benefs avec ses magouilles (ce qui explique sans doute aussi pourquoi il nous a donné tout de suite le prix juste pour la course).
Le passage de frontière se fait sans problème.
Déposés au centre d'Amman, on tombe sur un expatrié suisse qui nous conseille le Farah Hotel. Je le conseillerai a mon tour. De loin le staff le plus sympa, serviable et le mieux informé que j'ai rencontré jusqu'à présent. Et absolument bilingue avec ça. Quand on demande comment se rendre a tel site, ils sont capables de sortir des trucs du genre : "ben vous pouvez le faire dans un tour avec nous, mais ça va vous coûter plus cher. Le mieux, c'est de prendre tel bus a tel endroit qui coûte tant...ce sera aussi bien et beaucoup moins cher". C'est pas courant d'entendre ça !
Je vais prendre une chambre alors que David va téléphoner a des palestiniens connus sur un site internet libertaire, espérant squatter chez eux. Même s'il passe son séjour a Amman avec eux, il finira par revenir a l'hôtel pour dormir. Aussi intéressants soient-ils, les libertaires vivent encore tous chez leur maman.

PS Toujours aucune photo de Jordanie et ses joyaux après 10 jours dans le pays...Ici la vie est 3 fois plus cher qu'en Syrie, mais internet bien bien moins efficace. C'est retour au moyen-âge. Internet est très lent et leurs ordis fonctionnent au charbon. J'ai même du mal a trouver de quoi me graver un dvd. Mes photos s'entassent, ma carte mémoire est pleine, je suis même forcé d'effacer des photos pour faire le vide. Je m'y attaquerai de retour a Damas.
Par Jullian
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