SYRIE

Vendredi 18 juillet 2008

Je retrouve Andrei dans le souq. C'est quelqu'un de très bavard, avec des avis tranchés sur tout. Et des avis pour le moins originaux et polémiques, ce qui, a en croire son sourire en coin et ses yeux malicieux, l'amuse beaucoup. C'est un vrai fondu d'histoire et de politique, il sait beaucoup de choses, mais il met son savoir au profit de théories fumeuses et révisionnistes. Ukrainien, il se sent russe. C'est un nostalgique de l'URSS, du communisme. Il regrette la Grande Russie dont il espère le retour. Il peut sans ciller, et en toute connaissance, me dire que Staline est un héros qui sera réhabilité pour son oeuvre dans quelques années. Bien sur, il est responsable de millions de morts, mais en gros, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. Et pour lui, Staline est avant tout l'homme qui, en si peu de temps, a réussi a faire rentrer une Russie arriérée et paysanne dans le monde moderne. Tache colossale qu'il est parvenu a achever. Andrei hait Gorbatchev qui a, selon lui, ramené la Russie longtemps en arrière, et est responsable de l'effondrement de leur économie.
L'exécution des "terroristes", comme les tchetchenes et autres indépendantistes, des opposants qui empêchent le pays d'avancer, tous ces meurtres ne lui posent aucun problème. Il rigole de notre barbare guillotine et de tout le cérémonial en vigueur au Etats-Unis pour l'exécution de la peine de mort. En Russie, c'est plus humain : a n'importe quel moment, sans prévenir, un militaire rentre dans la cellule du condamné et lui fout une balle dans la tête. On laisse de coté tous les salamaleks, c'est simple, direct, sans chichis.
A Beyrouth, il s'était vanté auprès de Jamal de la sécurité en Russie, ou on peut se ballader sans soucis n'importe ou. "C'est pas du tout dangereux. Enfin, sauf pour les noirs, bien sur". Ce "bien sur" avait fortement marqué Jamal. Même sur Hitler, il est ambigu. Il semble le désapprouver, mais comme si c'était un homme qui avait manqué de manières. Il semble déplorer son manque de stratégie, son échec en fait, et passe sous silence tout ce qui fait de lui un monstre. Discuter avec Andrei, c'est comme passer de l'autre coté du miroir, ou les valeurs sont inversées.

Il est tellement obsessionnel avec ses visions politiques qu'il en devient risible. Le soir même, alors qu'on discute dans la cour de l'hôtel, la pauvre coréenne a le malheur de passer par la. Quand il la voit, il a les yeux qui lui sortent de la tête. Il insiste fortement pour qu'elle se joigne a nous, ce qu'elle ne fait pas de gaieté de coeur. Il est décidé a la séduire et prend pour cela un angle original, en étalant sa science (limitée) sur la Corée, et en particulier la Corée du Nord qui, comme chacun le sait, est un sujet hautement aphrodisiaque.
Déjà, il commence par sortir des âneries énormes en se basant sur les 5 jours qu'il a passé en Corée du Nord et quelques infos datées. Du genre, en Corée, les femmes sont comme ça, les femmes doivent faire ceci, en Corée on mange du chien régulièrement, mais pas les femmes...Horrifiée, la coréenne s'applique a rectifier ses conneries alors qu'il rougit et s'enfonce de plus belle. "Ah, tu veux être programmeuse, c'est un métier dur pour une femme" Oh la la, Andrei! Une remarque machiste de plus qui passe pas, mais il enchaîne quand même avec les geishas qui sont offertes aux clients lors de soirées arrosées dans les entreprises coréennes. Que les coréennes du Nord sont plus belles que celles du Sud (celle qui est avec nous, bien sur, est du Sud), mais que c'est sans doute parce que les seules visibles pendant les tours sont méticuleusement choisies.
Andrei, champion international de la drague, je savoure. Il fait tout de même pitié par moments et je lui tends de nombreuses perches pour le sortir de sa logorrhée et changer de sujet, mais il insiste le bougre, décidé a se noyer. Il nous refait le coup de la réhabilitation, avec Kim Il Sung et son fils Kim Jong Il, cette fois. Ces merveilleux cinglés, qui a servi sous l'armée russe pour le premier, qui est né en Russie pour le second, seront reconnus pour leur actes héroïques, notamment ceux du père pendant je ne sais plus quelle guerre. Et puis le système nord-coréen ne marche pas si mal. D'accord, ces dernières années, ça a tendance a devenir difficile, mais les gens la-bas sont heureux, ils crèvent pas de faim comme on veut nous le faire croire. Je le sais parce que je l'ai vu...Et ainsi de suite.
La pauvre coréenne va se coucher, atterrée et encore loin d'être sous le charme. Je conseille a Andrei d'éviter la politique la prochaine fois qu'il essaie de la draguer. Un moment, il ressemble a un petit garçon humilié. J'aurais presque, presque, pitié de lui. Je préfère au contraire me foutre de lui.

Par Jullian
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Lundi 14 juillet 2008
Jamal et moi nous arrêtons a des hôtels voisins (le sien est trop cher a mon goût). Je vais faire mon petit tour en ville, et il me retrouve vers 21h a mon hôtel, au retour de son rendez-vous. Il est habillé classe, tout en noir. Il s'est acheté toute la panoplie pour son rencart. La soirée au cinéma, seul endroit discret, s'est finie tôt car elle vit encore chez ses parents, et est surveillée. Il est encore un peu dans les nuages. Des le lendemain, il va dormir chez la tante, qui prête sa maison de bonne grâce. Comme toujours avec Jamal, les choses vont a une vitesse incroyable. On passe une dernière soirée sympa ensemble.

Le lendemain, je pars tôt pour l'ambassade d'Iran. C'est tout un mic-mac pour payer le visa, car il faut passer par une banque spécifique, qui n'acceptent que les pounds syriens mais ne fait pas de change... Je repasse en fin d'après-midi récupérer mon passeport, avec mon beau visa tout neuf dedans.

Entre-temps, j'ai l'immense "plaisir" de tomber sur Andrei, accompagné d'une belle coréenne aperçue au Talal's Hotel. Ils arrivent tout juste de Beyrouth. Ils vont au même hôtel que moi, donc je les recroiserai forcément.

Je me rends au Souq, et perçois de l'animation un peu plus loin. Je m'arrête, a l'affût, et aperçois deux mecs qui se battent et se poursuivent. Ils se courent bientôt après au milieu des voitures, la "proie" frappant les caisses et tout ce qui passe avec une pancarte. Le poursuivant le frappe allègrement a chaque fois qu'il le rattrape. Ils gueulent comme des putois, et de plus en plus de gens s'arrêtent, s'approchent. Très vite, une petite foule entoure "l'homme-proie" et ses poursuivants, qui sont maintenant plusieurs a essayer de le maîtriser. Torse-nu, et saignant déjà sous les coups, il se bat comme un beau diable pour s'échapper, mais jamais pour longtemps. La foule complice le contient quelque peu, suffisamment pour qu'il soit rattrapé.
Je me demande ce qu'il a fait. Ça a l'air extrêmement grave. Les policiers s'en mêlent et y vont gaiement avec leur matraque. Je me sens bizarre. Je sais pas bien ce a quoi je suis en train d'assister. De mon point de vue, ça ressemble en tous points a un lynchage. La victime se fait traîner par les pieds, par les mains, frappé par toutes sortes de choses, par de plus en plus de gens. Il gesticule avec l'énergie du désespoir, comme luttant pour sa survie, refusant de se laisser faire. Il est presque nu a présent, le corps recouvert de sang, le regard fou d'une antilope qui essaie vainement d'échapper aux griffes d'une lionne. Il est tenu tant bien que mal par les quatre membres, se contorsionnant en l'air comme un ver de terre coupé en deux, recevant des coups de coudes censés le calmer. Le monde autour de lui est impressionnant maintenant. Certains s'amusent et rigolent comme au cirque. Des mouvements de foule brutaux et brefs font des vagues de temps a autre, m'entraînant avec eux, alors que j'essaie de suivre l'action au plus près.
Le malaise que je ressens est aussi fort que ma fascination. J'arrive pas a me résoudre a sortir mon appareil-photo, malgré les photos sensationnelles qui s'offrent a moi. Je me pose des tas de questions alors que je devrais prendre ces maudites photos et y réfléchir ensuite, probablement. Scrupules, mauvaise conscience, lâcheté,...je dois pas avoir l'âme d'un reporter. Pourtant, certains syriens ne se gênent pas, flashant avec leur téléphone, montant sur le toit des voitures pour avoir une meilleure vue sur le tabassage.
En tout, ça a bien dure 15-20 minutes très intenses, avant que les policiers le maîtrisent suffisamment pour le mettre dans une voiture direction commissariat. Des policiers tout énervés arrivent trop tard, matraque a la main, réclamant leur part. On leur dit qu'ils sont partis au poste, et les voila qui filent en quatrième vitesse. J'imagine que la-bas, le pauvre gars va pas être reçu avec du thé et des biscuits. Ce qu'il a fait, je l'ignore. Peut-être a t'il volé quelquechose ? D'ailleurs, j'ai eu peur un moment qu'ils lui coupent la main comme ça, dans la rue, ayant vu quelqu'un s'enfoncer dans la foule avec deux espèces de hachoirs en métal fin. Mais heureusement, ce n'était qu'un délire de ma part, on coupe pas les mains des voleurs en Syrie, a ma connaissance. Je reste sous le choc tout en poursuivant ma route vers le Souq.
Par Jullian
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Samedi 31 mai 2008
Toujours a Damas, un matin, au rez-de-chaussée de l'hôtel, Clément et moi nous faisons alpaguer par une syrienne qui cherche des étrangers pour faire figurant dans un film. Ça nous prendra 4 heures et on sera paye 1000 S.P. (20 $, 15 E), ce qui a pour effet de dissiper nos dernières hésitations. Ça se passe dans une boite de nuit et on devra danser, ce qui promet d'être pathétique et amusant.
En attendant,  je me rends a l'ambassade iranienne. Je remplis les formulaires et me fait faire des empreintes de tous les doigts et des mains. A la demande du gouvernement français, s'excuse platement l'employé qui ne comprend pas l'utilité de tout ça. Il m'avoue aussi que ma nationalité peut parfois poser problème. Sur que les récentes déclarations de Sarko et Kouchner ont pas du aider. J'ai demandé un visa de 30 jours. On verra si j'obtiens le visa, et pour combien de temps. Résultat de la loterie dans 15 jours, toujours a Damas.


12h30. Clément, François, moi et Holly, une anglaise, sont les seuls touristes a avoir été déniché par l'assistante casting. On se tasse tous dans une voiture en direction du club. L'équipe de tournage prépare la scène, la star féminine se fait maquiller son visage botoxé, le réalisateur tourne en rond au milieu des électros, donnant des consignes et observant le décor. Un groupe de nanas habillées plus ou moins comme des poufs squattent un coin de la salle. Ce sont les autres figurantes, avec qui on va devoir danser. Ça fait étrange de se retrouver a danser devant une équipe de tournage avec les filles les moins habillées de Syrie.



Je suis le premier a tourner de notre petite bande. Je dois juste me mettre au comptoir (ça je sais faire), a boire une boisson fluo. Plus tard, on me présente ma "petite amie", avec qui je dois discuter. Puis je dois danser un slow avec une autre nana, une belle pépée en tenue moulante. Ay Caramba ! Pas désagréable du tout. Même si les regards amuses de mes collègues font qu'il est difficile de garder son sérieux. Clément, avec sa barbe et ses cheveux longs, et qui, pour l'occasion, a mis une chemise a carreaux, un jean, et des grosses godasses, ressemble a un bûcheron qui vient s'éclater en ville après des mois a couper du bois au fin fond du Canada. Le petit chanceux a comme partenaire Rose, une figurante qui ressemble a un trans ou un travesti. Elle veut être actrice a Hollywood, moi je la verrais bien dans un film d'Almodovar, c'est pas plus mal. Pour l'anecdote, ma "petite amie" veut être astronaute. Soit ce sont des filles vraiment très ambitieuses, soit elles ont un sens de l'humour difficile a percer. Voir Clément le bûcheron se déhancher sur des rythmes endiables avec Rose est vraiment trop drôle. François, lui, déconne et tente de draguer, alors qu'Holly est un peu délaissée, servant a remplir l'image essentiellement. Mais on lui propose de revenir le lendemain, pour une scène en bikini au bord d'une piscine, pour laquelle elle serait payée 100 $ !


On attend beaucoup et l'équipe de tournage, même si elle tourne peu (1 ou 2 prises en général), prend des plombes a préparer les scènes et manque sévèrement d'organisation. Le maquillage des starlettes en particulier est interminable (2-3 kilos par visage). On finit par s'ennuyer, on creve de faim, et le tournage s'éternise. Mais on finit par en sortir, ravi de l'expérience, un peu surréaliste dans le contexte.
Par Jullian
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Jeudi 29 mai 2008
En fin de journée, je vais a pied dans le Nord de la ville, les collines escarpées qui longent la cite en point de mire. J'arrive au pied de celles-ci et la ville se transforme petit a petit en village, une banlieue ou vivent les pauvres. Les rues se resserrent, les maisons sont plus basses, plus colorées, décrépites. Les voitures sont rares, les habitants traînent sur le pas des portes, les enfants jouent sur la route. C'est un tout autre monde.


A mi-chemin d'une montée fatigante, un groupe d'enfants se met en tete de m'escorter jusqu'au sommet. Ils sont bruyants, excites, me tournent autour en braillant. Pas idéal pour une ballade. Je suis sauve par un flic qui m'invite dans son "commissariat", une bicoque toute pourrie ou trois flics sirotent du mate et fume la sheesha, tranquillement installe sur le balcon, avec panorama sur Damas. Je reste donc avec eux une bonne demi-heure, discuter, tirer sur le narguilé, et boire leur mate plutôt dégueulasse. En fait je savais pas ce que c'était. C'est la première fois que j'en buvais. Des feuilles séchées dont ils remplissent le verre, rajoute du sucre par dessus, et verse de l'eau chaude. On boit ça avec une paille en fer décorée. J'avais l'impression de boire du jus de gazon. Comme on déconnait sur un des flics et de sa vie avec ses quatre femmes, celui-ci me propose de venir manger chez lui a l'autre bout de la ville, pour voir ça de plus près et goûtera leur bonne cuisine. Mais je suis pas d'attaque, je refuse poliment. Le mystère de la vie polygame, ce sera pour une autre fois.


Je repars pour mon ascension, de nouveau rejoint par trois petits branleurs qui, une fois en haut, me casse les couilles pour que je leur donne de l'argent. Du haut de leur 12 ans, ils tentent de m'intimider, de me menacer. Ils se barrent quand je suis a deux doigts de leur foutre mon pied au cul. Je pose mes fesses près du sommet, au-dessus des dernières habitations.


Je reste deux heures la-haut, a regarder Damas plonger dans le noir, les lumières de la ville prenant le relais, s'allumant une a une. Je me mets des musiques planantes dans les oreilles. Je suis bien.
Par Jullian
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Jeudi 29 mai 2008
Mon plan est de remonter dans le Nord, vers Tartus, Lattaquié, le long de la courte cote méditerranéenne syrienne. Mais Damas me retient prisonnier, j'ai aucune envie de bouger. Ne rien faire a Damas m'intéresse plus que toutes les visites, les beaux sites a explorer aux alentours. Pendant quelques jours, je m'installe donc dans une petite routine remplie de ballades, falafels, photos et discussions avec des travellers, et de beaucoup de glande, de contemplation. Une glande si prenante que jamais l'ennui ne m'effleure. Je ne touche même pas a mon "Moby Dick" dont je n'ai pas lu une page en une semaine.


Une vie simple, en partie en compagnie de Clément, un voyageur toulousain qui en est a son neuvième mois sur les routes. Relax, simple, calme, un voyageur comme je les aime. Puis rejoint également par un autre français ( c'est dingue la proportion de voyageurs français dans le Moyen-Orient), prénommé François. Bien moins calme, bavard, avec 3000 histoires a raconter, mais bien marrant et agréable.


Je passe une matinée a la Mosquée Omayyade, me posant dans la cour, et dans le hall de la prière. J'observe les pratiquants, les différents touristes, occidentaux ou pas.


Un groupe de pèlerins iraniens prient en pleurant, écoutant leur imam qui gémit et semble se sentir coupable de quelque chose. J'ai appris plus tard que c'était sans doute des sunnites, qui se reprochent de n'avoir pu empêcher le meurtre d'Ali, leur prophète.


Au milieu du hall, se trouve un Mausolée contenant une des têtes de Saint Jean Baptiste ! Apparemment, il en aurait plusieurs puisque ce n'est pas le seul endroit qui renferme sa précieuse tête...J'ai entendu qu'il y en aurait été fabriquées 7 a l'origine, pour les revendre et se faire de l'argent de poche...


Un groupe de femmes prient en silence, immobiles comme des statues, entierement drapées de blanc. Elles dégagent quelque chose d'étrange, comme une procession sortie d'une scène d' "Eyes wide shut".


L'endroit est un lieu de prière mais aussi un lieu de vie. Des musulmans discutent accroupis en rond, rigolant, téléphonant. D'autres sont allonges, semblant faire la sieste. Des enfants passent, jouant, dansant devant des femmes voilées en plein bavardage.

Par Jullian
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Mercredi 28 mai 2008
On prend le bus le matin pour Damas. Ici aussi les prix sont plus chers que prévu. J'apprends peu après qu'il y a deux semaines, le prix du pétrole a augmente de 300 % en Syrie, du jour au lendemain. Ça joue naturellement sur toute l'économie du pays.
On choisit un hôtel charmant (qui se trouve être le moins cher aussi, forcement), dans une vieille maison avec une grande cour intérieure. Un endroit qui incite a traîner dans les fauteuils, a fumer le narguilé ou boire un thé, avec le son de la fontaine en fond sonore et un toit de lierre qui protège du soleil et diffuse une lumière relaxante. Le staff est pas top sympathique mais je passe l'éponge, vu le prix et le décor. On s'installe sur le toit, ou des matelas sont installes en rang d'oignons.


Helene et Benoit sont déjà passe par Damas a leur arrivée, et ils ont le sens de l'orientation. Je les laisse donc me guider dans la vieille ville, passant par le souk et ses allées couvertes, la Mosquée Omayyade, se perdant avec bonheur dans les labyrinthiques ruelles aux lumières et aux odeurs contrastées.


On tombe sur une succursale du Centre Culturel Français, ce qui me permet de voir une expo photos et vidéos d'une qualité rarement vue (faut dire que je fréquente pas trop ce genre de lieu).


On passe la soirée a fumer la sheesha dans un magnifique café-resto, le Jabri, superbement décoré, la aussi dans une cour intérieure. La clientèle est essentiellement locale, musique arabe, atmosphère envoûtante, bonne ambiance.


Damas est une ville sublime, ou il est facile et agréable de se promener. Les gens sont aimables et relax. Je me sens bien. Je me ballade, appareil autour du cou, en compagnie d'Helene et Benoit, et j'arrive a prendre des photos des passants sans me sentir trop gêne, ce qui est une première amélioration.


En fin de journée, je me paie un hammam, sans massage. Un petit plaisir que je me suis déjà offert en Turquie. J'adore traîner dans le sauna, y rester cuire comme une pomme-vapeur. Surtout que la chaleur me rend euphorique, complètement perché. Je sors de la propre et détendu comme jamais, prêt a accompagner les Lillois pour leur dernière soirée en Syrie.


On se fait un bon resto dans une de ces vieilles maisons de la vieille ville. Le dîner se finit au son du Oud et du tambourin. Deux musiciens sont venus chanter pour détendre les fumeurs de narguilé. Leur avion est a 4h du matin, alors on tue le temps en discutant, fumant, affale dans la cour de l'hôtel, jusqu'à ce que le taxi vienne les prendre, déjà plus ou moins zombifiés.
Par Jullian
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Lundi 26 mai 2008
Tout le monde rentre donc a l'hôtel mais ma soirée est encore loin d'être finie. Dans le salon de l'hôtel se trouve Mohammed, le gérant de l'hôtel, deux syriens, et Nils, un danois. Affale dans un fauteuil, il sirote bière sur bière tout en déconnant avec les syriens (se foutant les uns des autres sans se comprendre). Naturellement, je me joins a eux et reçoit thé, bière et cigarettes. La soirée commence bien. Ça doit faire un mois que j'ai pas bu, et les bières se boivent vite et bien. Nils, sorte de j'm'en-foutiste charismatique, a quelques bonnes anecdotes sur les semaines précédentes de son voyage. Je me rappelle surtout de celle ou, a Damas, il est parti en boite, ou il s'est trouve qu'elle était peuplée de jeunes russes assises les unes a cote des autres...Bien sur, il a essaye d'en draguer une ou deux, mais pas décidé a sortir le porte monnaie pour ça, elles sont allé voir ailleurs. Nils en était pas moins bourre et en tentant de retourner a son hôtel, il s'est fait embarquer brutalement par des flics syriens, pour une raison inconnue (si ce n'est son ébriété). Après une bonne heure d'intimidation et d'interrogatoire, et voyant qu'il ne tirerait rien de ce drôle de numéro qui faisait semblant d'être idiot, ils l'ont relâché je ne sais ou, toujours sans explication.
Le fait qu'il se soit fait dépouillé en Turquie par des mecs qui le menaçait avec son propre couteau m'a également bien fait rire.
Un jeune américain tout beau tout propre est alors arrive, vers 1h, avec l'air d'atterrir directement d'Harvard. Cherchant une chambre pour la nuit, on a vite de l'accueillir comme il se doit. Après un petit moment, il s'est mis a discuter avec les syriens dans un arabe parfait. Nils et moi on est reste un peu cons, puis la conversation a pu se poursuivre dans les deux langues, avec un traducteur de bon niveau. Décidé a voir le lever du soleil sur les ruines, il est parti se coucher vers 3h, nous laissant, moi, Nils, Muhammed, et nos bières. Comme cela arrive parfois quand un étranger est en confiance, fatigue ou bourre, Muhammed a alors lance la conversation sur le sexe, très curieux du comment ça se passe par chez vous. Bien sur, la pudeur et la bienséance m'ont fait quitter cet endroit malfaisant, et je suis parti au lit immédiatement ou j'ai dormi comme l'ange que je suis...
En vrai je me suis couche sur les coups de 5h, inquiet quant a mon rendez-vous matinal et le trajet en bus, presque désolé de quitter une soirée aussi bizarre, dont les détails et propos ne peuvent être révélés ici malheureusement. CENSURE
Par Jullian
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Dimanche 25 mai 2008
Palmyre. Baal Shamin Hotel. La négociation fait passer le prix de 350 a 200 Pounds. J'ai même droit a ma propre salle de bain, quel luxe! La bonne affaire est compensée par le fait que quand je lui dis que je vais manger, il me traîne dans un superbe petit resto, ou la bouffe est quelconque et la facture plutôt extraordinaire. Des fois j'ai vraiment des pertes de lucidité !
Je me rends sur le site, qui est a deux pas, et commence a errer dans les ruines. Je me contorsionne pour trouver les bons angles pour mes photos, et sortir les touristes disperses de mes cadres. Je repousse les premiers marchands de conneries, les chameliers...


Je vais dans l'enceinte de l'impressionnant Temple de Bel. A l'entrée, un vieux guide parlant français (parmi 36 autres langues) m'offre un thé et me fait un baratin du diable. Mais je reste ferme, les considérations historiques des vieilles pierres me laissent froid. Je n'ai pas besoin d'un guide qui m'imposera son rythme, sa vision, et son blabla interminable. Je fais le tour tranquillement, en cherchant l'ombre protectrice des colonnes. Je reste ensuite près d'une heure assis a l'ombre, avec le guide, qui me parle histoire, tourisme, et d'autres choses, sans oublier de revenir a la charge régulièrement, peaufinant son argumentaire, améliorant l'offre et baissant le prix. Je finis par craquer pour un petit tour a moto le lendemain que de mauvais calculs me font croire avantageux.


Rendez-vous avec le guide a 10h sur le site. Je me lève, bien sur, a la bourre, et me fait inviter au petit dej. par deux Lillois, la charmante chieuse Helene, et le bavard bien marrant Benoit. Deux collègues en Syrie pour 10 jours. On se présente et tout le tralala, je m'attarde. Le guide finit par me trouver en terrasse, chevauchant sa moto, pimpant, énergique et bavard comme jamais. Il m'emmène sur des routes ensablées pour visiter des tours-tombeaux ouvertes a des heures bien précises. Notre retard s'avère positif car on arrive au moment ou les groupes partent. Malheureusement, l'atmosphère est pas au rendez-vous. Sans doute très intéressant d'un point de vue archéologique, historique, mais chiant pour le gars comme moi qui cherche des ambiances, des lumières, des émotions, des images. La petite excursion est finie au bout d'une heure et c'est tant mieux.


Je retrouve mes lillois vers midi. Pendant qu'on mange, une tempête de sable se lève. Le vent souffle fort, le soleil perce de plus en plus difficilement la couche de sable qui voile un ciel devenu orange.


Au bout d'une heure ou deux, le vent est un peu retombe. Benoit est decide a aller voir les ruines, quitte a manger du sable. Je l'accompagne. Je le regretterai pas, l'atmosphère est fabuleuse.
La couleur du ciel, les brumes de sable dramatisent le paysage, les ruines n'en sont que plus belles. Aucun touriste n'est dans les parages. Tout ça combine me donne l'impression de déambuler au milieu du désert, dans une ancienne cite encore inconnue. On revient chercher la princesse, qui sort doucement de sa sieste, et on se dirige vers la citadelle, perchée sur une colline a une extrémité du site. On se prend toujours du sable dans le visage mais la promenade est très agréable. Je commence alors a prendre Hélène et Benoit en photo, a un rythme qui ne fera que s'accélérer les prochains jours. Cobayes volontaires, ils se prêtent au jeu pendant que j'essaie de prendre LA photo, qui ne viendra pas.

Le soir, on mange dans un super petit resto, le Spring Restaurant, tenu par Muhammad, qui parle français avec comme un accent du sud. On y retrouve une archéologue française d'environ 60 ans, que les lillois ont rencontre plus tôt. Elle dirige des fouilles a Palmyre et a des tas de choses a nous apprendre sur l'archéologie, comme sur la culture arabe et syrienne, entre autres. Elle est tres simple, tranquille, de bonne compagnie. Elle forme une espèce de duo comique avec Mohammad, qui passe son temps a la chercher, la taquiner. La spirée se termine en sirotant une bonne tisane maison offerte par le maître de maison, et par une série de photos plus ridicules les unes que les autres, entre autres âneries.
Rendez-vous pris le lendemain matin. On quittera ensemble Palmyre pour Damas. Chacun retourne a son hôtel.


Par Jullian
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Jeudi 22 mai 2008
Je passe encore une soirée planté sur la place centrale. Je suis accoste par un chrétien et son jeune fils. On parle ensemble des choses habituelles : famille, travail, voyage, religion. Son ainé, âge de 14 ans, appelé entre temps a la rescousse par téléphone, nous sert d'interprète. Il parle un anglais impeccable que sa mère lui enseigne quotidiennement, comme elle enseigne a son mari. Cette femme revient souvent dans la discussion, comme une figure tutélaire, la chef de famille a l'intelligence supérieure. Elle m'intrigue mais je n'arrive pas a savoir exactement qui c'est, si ce n'est qu'elle est syrienne et catholique, et je n'aurai pas la chance de la connaître.


Je reste avec eux une bonne heure, continue ensuite a prendre quelques photos, puis vais finir la soirée avec Tariq, un vendeur de tissus rencontre deux jours plus tôt. Je suis reçu comme un membre de la famille. D'ailleurs, il fait bien comprendre aux autres autour que je suis son ami (et pour une fois, ça ne sonne pas comme si j'étais un trophée, "l'ami touriste"). Il me fait penser a Bobo, le fabuleux birman rencontre a Mandalay deux ans plus tôt. Même léger embonpoint, même douceur, même générosité et curiosité. Il se rappelle de tout ce que j'ai pu lui raconter il y a deux jours. Je l'entend résumer aux autres ce qu'il sait de ma vie, ma famille (il se rappelle du prénom de Maissanne, dont je lui ai montre des photos). On dit qu'au Moyen-Orient, et chez les musulmans, la famille est extrêmement importante, sacrée. C'est sans doute vrai pour des tas d'endroits sur la planète, mais c'est particulièrement frappant. Quand ils apprennent qu'a 29 ans je suis encore célibataire et sans enfant, une poignée semble me comprendre, d'autres pas du tout, mais j'ai plus souvent l'impression qu'ils me plaignent, sont tristes pour moi. Quand je leur dis que j'en voudrais plus tard ou que je leur parle de ma petite nièce adorée, leur regard s'illumine, et un large sourire approbateur et chaleureux semble me dire que je suis un des leurs.
Par Jullian
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Jeudi 22 mai 2008

Je fais du stop pour le retour de Dura Europos. 2 mn et un minibus s'arrête. Je me retrouve avec 3 institutrices et 2 instituteurs qui reviennent de la frontière irakienne. Leur journée est finie. Tous les jours, ils font 1h30 de trajet pour enseigner la-bas, 1h30 pour en revenir.


Pendant le trajet, je discute avec Suad, qui parle bien mieux anglais que moi. C'est rare de se retrouver avec des femmes par ici. Ça change, c'est bien. Et elle est ravissante et drôle, ce qui ne gâche rien. Cette rencontre me confirme l'impression que j'avais jusque la, a savoir que les femmes syriennes sont fières et ont du caractère a revendre.


Les premiers jours, le nombre impressionnant de femmes voilées frappe, même en venant de la religieuse Urfa, en Turquie. Beaucoup sont entièrement vêtues de noir, ne laissant qu'une partie de leur visage visible, voire que les yeux. Certaines sont même complètement dissimulées. Le voile qui les couvre doit être assez fin pour qu'elles voient a travers. Il est difficile, quand on les voit au bout de la rue, de savoir dans quel sens elles sont, c'est assez perturbant. Ces dernières femmes mises a part, qui restent mystérieuses, il semble évident que la plupart sont loin d'être soumises, et sont bien vivantes. Ça se sent, a les voir en famille ou entre amies, par leur comportement, leur façon de parler, leur bonne humeur ou leur colère, leur façon de transformer la tenue imposée par la religion en summum de l'élégance...
Avec Suad, la discussion est libre, impertinente, sans retenue, mais malgré tout, même en en faisant un jeu, je n'aurai pas moyen de la prendre en photo, elle reste aux aguets, prête a se cacher si je brandis mon appareil. Après, a quoi est du cette pudeur extrême, j'en sais rien.

Par Jullian
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Dimanche 18 mai 2008

Alep me laisse sur des impressions mitigées. J'arrive a Deir-es-Zur, petite ville de l'est, pas loin de la frontière irakienne, avec un certain soulagement. Les gens ici sont très agréables, accueillants, curieux, voire bavards. J'aime me poser sur la petite place centrale le soir et observer le ballet des passants harangues par les marchands de rue, les petites familles qui se promènent, les jeunes qui se regroupent pour traîner. La ville, encore somnolente le matin et un peu léthargique sous le soleil d'après-midi, prend pleine vie a la nuit tombée.
Les magasins ne ferment qu'a minuit ou plus, quand les dernières familles se décident a rentrer chez elles, gavées sans doute de l'énergie particulière qui circule ici. Au milieu de tout ça, assis, je scrute, prend des photos, et me fait régulièrement aborde par des syriens curieux et avides de conversation. C'est une bonne manière de voyager en fin de compte que de rester immobile a l'endroit bien choisi.


Deir-es-Zur est au bord de l'Euphrate, dans la mythique Mesopotamie, et aux portes du désert. Un désert plat, gris-jaune, rocailleux, a perte de vue. En allant visiter les ruines de Dura Europos, a une heure de la, je descends du minibus au bord d'une longue et droite route bitumée. A 360 degrés, du désert jusqu'à l'horizon. A l'exception de ces ruines, qui surgissent de terre a 1 km de la route.
Il est 11h passe, le soleil tape dur. L'air est déformé par la chaleur, comme au-dessus d'un barbecue, et j'ai l'impression d'êtrela viande qui y grille.
Les ruines sont belles. Pas un touriste a l'horizon. Le site se finit par une falaise. En dessous, l'Euphrate et une vallée verdoyante. Quelques jeunes pêcheurs sur un canot. Deux-trois rapaces qui survolent les environs. Et malheureusement des nuages de moustiques minuscules qui me font des misères. Mais la vue n'en est pas moins belle.


Par Jullian
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Dimanche 18 mai 2008
Mon premier jour en Syrie coïncide avec le début des "troubles" au Liban. Des dizaines de morts dans une espèce de guerilla urbaine dans le sud de Beyrouth. Je suis parti faire mon tour en Syrie en espérant que ça se calme et reste localisé. Mais au moment ou j'écris, une bonne semaine plus tard, tout n'a fait qu'empirer. Les combats et les zones interdites s'étendent. La tension aux frontières syrienne et israélienne est a son comble. Aéroports fermés, routes bloquées, un seul passage de frontière sécurisé, destine a faire sortir les gens plutôt qu'a les inviter a venir. Il est plus ou moins interdit de s'y rendre et très complique d'en sortir (des touristes ont du payer 100 $ pour trouver un taxi qui les emmène au poste frontière). Mon voyage tant attendu au Liban tombe a l'eau. Et ce beau pays s'enfonce une fois de plus dans la guerre. Ici, il est difficile de savoir ce que pensent les syriens de tout ça. Certains semblent tout de même déplorer la situation, n'aspirant qu'a la tranquillité, d'autre semblent loin de tout ça. D'autres semblent plus ambigus, mais pour savoir ce qu'ils pensent, avec la barrière de la langue, et le fait que la politique est un sujet assez tabou, ça devient complexe. Il faut dire qu'il vivent sous une monarchie dictatoriale déguisée en république. La liberté de parole est limitée et le peuple a longtemps vécu, comme aujourd'hui encore en Birmanie, sous la menace des informateurs. Les portraits de Bashir-El-Assad, président qui a hérité le pouvoir de son père, côtoient souvent dans les magasins les portraits du chef du Hezbollah (fouteur de merde au Liban et ailleurs, donc). J'ai cru comprendre quela Syrie et Israel se font une sorte de guerre d'influence (et pas que) au Liban, profitant des divisionsinternes. Les deux pays ont peur que le Liban tombent aux mains de l'autre (d'où la présence des syriens la-bas). Bref, c'est un beau sac de noeud. La situation m'échappe et les informations me manquent, mais ça a l'air d'être une fois de plus une guerre de pouvoir et pas une guerre des peuples. Et ça a l'air d'être parti pour durer.


Par Jullian
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Dimanche 18 mai 2008
La vie est vraiment bon marché en Syrie. Ce qui m'arrange bien parce que les très rares distributeurs du pays n'acceptent que les visas, et ma réserve de dollars est pas énorme. On trouve par exemple de tres bons falafels pour l'équivalent de 25 cts d'euros ! Et on peut trouver de quoi dormir pour 4-5 $. Par contre, c'est sur qu'il vaut mieux marchander sec par ici, contrairement a la Turquie, ou les prix sont souvent clair, et ou ils essaient pas trop d'arnaquer le touriste. En Syrie, c'est a la gueule du client.

En allant justement prendre un de ces falafels a 3 sous, un syrien tout droit sorti d'Alice aux pays des merveilles me tombe dessus. Il me tourne autour en parlant (bien) anglais avec le débit d'une mitraillette, tout en souriant comme en plein délire. On dirait le chapelier fou ou le lapin blanc, si vous arrivez a suivre mes références. Sans plus de présentation que ça, il se met a me raconter des blagues débiles a moitie drôles, complètement mort de rire. Avant de me quitter, tout aussi brutalement qu'il m'est tombé dessus, car il est "en retard, en retard, je suis en retard" (j'invente même pas), il me donne l'adresse de sites (en plusieurs langues) ou l'on me donnera toutes les bonnes raisons de me convertir a l'Islam, et son adresse, ou il attend avec impatience que je lui envoie des blagues...Et pshitt ! Il disparaît dans la foule.
Par Jullian
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Jeudi 15 mai 2008
Vu la confiance que je porte a mon sens de l'orientation, et ma relative fatigue, j'évite le premier jour de m'aventurer trop loin dans cette grosse ville de 3 millions d'habitants. Je cherche toujours en vain un guide, du coup je ne sais pas ce qu'il y a a voir, a faire et ou ça se trouve. C'est plutôt emmerdant.
La Syrie, c'est un tout autre monde. Ici, tout, même les chiffres, sont écris en arabe. Les gens qui parlent anglais sont plutôt rares, et personne ne comprend un traître mot de ce que j'essaie lamentablement de dire en arabe. "Oh l'arabe, c'est facile" qu'ils disent. Il faut le dire vite. Certains essaient de m'apprendre quelques mots, mais ça sort sous forme de charabia.


Je finis par trouver un Lonely Planet photocopié que je paie a prix d'or. Je déambule dans la vieille ville, le souk et ses alentours, et me paie une visite dans la citadelle qui surplombe la cité. Endroit idéal pour observer le ballet des pigeons voyageurs au-dessus des immeubles. Ici, beaucoup semblent élever des pigeons, qu'ils lâchent dans les airs par dizaines et contrôlent par des sifflements. De belles formations de pigeons font donc des tours, des piqués, reviennent et repartent au son aigu des sifflements de leur maître.

Un matin, je me décide a aller par mes propres moyens (c'est-a-dire minibus a gogo, stop et marche a pied) sur le site des "Dead Cities" (villes fantômes). Je me rend a la gare routière et les embrouilles commencent. Certains ne me comprennent pas, d'autres me donnent des informations contradictoires, le bus est par ci, par la, y'a pas de bus pour y aller. Certains daignent même pas me répondre, me parler. Après que je lui ai demandé poliment, un mec reste immobile, a me fixer avec mépris, droit dans les yeux, sans décocher un mot. Une attitude que je retrouve plusieurs fois a Alep, et qui, au bout d'une journée, me mettra sérieusement les nerfs a vif.


On m'envoie donc a une autre station de minibus, puis retour a l'envoyeur. On me conseille de me mettre sur la route et d'arreter le premier minibus qui y va. Pratique, quand on est pas capable de lire l'arabe...
Finalement le chauffeur d'un vieux bus tout pourri me dit qu'il y va. Départ dans 10 mn. Il essaie franchement de m'arnaquer sur le prix mais on s'arrange a peu près.Une heure plus tard, le bus est toujours quasiment vide, et le départ est toujours pour dans 10 mn. Le calcul est vite fait. J'aurai moyen d'y arriver, mais pas de revenir avant la nuit, surtout si c'est la meme merde dans l'autre sens. J'en ai plein le dos, je me casse. Les "Cites fantômes", ce sera pour la Saint-Glinglin, tant pis.
Par Jullian
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Mardi 13 mai 2008
Le lendemain, réveil 7h30, rebelote. La veille, j'ai cherche a savoir si y'avait un consul en ville ou quelque chose, mais le fameux guide en parle pas. Je repars donc a un autre point de passage, celui d'Oncupinar, toujours a l'arrache. Bus jusqu'à Kilis, puis taxi durement négocié pour les 7km jusqu'à la frontière.


Au moins la, le poste frontière ressemble a quelque chose, et c'est bien plus grouillant. Tout de suite, je me fais alpaguer par un officiel turque qui me fait remplir un questionnaire sur mon séjour en Turquie. Mon passeport se fait tamponner. L'officiel s'éloigne en me disant de l'attendre. Ça sent plutôt bon. J'attends. J'attends. Je trouve une pièce par terre. Une belle pièce syrienne je suppose ou même les chiffres sont en arabe. Je le prend comme un bon signe. J'attends. Ça fait une heure que je poireaute, j'ai rien mange de la journée, il va être midi, j'ai envie de pisser, qu'est-ce qu'il fout? Je commence a poser des questions a des gens qui comprennent rien de ce que je peux bien baragouiner. Un mec finit par me dire que c'est pas possible sans visa. Qu'il faut que j'aille a l'ambassade syrienne a Antep (damned ! y'en a une !) et revienne ensuite. Merde alors ! Pas deux fois ! J'ai plus une thune turque de toute façon alors je pars, pas très confiant, traverser le no man's land entre les deux frontières. Un ou deux kilomètres dans une espèce de grand corridor grillage au milieu de nulle-part. Puis des champs de mines de chaque cote. Un mirador.Et la Syrie en vue.


Arrêté par des policiers syriens très affables, j'explique mon cas. Ils se concertent, me disent qu'il ne devrait pas y avoir de problème, et m'indiquent ou aller.
Nouveau bureau. Ça s'agite, ça piaille, ça s'impatiente. Un routier syrien m'interroge, en bon anglais, et explique tout ça, en bon syrien, aux douaniers. Tout le monde se refile le bébé, qui finit dans les bras d'un vieux grincheux qui parle un peu français. Il me regarde avec des yeux ennuyés et me dit que c'est pas possible. Je répète qu'on m'a dit qu'on pouvait envoyer un fax a Damas et obtenir l'autorisation. Il me fixe. Fait des allers-retour en soupirant. Revient et me dit que ça va prendre 5 h, pour essayer de me décourager. Je lui dit que de toute façon j'ai pas le choix, et que j'attendrai. Dans son regard défile la tonne de paperasse a remplir pour aider ce petit touriste. En plus il est midi passe. Mais il s'y colle, laborieusement.
Je souffle un peu. Ca avance.
Une demi-heure plus tard, je suis de l'autre cote, dans le bureau, a remplir plus ou moins moi-même mon dossier. Je paie mon visa pour 15 jours, 28 $, deux fois moins que ce que je croyais. Quelques timbres, un bon vieux tampon. Je savais pas avec quelle tendresse, quelle joie on pouvait regarder un pauvre tampon. Et voila, en une heure, l'affaire est torchée. Ma pièce m'a peut-être porte chance.

Je sors cote syrien.

Un taxi me choppe. "Aleppo ? -Oui. -D'où tu viens ? -France (la nationalité joue sur le prix annonce) - 30 dollars. -Non! 15. -15 pas possible, c'est 30. Allez viens. - Ben non alors." Je fait mine de partir. "Allez, 20 $, viens". Je grimace. Un autre mec gueule : "Aleppo ? - Oui, 15 $ ? - 15$ OK!". Je vais vers lui. Le premier s'énerve. Ils s'engueulent. Du coup le premier taxi s'aligne en grognant. En montant dans la voiture, le deuxième gueule en plaisantant  "5 $ !". Le chauffeur, tout énervé, démarre en trombe, vociférant, et roule comme en plein rallye.
Au bout de quelques kilomètres, il me refile a un mec qui fait l'exploit de rouler encore plus vite, et de pas me décocher un mot de tout le trajet. Les 50 bornes environ sont vite avalées.
Il me dépose dans le quartiers des hôtels et des marchands de pneus (curieux mélange, des rues entières avec l'un ou l'autre). Une chambre pas cher en comparaison avec la Turquie (5 $, dans la plus grande ville du pays).
Me voila en Syrie. C'est bon d'etre arrive.


Par Jullian
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