TURQUIE

Jeudi 31 juillet 2008
Quatrième jour a Dogubayazit. Je peux enfin bouger. Avec les autres (sauf Jillian), on s'organise un petit tour pour voir les sites du coin. On commence par le supposé emplacement de l'Arche de Noë. Il faut un certain temps pour y arriver, et le chemin et les paysages traversés sont bien plus impressionnants que la mascarade qui nous attend.


En partant du principe que l'Arche a existé, ce qui est déjà pas mal demander, selon moi, c'est juste une formation rocheuse qui évoque vaguement la forme d'une coque. D'ailleurs, il y en a une deuxième mais personne ne semble se demander si du coup y'avait deux arches et pas une. Entre autres invraisemblances. Mais ils ont trouvé du bois fossilisé sur le site donc c'est forcément l'Arche...Un petit bâtiment montre toutes ses pseudo-preuves scientifiques sur des tableaux explicatifs. Y'a pas un seul touriste dans le coin. Je sais plus ou dans le monde, en Amérique du Sud je crois bien, des milliers et des milliers de personnes se sont rendus et se rendent encore sous un pont, pour prier devant une tache d'humidité sur un mur qui évoque le visage de Marie ou du Christ, je sais plus. Alors je me dis que si y'avait la moindre chance du début d'un indice probable, l'endroit croulerait sous les pèlerins et les fans d'histoires. Y'a vraiment que des cons de touristes dans mon genre pour aller voir ça. Bref. La vue est belle donc y'a pas de soucis, je digère.


Après, on va près de la frontière iranienne pour voir un cratère de météorite. Mais la aussi, j'ai la douce impression qu'on se fout de ma gueule. Déjà, le cratère, il a pas la forme d'un cratère mais d'un puit de forage inachevé. Ça a été creuse par l'homme c't'histoire. Après on nous dit qu'avec ses 30 mètres de diamètre, c'est le deuxième plus grand cratère du monde. Permettez-moi de m'étouffer, mais le truc fait même pas 15 mètres, et même a 30 mètres, je vois pas comment il pourrait être en concurrence avec les nombreux cratères qui font des kilomètres de diamètre...La y'a pas spécialement de belle vue donc ça passe moins bien.


Ensuite, on nous dépose a l'entrée d'un village près du Mont Ararat. Ça a l'air bien pauvre tout ça, mais ça a son charme, assurément.


Le village fait un peu désert quand même, a part quelques enfants. Je me serai bien aventurer plus profondément dans le village mais Dale, l'australien, y semble réfractaire et entraîne Rachel et le Tchèque avec lui. Rien de tout ça n'est formulé donc je sais pas trop ce qui le dérange. Perso, je trouve pas ça mieux de rester en lisière du bled, prendre deux photos et repartir dans son 4x4, mais bon.


Je prends quelques minutes de rab pendant que les autres m'attendent, impatiemment pour ce qui est de Dale. Déjà le matin, il m'a râlé après parce que je me suis levé trop tard alors qu'il était censé me réveiller. Il a alors moyennement apprécié que je le remette a sa place. Puis, pour une raison mystérieuse, il n'a pas aimé non plus que je critique et rigole de ce foutu "cratère", que je mette en doute les informations écrites sur la pancarte ("Mais bien sur que c'est vrai, c'est marqué sur la pancarte, alors !"). Et maintenant, je veux visiter le village qu'on est venu voir d'assez loin, quel atroce je suis ! Il est énervé et pressé de rentrer glander a l'hôtel.


Le chauffeur les dépose en ville et m'emmène au Palais d'Ishak Pacha.


Sa situation est incroyable, comme en suspension sur une plate-forme rocheuse, surplombant la plaine et la ville. Malheureusement, il est en travaux de restauration, et le gros du bâtiment n'est pas visible.


Je me pose la avec le chauffeur et me fume une clope. Comme toutes celles de la journée, elle passe mal. Hier, j'ai pas pu en finir une. Et les deux précédents, trop malade, j'ai pas du tout fumer. Celle-ci est celle de trop. Je m'arrête la et jette mon paquet et les quelques cigarettes qui y restent. Je suis décidé, c'est définitif.


Le soir, on passe une soirée sympa a discuter et boire des bières. Un couple d'américains s'est joint a nous. J'ai tres envie de fumer, les bières aident pas, et j'ai pas savouré ma dernière cigarette alors je craque et en fume deux. Les dernières. 30 jours sans une taffe maintenant. Chaque fois que l'envie me prend, je me répète comme un mantra : "je suis fier de moi, je suis fier de moi", et ça suffit pour combattre l'envie.
Par Jullian
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Mercredi 30 juillet 2008

Je me rends a Urfa ou j'arrive en plein milieu d'après-midi. L'avant-veille, j'ai prévenu tout le monde par mail que j'arrivais. Je n'ai eu de nouvelles que de Civan, celui avec qui je m'entends le mieux, qui m'apprends qu'il n'est malheureusement pas sur Urfa, vacances scolaires obligent.
En attendant, je vais récupérer mon colis qui m'attend depuis un mois et demi a la poste restante (lunettes de rechange et nouvelle carte de crédit). On me fait le coup du "c'est pas encore arrivé". Tu peux toujours courir, bonhomme, je repars pas sans. Il faut repasser demain. Mais bien sur. Je fais le poireau et demande a ce qu'on me le trouve. Alors arrive le moustachu désagréable a qui j'ai eu affaire trois fois dans le passé. Il m'emmène dans une salle cachée dans un autre bâtiment, et d'un chaos de colis de toutes formes et de toutes tailles, me sort mon ch'ti colis qui m'attendait sagement dans la poussière. Une bonne chose de faite.

Je retrouve mes petites habitudes avec la même chambre dans le même hôtel, mon resto, mon cybercafé. C'est agréable mais j'ai besoin d'avancer, pas de me poser. Civan étant pas la, les autres répondant pas encore, je me dis que je laisse tomber les retrouvailles et trace le lendemain. Tant pis.
Le gérant de l'hôtel me dit qu'il y a un bus a 20h pour Dogubayazit, près de la frontière iranienne. Je lézarde donc en journée avant de me rendre a pied a la gare routière, par sécurité, pour vérifier les horaires. Il y a bien un bus direct, mais a 17h. Il est 16h30...Super. Ça va être chaud. Je me pique une grosse suée a l'aller, fait le retour avec le sac sur le dos. Pas de taxi, naturellement. Quand on a besoin d'eux...J'arrive en retard mais le départ est plus pour 17h30 (il aurait pu me prévenir, mais bon). Je rentre dans le bus en état liquide et odorifere assez prononcé, heureux de m'avancer vers l'Iran.

Le trajet est long (14h), je trouve pas le sommeil mais somnole beaucoup entre les arrêts. A minuit passé, on s'arrête je ne sais ou, dans un bled plein de sandwicheries, de kebabs. Je me prends un kebab que je mange sur la route. Il est pas tres bon mais ca fait du bien de manger. Trois heures plus tard, les premiers symptômes de la diarrhée apparaissent. Mon estomac tourne a plein régime et fait un bruit pas possible. Il a pas l'air content du tout. Ça ne fait qu'empirer et les heures qui suivent exigent de moi un sacré contrôle de soi et beaucoup de concentration pour ne pas que je redécore le bus. J'arrive vers 7-8h a Dogubayazit, exténué et tres "malade".
Heureusement je trouve mon hôtel assez rapidement, et c'est un bon hôtel avec ma propre salle de bain. Toute la journée, je partage mon temps entre mon lit, ou je me tortille sous l'effet de la fièvre, et les chiottes, ou je m'applique a me déshydrater de toutes les manières possibles. J'ai l'impression de vivre un cauchemar sans fin. Je peux rien boire, rien avaler. La nuit continue dans le même esprit, alors que j'entends la ville en fête, la musique et les feux d'artifice. J'apprends plus tard que c'était un gros festival culturel kurde qui arrive une fois l'an, genre a ne pas manquer... Mes plages de sommeil durent pas plus de 30mn-1h. Le lendemain, c'est un peu moins violent. J'arrive a me traîner dehors une demi-heure, essaie de manger sans succès, et revient me coucher pour y rester la journée. Le troisième jour, je me sens tres fatigué, mais beaucoup mieux. Les médocs commencent a faire leur effet, et je peux enfin sortir, manger un peu, et faire connaissance avec les autres touristes de l'hôtel.

Je rencontre un australien d'une quarantaine d'années, Dale, grande gueule mais marrant, ou l'inverse. Rachel, une américaine d'origine koweitienne qui est prof a Istanbul. Tranquille mais un peu rabat-joie, un peu vieille fille déjà. C'est électrique entre les deux opposés que sont ces deux la. Il y a aussi un tchèque qui vit en Nouvelle-Zelande, ce qui donne un drôle d'accent en anglais. Un peu effacé, timide, il est friand des histoires de Dale, avec qui il voyage depuis quelques temps et forme un duo complémentaire. Il rigole beaucoup et ne mange pratiquement pas, se remettant lui aussi difficilement d'une tourista qu'il traîne depuis une semaine. Voyageant seule depuis plusieurs mois, Jillian, australienne, est dans le pur esprit "backpacker", va beaucoup a la rencontre des locaux, chez qui elle se fait régulièrement invitée. Elle est simple, agréable, positive et a l'écoute, le genre de voyageur(se) que j'apprécie vraiment.
Il y a aussi une autre américaine, prof elle aussi, qui a l'air complètement perchée, a coté de la plaque. J'ai pas trop réussi a cerner son problème. Peut-être qu'elle a un grain, peut-être qu'elle est en dépression, peut-être qu'elle est juste un peu con. Elle a un regard bovin, une voix traînante qui transpire également d'intelligence. Elle traîne la journée, et surtout la nuit, avec ses "boy friends" turques, et ca lui fait de l'effet apparemment. C'est un laideron mais elle regarde les mecs comme si elle était Lauren Bacall, irrésistible. Au petit-déjeuner, avec son corps mal foutu et ses kilos superflus, elle m'impose sa séance de gymnastique matinal, devant mes yeux horrifiés et mon estomac retourné qui essaie de digérer mes oeufs et mon café. Je sais que je sonne langue de pute, mais elle était vraiment ridicule, "too much".


Cette dernière mise a part, qui se mêle peu aux autres touristes, la petite bande se rend ensemble au Palais d'Ishak Pacha, perché sur une des montagnes qui entourent la ville. J'avais prévu de suivre le mouvement mais je suis trop juste niveau énergie. Je les rejoins le soir pour fêter l'anniversaire de Rachel dans un petit restaurant, et on finit ca au dernier étage de l'hôtel qui, 24h/24, est laissé a notre disposition. Il y a des fauteuils confortables, des tables, internet gratuit, de quoi écouter de la musique, et des vitres partout qui donnent une vision panoramique de la ville, des montagnes alentours, et en particulier du sublime Mont Ararat.


A part ca, la ville en elle-même n'a rien de bien attirant. Elle est construite a la russe, avec des rues parallèles ou perpendiculaires. Elle est plate et sans perspective, assez poussiéreuse, et il n'y a rien a y faire.


Par contre, le cadre est somptueux. Le Mont Ararat, avec son sommet enneigé, sa couronne de nuages qui va et vient au gré du vent, du temps, du moment de la journée, avec sa hauteur intimidante (5137 m pour être affreusement précis), surtout qu'il surgit de la plaine (qui se trouve a 1600 m quand même); ce Mont Ararat agit comme un aimant, attirant les regards. D'où que l'on soit, il faut qu'on le regarde, voir s'il est différent de tel angle, tel endroit, comment sont les nuages...Je ne me lasse pas de le regarder. Il dégage vraiment quelque chose de spécial.

Par Jullian
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Jeudi 24 juillet 2008
Ma journée a Gaziantep consiste a chercher a manger, écrire, blogger et surfer sur internet, boire du thé et des jus de fruits (Aaaaah ! les divins, succulents "atom" : des milkshakes a la banane, avec du miel, de la pistache et des noisettes). Gaziantep étant bien plus grand qu'Urfa, je me suis dit que je serai pas plus mal ici pour regarder la demi-finale Allemagne-Turquie. Dans le cas d'une victoire turque, la fête n'en sera que plus folle et impressionnante ici.

Je vais regarder le match dans un salon de thé. Visualisez une grande salle remplies de tables et de chaises premier prix, absolument aucune décoration, si ce n'est un portrait d'Ataturk dans un coin, et un samovar ou deux pour faire le thé. Que des hommes bien sur (les femmes sont interdites), buvant, fumant et jouant (sauf ce soir) aux cartes, au okay, aux dominos. C'est plus l'esprit saloon ou bar des sportifs, l'alcool en moins. Une télé est accrochée au mur. Des dizaines d'hommes tournés vers elle, discutant peu. Je suis content et surpris qu'il y ait de la place. Ou sont tous les autres ? Les rues sont désertes et je sais pas ou ils sont tous réunis.

En rentrant dans le saloon, je suis dévisagé par la salle, seul blanc-bec de l'assistance. Un vieux en particulier me fixe, et se retourne encore pour me mater une fois que je suis assis, pas forcement amicalement, commentant ma présence avec ses voisins. Dix minutes plus tard, il peut plus se retenir, il vient me voir avec un grand sourire qui pourrait presque être sincère, et me dit :
"Sprechen sie Deutsch ? (Parlez-vous allemand ?)
- Nein, ich spreche kein deutsch. Ich bin Frankreich. (Non je parle pas allemand. Je suis "France")
- Ah ! Vous êtes pas allemand ? !
- Non, je suis français.
- Alors, ça va. Vous êtes bien. Bonne soirée."
Et il part avec un sourire certainement sincère pour le coup. Je crois qu'il rigolait pas en disant que c'était bien que je sois pas allemand...Il fait tourner l'info comme quoi je suis français. Ça se répand comme une traînée de poudre. Problème résolu. Concentrons-nous sur le match, on a d'autres chats a fouetter.

A chaque action, le silence est rompu par des cris, des insultes, et des discussions aussi animées que brèves. Un joueur turc fait un lob qui retombe sur la transversale, la foule du salon lâche un cri retenu, mais un autre joueur surgit et reprend la balle revenue au sol. Le ballon rentre péniblement dans les filets après être passée entre des jambes et des mains. Tout le salon de thé se lève d'un seul homme, crie et rigole. Ils crient le nom du buteur comme s'ils étaient au stade. Les ralentis passent et repassent. Ils en peuvent plus de décortiquer tout ça et discute comme ça pendant quelques temps. Pas le temps de s'en remettre que les allemands égalisent, moins de 5 minutes plus tard. Certains s'énervent. La majorité reste muette, désolée.

A la mi-temps, tout le monde sort. Je vais voir si y'a du peuple dans les rues mais toujours rien, si ce n'est quelques jeunes qui sillonnent le macadam avec des drapeaux turcs a la main. Mais les affaires marchent pas fort poue eux pour le moment. Quelques petits baklavas et je repars voir le match dans une salle déjà regarnie.

A 10 minutes de la fin, le gardien turc se troue comme une merde et les allemands marquent de la tête. Consternation. Colère. Et ça ne fait qu'empirer avec les minutes qui défilent. Chaque action, chaque mouvement stérile est accueilli par des cris de haines. Un homme en particulier lance des flammes avec son regard. On dirait qu'il va tout casser. Certains ne tiennent plus en place. Je suis a ce moment précis très content d'être français, et pas allemand.
A 4 minutes de la fin, un turc fait un superbe débordement, centre, un attaquant se jette et glisse le ballon dans un trou de souris. Égalisation. 2-2. Le salon de thé est sens dessus-dessous. Les hommes crient, hurlent de bonheur. Ils sont au bord des larmes et moi aussi du coup, tellement je rigole, et pris par l'ambiance et leur enthousiasme. Ils se jettent dans les bras les uns des autres et commencent tous a chanter des sortes de chansons de supporters.

Reste plus qu'a prier pour que ça tienne jusqu'aux prolongations. Les gens prient, croisent les doigts. Malheureusement, les allemands plantent un 3ème but a la dernière minute. Les deux tiers de la salle se vide immédiatement, avant même le coup de sifflet final. Ils vont heureusement évacuer leur colère ailleurs, ou plus sûrement aller se coucher et passer une mauvaise nuit. Merci les allemands, vraiment ! Vous m'avez foutu ma soirée en l'air. Mon appareil-photo était prêt a mitrailler la foule en délire, ben c'est raté. Bande de rabats-joie ! Du coup, moi aussi je me couche tristement.
Par Jullian
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Samedi 19 juillet 2008
C'est parti pour une longue journée dans les transports. Taxi pour la gare, bus pour Alep. Puis la galère, plus de bus pour Gaziantep ou la frontière turque. On me propose des taxis a des prix exorbitants, alors j'erre dans les gares routières, a la recherche d'une solution, parce que mon visa se termine aujourd'hui, donc il faut que ça passe. Des mecs viennent a mon aide et me trouve un taxi collectif. On négocie avec le chauffeur. Ça prend du temps mais on finit par tomber d'accord sur le prix pour Kilis, la ville frontière coté turc. Le prix qu'il me propose pour Antep est aberrant je trouve, donc il me lâchera en chemin. Ça lui plaît pas mais bon, les clients se bousculent pas au portillon, je serai donc le cinquième larron dans la voiture.
Tous les autres sont turcs. Un chauffeur-routier de mon âge, sapé comme un archiduc, un "petit" jeune d'une vingtaine d'années, et un gars dans la quarantaine. Ce dernier est un rigolo, passant son temps a raconter des conneries, a taquiner le chauffeur. Je lui trouve une gueule de breton, avec un visage et une peau un peu rougie, comme attaquée par le sel, le soleil, et l'alcool. Il a les rides du rire profondément creusées aux coins des yeux. Il ferait un bon pilier de bar par chez nous. L'ambiance est bonne, on forme une bonne équipe.
On s'arrête a la dernière ville syrienne avant la frontière. Tout le monde fait ses achats en gros. De la bouffe a gogo dans des cartons, des sacs plastiques, qui remplissent l'énorme coffre de la voiture (style Espace). Moi je suis fauché, j'ai donné toute ma thune au chauffeur, alors j'achète rien. Le "breton" me remplit les poches de graines de tournesol, alors je m'asseois et mange mes graines pendant qu'ils font leurs emplettes. Le chauffeur vient me voir et me dit que c'est bon pour Antep, a mon prix. Je lui file ce qui me reste en lire turque et en dollar. Tout est réglé et l'un comme l'autre on semble soulagé et plus léger. Il devient plus souriant et rigolard. Il me ramène un coca juste au moment ou le routier me tend un sandwich énorme. Je sais plus ou donner du merci. Vive les kurdes !
A la frontière, tout se passe très bien, si ce n'est une petite fouille des sacs. Une fois les tampons et visas réglés, on se rend au duty free. Pour chaque passeport, on a droit a 4-5 cartouches et 5-6 bouteilles de whisky. Le "breton" prend sa part, mais le reste est pour le chauffeur qui achète pour 350-400 euros de came. Il habite pas loin de la frontière, coté turc, et en y passant, il dépose ça au marché du coin. Le "breton" est lâché a une station essence au milieu de nulle-part. Les deux autres sont deposés dans le centre de Gaziantep. Y'a un problème sur le paiement. Le chauffeur trouve que c'est pas assez. Je sais pas ou me foutre parce que je réalise qu'ils proposent déjà bien plus que ce que j'ai donné. En réalité, j'ai payé moins que le prix normal ! Le genre de truc qui arriverait jamais au Liban, tiens ! Le chauffeur finit par laisser tomber, surtout qu'ils savent parfaitement combien j'ai payé.
Il est suffisamment sympa pour ne pas me laisser en plan (ce que je redoutais) et me dépose près de l'endroit que je lui dit, un genre de mairie. Pas de bol, y'en a deux comme ça, et je suis a la mauvaise. Il est 22h et je cherche ma route dans des rues désertes et nocturnes. Je demande des infos a un vieux qui passe par la et m'emmene un bout, jusqu'à un autre groupe de mecs qui discutent entre eux de l'endroit mystérieux et inconnu qu'est mon hôtel. Finalement :
"Le Merkez Hotel ?! Pourquoi tu vas la-bas, c'est pas un bon hotel. Y'a eu deux meurtres la-bas.
- Ah bon ?
- Ouais, c'est pas bien la-bas.
- Oui, mais c'est pas cher.
- Moi je connais une bonne pension, pas cher.
- Ah bon, c'est combien ?
- Hum... (tout en me dévisageant) ...30 $.
- Ah ouais mais la non, moi je paie 15 liras au Merkez (~10 $)."

Du coup, un d'entre eux m'accompagne plus loin et m'indique la route. Grâce a eux, je retombe sur mes pattes et retrouve mon vieil hôtel misérable, banalement dénué de tuerie cette nuit la.
Par Jullian
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Mardi 13 mai 2008

Mercredi. Je suis tout concentre a mes préparatifs pour la Syrie. Je sais que je n'aurai pas de guide alors je cherche sur internet. C'est complique, le point de passage que je vais prendre, celui d'Akcakale/Tel Abyad, est apparemment le moins fréquenté de tous. Et cote syrien, ça a l'air désertique. Tout ce que je trouve, c'est le nom de 2 hôtels a Raqqa, la ville la plus proche, a 60 km de la frontière.
Je passe aussi pour la 3ème fois a la poste voir si mon colis (lunettes de rechange et nouvelle carte de crédit) est arrive de France. Toujours sans vérifier (il m'a fait le coup la dernière fois), il me fait comprendre qu'il n'y a rien. Ses façons me foutent un peu les nerfs. J'insiste tout en me contenant pour qu'au moins il vérifie. Et c'est la qu'il me dit que c'est pas ici qu'il faut demander, mais a un bureau a l'étage. Tout en évitant de l'étrangler, je monte voir. Rien. Ça risque de prendre encore 10-15 jours (2 jours plus tard, ma mère me dit que, d'après le suivi ça doit être arrive...ah la poste turque ...). je vais pas rester 2 semaines a attendre donc, c'est décidé, je pars pour la Syrie.

Lever tôt mais, bien sur, en retard sur mon plan. Je quitte Urfa et prend un minibus pour la frontière. Il faut savoir qu'en théorie, il est impossible d'obtenir un visa a la frontière, et que ceux qui y sont parvenus ont du attendre jusqu'à 11h a la douane, avec souvent un petit pot-de-vin pour finaliser tout ça.
Je me dirige donc vers le poste frontière en me demandant a quelle sauce je vais être mange et priant pour que ça passe. Le poste est plutôt désert. Trois pauvres voitures. Deux officiers. On me reçoit poliment. "Ah ! No visa !". Un des turcs prend mon passeport et va a l'autre bout voir un collègue syrien pendant que j'attends, un peu anxieux, et près a attendre des heures. Dix minutes plus tard, un douanier syrien arrive et me dit "Welcome to Syria!". Ouf ! Avant d'ajouter qu'il n'y a aucun moyen de me laisser passer et d'obtenir un visa ici. Aaaaaargh ! Il faut que j'aille a Antep, a quelques 200 bornes de la. Il est déjà 11h passe. Ça sent le roussi. Je repars tout penaud. Je me fais prendre en stop, puis fourre dans un minibus. Retour a la case départ. Un minibus pour Antep dans la foulée, un orage qui éclate, et je suis largue je sais pas pourquoi ni comment en pleine banlieue d'Antep (1 millions d'habitants quand même, c'est pas le village pittoresque!). Après une bonne demi-heure dans les bus locaux, je trouve enfin le centre-ville. Décidé a dormir ici cette nuit (assez d'emmerdes pour la journée), je crapahute sous la pluie a la recherche d'un hôtel pas cher. Chose faite. Je me pose.
Antep est réputée comme le summum de la gastronomie en Turquie, alors autant profiter de cet arrêt imprévu. Je me gave d'une bonne assiette de kebap et craque pour un gros morceaux de baklava a la pistache (http://fr.wikipedia.org/wiki/Baklava). On dit qu'ici on trouve les meilleurs baklavas du monde. Je sais pas pour le reste du monde, mais ceux la sont juste divins (j'en ai le goût qui me coule de nouveau dans la gorge rien que d'en parler). Tout ça me met un peu de baume au coeur.

A moi la Syrie...ou presque

Par Jullian
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Dimanche 11 mai 2008
Aujourd'hui, mardi après-midi, je me rends a Harran, qui a la réputation d'être l'une des cites toujours habitée les plus vieilles du monde. Arrive la-bas, il faut dépenser un peu d'énergie pour rejeter les guides potentiels, puis durant la visite, pour me débarrasser des enfants qui veulent de l'argent ou me vendre des conneries. J'ai l'impression de parader déguisé en $ géant.


La partie ancienne du village est encore en grande partie composée de maisons en forme de ruche qui communiquent entre elles. L'aspect du village et le paysage aride donne un air d'Afrique a l'ensemble. Les habitants semblent pauvres et désoeuvrés. Un groupe de touristes venus en bus traversent le village, escortes par des guides. L'ambiance générale est un peu inconfortable. Un peu plus loin, gisent des ruines et lieux de fouilles qui rappellent l'antique cite.
Je rentre a Urfa decu du voyage.


Cinq minutes a l'hôtel et on frappe a ma chambre. Smo, Mehmet, et un de leur pote, Mustapha, sont venus me chercher. On rejoint Ali, Civan et 5-6 autres étudiants dans un parc près de la fac, Ça chante, ça danse, ça joue de la guitare et même du violon (un petit violon en forme de S).
Avec Civan, Smo, Mehmet, Mustapha et Gul (seule femme de la bande, au caractère bien trempe), on continue la soirée ailleurs. On fait un pique-nique nocturne a Golbasi (dans le coin d'Abraham), au bord d'un des bassins. On joue encore de la musique. La soirée se termine a minuit alors qu'il commence a faire vraiment froid. On réveille difficilement le vieux gérant de mon hôtel qui, après parlementations, se décide enfin a ouvrir, et je m'endors comme une souche.
Par Jullian
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Samedi 10 mai 2008
A midi, au resto Gulivar, je me retrouve en face d'un étudiant. La conversation s'engage sur les inévitables "D'où je viens ?", "Quel est mon travail ?". Je lui demande s'il sait ou trouver des livres anglais. Il dit qu'il va me montrer. Il paie la note (pour nous deux, encore un repas offert) et m'entraîne dans des tas d'endroits, on passe dans des mosquées, on visite des expositions de peintures (lui-même est peintre), en particulier une dans une école, un petit collège probablement, ou les écoliers exposent toutes sortes de travaux, pendant que les professeurs forment un groupe de musique folklorique pas degueu. Je suis entoure de gamins curieux et anxieux quant a mon avis, et je signe le livre d'or. On visite même une animalerie, ou un pauvre macaque pitoyable fait des roulades dans sa cage, a la demande du gérant qui veut amuser la galerie. Bien sur, dans tout ça, pas de librairie. J'insiste sur le but premier de notre ballade. On cherche et se renseigne mais rien. J'arriverai donc "a poil" en Syrie, avec pour seul compagnon le "Moby Dick" en anglais que j'ai déniché le matin. Un de ces livres que j'ai vraiment envie de lire, mais auquel je n'ose m'attaquer qu'en voyage.
La ballade avec Ali se poursuit jusqu'à la fin de journée, ou on se pose dans un bar de "djeuns" pour jouer au backgammon (auquel je l'ai battu, ça de moins pour les turcs "rois du backgammon" Ah Ah Ah).
En rentrant a mon hôtel, on tombe sur trois potes a lui : Ismail, Mehmet et Civan.
Ismail, dit "Smo", est fêlé, bavard, drôle, agité. Il parle très mal anglais mais communique beaucoup en mélangeant tout ce qu'il sait , en plusieurs langues apparemment. Il est possessif avec moi et veut tout le temps m'avoir au bras ( ici, les amis se promène au bras l'un de l'autre, ce qui fait quand même bizarre au début quand on le fait).
Mehmet alterne moments de calme, ou il semble le plus "raisonnable" de tous, et moments de douce folie ou il se transforme en lutin bondissant. Dans tous les cas, il garde un regard pétillant, malicieux. Il ne parle pas du tout anglais mais se fait souvent mieux comprendre que les autres en communiquant par des mimes, souvent marrants.

Civan me semble a part. Pose mais drôle, attentionné mais pas envahissant. C'est un super guitariste, en particulier de flamenco. Je sais pas si ça joue, mais c'est le seul, parmi tous ces kurdes musulmans, a être alevi, un Islam différent, particulièrement maltraité en Turquie(pour ceux que ça intéresse:
 link ) Il parle un peu anglais, et je me sens rapidement proche de lui.

On passe une soirée mémorable ensemble, entre promenade, thé, jeu de okay...On finit même dans un magasin de jouet a 23h, ou un pote qui y bosse nous laisse jouer avec un hélicoptère radio-commandé. N'importe quoi.
Par Jullian
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Samedi 10 mai 2008
J'hésite longtemps a me rendre au rendez-vous avec Murat, et finalement me lance, sans appareil ni rien d'important. Mais en sortant de l'hôtel, j'entends des clameurs dans tous les coins, des voitures klaxonner a tout rompre. Des groupes de jeunes passent, sourires jusqu'aux oreilles et chantant. Au loin, j'aperçois un attroupement.
Je retourne vite a l'hôtel prendre mon appareil et avance au pas de charge vers ce "Ground zero" de la folie turque. Le temps de faire les 3-400 mètres qui me séparent de la manifestation, le défilé a grossi, des files interminables de véhicules envahissent la rue, avec des gens assis aux fenêtres, criant, agitant des drapeaux du Galatasaray. C'est donc officiel, Galatasaray est champion de Turquie. Un amas d'hystériques est monte sur la statue qui sert de rond-point au carrefour central de Sanliurfa. Des camions aux remorques pleines déversent des supporters plus bruyants et heureux les uns que les autres. je suis porte par leur enthousiasme, me mêle a la foule, prend des photos dans tous les sens. Je sors même l'objectif de gala (près de 20 cm de discrétion) et canarde. On me prend pour un journaliste, me demande ou ça passera. Tout le monde pose en brandissant leurs couleurs, leur maillot. Ça dure 2h comme ça.

Je suis a l'endroit du rendez-vous mais Murat a disparu de mes pensées. je rentre a l'hôtel galvanise, content d'avoir vu ça et d'en avoir une poignée de bonnes photos.
Par Jullian
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Vendredi 9 mai 2008
Deuxième jour. Je recherche en vain une laverie et une librairie avec livres en anglais, puis m'attelle aux visites. Je vais donc sur le site ou Abraham (Ibrahim) semble avoir fait les 400 coups. La grotte ou il est ne, la forteresse construite sur la colline ou le roi Nemrod l'a mis au bûcher (pour avoir détruit les dieux païens), et les grands bassins ou s'épanouissent des centaines de carpes, au pied de la colline (avant qu'Ibrahim brûle, Dieu-Allah a transforme le feu en eau, les braises en poissons, et Ibrahim a été éjecté en bas et réceptionné par des pétales de roses ! ).


En montant près des remparts de la citadelle, je tombe sur deux mecs, Murat et son pote, respectivement étudiant et musicien, avec des yeux multicolores. Au bout de quelques minutes a discuter adossés aux remparts, ils me proposent de tirer sur un joint. La prudence me dit de refuser. Tous les a-priori et peurs que "Midnight Express" avait grave dans mon esprit ont bien disparu mais il faut pas provoquer la chance non plus. Leurs yeux déjà arc-en-ciel en deviennent plus brillants et on part ensemble dans le bazar.


On se pose prendre un thé dans une cour ombragée au coeur du bazar. Les tables sont pleines de turcs buvant et jouant. Aux cartes, au backgammon, aux dominos, au okay. Pendant que mes compagnons roulent des cigarettes de leur tabac super-blond et super-sec avec des feuilles dénuées de colle, j'observe le cirque alentour et j'ai l'impression de toucher du doigt l'âme turque ou quelque chose de ce goût-la.

Ils m'invitent a les retrouver le soir même pour aller a une soirée concert comme Urfa en regorge. Le pote de Murat y joue ce soir. Je suis encore sur le mode méfiance et je ne sais toujours pas quoi faire. Est-ce bien prudent de suivre deux fumeurs de hashish dans un quartier excentre et inconnu, dans une ville inconnue, au coeur de la nuit. Le rendez-vous est a 21h, près de mon hôtel, j'ai encore le temps d'y réfléchir.
Par Jullian
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Vendredi 9 mai 2008

Urfa. Sanliurfa. Ce qui signifie Urfa la glorieuse. La cite des prophètes. Mon instinct me disait que j'aimerais cette ville et que j'y resterai un peu. Je ne m'étais pas trompe. Urfa est une ville au charme particulier. Je m'y sens tout de suite a l'aise et relax, a l'image de ses habitants.
Première chose : trouver un hôtel. Depuis Trabzon, j'ai laisse tomber les avis du guide et j'économise un maximum. Ce qui explique peut-être aussi le peu de touristes que je croise. Toujours pour 15 liras (7 euros), une immense chambre avec 3 chambres, une télé et un balcon, en plein coeur de la ville.
Juste le temps de poser mes sacs qu'un orage éclate. Ma première pluie. Agréable d'une certaine façon. Des tonnes d'eau se déversent et font remonter toutes les odeurs, en particulier nauséabondes, qui restent anonymes par temps sec.


L'averse passée, une promenade, me mêler aux passants, et découvrir le Gulizar, resto a la fois délicieux, super copieux et incroyablement peu cher (toujours pas dans le guide, qu'est-ce qu'ils foutent !). J'y ai mange tous mes repas pendant 5 jours.
Par Jullian
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Vendredi 9 mai 2008
Le lendemain, pas bien, je me décide a aller voir un docteur. Mustapha, le gérant de l'hôtel, me fait escorter a un dispensaire. De la, ils appellent un médecin qui parle anglais. Il me demande ce que j'ai. J'essaie de m'auto-diagnostiquer en anglais, et je sors avec des antibiotiques et un truc contre la grippe ou quelque chose comme ça.
Après une autre soirée dans le salon de l'hôtel, une dernière nuit, je quitte Van sans avoir rien vu de ses splendeurs ou de la beauté du lac.

Le bus m'emmène a Diyarbakir, bastion de la culture kurde en Turquie. Mais je ne m'arrête pas. Je trouve un bus bonde en partance pour Mardin. Je fais le trajet assis sur les marches, a discuter avec un petit jeune et quelques autres curieux autour.
J'arrive a la nuit a Mardin ou je trouve, après un peu d'errance, la rue principale et le moins cher des hôtels de la ville (au prix classique de 15 liras), le Basak Hotel. En travaux, un peu pouilleux, mais le prix est la.


Au matin, je pars pour une promenade dans la vieille ville. En passant devant l'office de tourisme, un étudiant m'y fait rentrer et m'explique le topo sur la ville. Il est accompagne de la plus belle jeune femme qu'il m'ait été donne de voir. Je suis foudroyé a la vue de son visage. Elle a des yeux des plus incroyables, a faire palir ceux de la jeune afghane sur la célèbre photo de McCurry. A la différence près qu'elle me sourit et me dévore des yeux, en toute innocence, comme une enfant. J'ai du mal a ne pas la regarder pendant que l'autre me fait son speech. Surtout qu'elle me lâche pas des yeux.
Je crève d'envie de la prendre en photo mais je sais pas comment m'y prendre. C'est encore plus compliqué dans un pays musulman comme ici. Je sais pas si c'est sa soeur, sa petite amie ou juste une collègue. Je sais pas si ma demande va sembler déplacée. Certaines choses me font réaliser qu'elle ne parle pas anglais. Il faudrait qu'il serve d'interprète. Je vais passer pour un barge ou un pervers. Je n'ose pas. Je me dégonfle. J'aurai tant voulu que vous voyez ce visage, ce regard.


Je vais me perdre dans les ruelles pittoresques de la superbe Mardin, encore hante par cette fille. Une vieille ville entièrement jaune-ocre, tannée par le soleil, découpée par ses ombres, envoûtante. Et la vue, en haut de la colline, est époustouflante. La ville en son entier, bâtie par palier sur la colline, avec des enfants jouant sur les toits, des femmes s'occupant du linge, et au loin, des champs multicolores s'étendant jusqu'à l'horizon.


L'après-midi, je pars a pied voir un vieux monastère, a Deyrul Zafaran, a quelques kilomètres de la. Je passe 2-3 heures agréables sur place avec Judith, une suisse dans la quarantaine, qui parle couramment turque et revient en Turquie pour la 18ème fois.
Le monastere a été construit une première fois en 495, sur un ancien site voue au culte du Soleil, ce qui excite mon imagination. Toujours actif, ici, la messe est en araméen. Et des étudiants y viennent encore en pension apprendre l'araméen et perpétuer cette culture en voie de disparition. Le bâtiment n'a, a mon goût, rien de particulier. Mais sa situation et la vue vous donnent l'envie de prier. L'endroit est définitivement mystique.

En ville, je tombe sur Benjamin, le Morbihannais rencontre le premier jour. Lui et son pote Vivien ont fait la route du Sud, le long de la Méditerranée. Apparemment, ils ont pris pour habitude d'attirer les emmerdeurs, ce qui est vite démontré quand un casse-couille vient nous parler, tout énervé, a moitie agressif, posant des tas de questions, et relançant toutes nos réponses par des "why?". A mon avis, ils ont un mauvais karma, ou leurs tetes de petits branleurs provoquent des réactions bizarres chez certains. Je sais pas.
Ils poursuivent leur route sur Diyarbakir. Moi je passe la nuit et prend le bus de midi pour Urfa.

Par Jullian
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Jeudi 8 mai 2008
Passé une bonne partie de la journée dans le bus direction Van, entre siestes et contemplations des paysages, magnifiques. J'arrive avec la sensation d'être malade, fatigué, et les kilos de poussière avalés à Kars ont pas dû aider. Je suis dans une chambre de 3 avec Gustavo, un espagnol (voyage d'un an + ou - similaire au mien) qui va en Iran, et Stefan, un allemand (prof de je sais plus quoi à Istanbul) qui revient de deux semaines en Iran.
Un peu de stop avec Gustavo pour aller voir le coucher de soleil sur le lac de Van, à quelques kilomètres de là. On arrive trop tard mais on rencontre des turcs sympas qui décompresse à la sortie du boulot, toujours en costard, sirotant des bières contre leur voiture.
Ma dernière ballade. Les deux jours suivants, je suis trop faible et me limite à hotel-resto-cybercafé.


Le lendemain, mes compagnons de chambrées ont poursuivi leur route. Je rentre vers 21h. Dans ma chambre, plongée dans le noir, je trouve un vieux turc puant et qui respire fort dormant dans mon lit.Un deuxième lit est occupé par un grand bonhomme. Ça fait chier, j'ai pas sommeil et je botterais bien le cul du vieux voleur de lit. Je descend fumer avec une bande de turcs qui papotent dans le salon de l'entrée. On s'intéresse à moi, on m'offre du thé, on baragouine. Un jeune descend et fait chier le gérant pour qu'il change de chaîne sur la télé qui tournait dans le vide. "Manchester-Barcelone". Youhou ! Je l'avais oublié ce match. Le jeune passe la soirée à me parler en turc. J'ai beau luı expliquer 36 fois que je pipe que dalle, ça veut pas rentrer. Il répète, parle plus lentement, articule, mais bon ça reste du turque, bonhomme. Pas une lumière, le gamin, j'ai l'impression.
Bonne soirée en tous cas. Reste plus qu'à trouver le sommeil au milieu des multiples bruits bizarres que fait le vieux d'en face.
Par Jullian
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Jeudi 8 mai 2008
Après-midi passé à me perdre dans la ville et à dénicher un ticket de bus pour Van, le lendemain. Le soir, je retrouve les belges, Martine et Guy, pour une petite bouffe.
Ce soir, c'est soir de match, soir DU match. Depuis que je suis arrivé en Turquie, une vingtaine de jours maintenant, j'en entend parler partout, par tous. C'est un peu l'évènement de l'année, ce soir le Galatasaray joue contre le Fenerbahçe. Je parle bien de foot pour ceux qui se demanderaient. Deux équipes stambouliotes qui ne peuvent pas se sentir, et c'est peu de le dire. Leurs supporters sont de vrais fanatiques. Aux infos, j'ai vu des images d'émeutes et de bagarres, la folie totale, et ce n'était que pour la vente des billets...La fin du championnat est proche, les deux équipes sont à égalité, le vainqueur du soir sera quasiment champion. Pendant vingt jours, j'ai senti monter la pression et c'est ce soir que tout se passe.
Malheureusement, les belges sont pas très chauds apparemment. On bouffe dans un resto déserté. Les gens se sont tassés dans les bars et autres endroits où le match est diffusé. Y'a plus grand monde dans les rues non plus.
Portés par mon enthousiasme, et surtout appâtés par l'idée de boire une bière, ils acceptent de me suivre dans un bar plein à craquer, plongé dans le noir, avec pour seule lumière un écran télé à chaque coin de la salle. L'ambiance est électrique, les visages figés sur la télé se crispent et s'animent à chaque action. Galatasaray a déjà marqué alors on distingue d'un coup d'oeil les supporters de chaque camp. Ça sent la sueur et la testostérone. C'est trop bien.
Par contre, pas de bière à l'horizon, satané pays musulman ! Du coup mon plan "bière pour eux = match pour moi" tombe à l'eau. On reste 5 mn, juste le temps de s'imprégner de l'ambiance...
On se renseigne pour trouver de la bière. Deux jeunes de 25-30 ans aux mines "pas tibulaires mais presque"décident de nous accompagner à un bar. Au bout de 10 mn de marche, le centre ville s'éloignant et les lumières avec, on se demande dans quel trou on va finir. Et on s'arrête à un hôtel super classe. On est reçu chaleureusement par le gérant (qui se trouve être le frère d'un des deux mecs, lui-même pas voyou mais chorégraphe !), on passe avec nos dégaines de baroudeurs à claquettes devant des espèces d'aristos, sous des plafonds à lustres, pour être installé dans un charmant patio où on va passer la soirée à boire et discuter. Comme des rois.
Par Jullian
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Samedi 3 mai 2008
Rendez-vous pris à 8h30 devant l'hôtel pour la visite de l'ancienne capitale du Royaume d'Arménie, à Ani, à 45 km de Kars, à la frontiere arménienne. Je me réveille a 3h, 5h, 7h et puis finalement pas du tout. Ou plutôt a 8h30, la tête dans le cul et énervé a l'idée de commencer ma journée sans p'tit déj. Ça va me rendre grognon ça. Juste le temps d'acheter du pain et de l'eau, repas de bagnard.


Sur la route, le chauffeur de taxi, qui parle parfaitement anglais, nous fait un petit cours d'histoire sur les relations turco-arménienne. Vraiment très intéressant, surtout a propos des multiples sabotages russes des que les Turcs et les Arméniens essaient de s'entendre et d'ouvrir la frontière (toujours dans les bons coups, les Russes). Ça finit souvent dans le sang, ministre arménien est un métier dangereux. Une ouverture des frontières signifierait oléoducs, gazoducs et tout le tintouin qui passerait en Turquie et échapperait au contrôle des Russes. Les Russes s'arrangerait donc, par tous les moyens nécessaires, a ce que la situation reste bloqué entre Turcs et Arméniens.
Par contre, il nous récite la version officielle et révisionniste, bien argumentée, du massacre ou génocide des arméniens par les turcs (des centaines de milliers quand même ! ) en 1915. Pas de responsabilités turques... C'est les Russes... C'est surtout la guerre civile... Je dis rien, je connais trop mal le sujet, et c'est bien trop délicat, tabou.


Le site, sur la frontière même, est très surveillé. Certaines zones sont interdites, on est pas censé prendre de photos de l'autre coté de la frontière, ou l'on aperçoit vaguement une base militaire arménienne, un mirador. Bien sur, branleur jusqu'au bout, j'en prendrait une, inintéressante, où y'a rien a voir (comme quoi s'il l'interdisait pas, ça donnerait pas envie et y'aurait pas de souci). En se promenant, je manque de marcher sur un militaire en tenue camouflage qui dormait dans l'herbe a l'ombre des ruines. Il se relève comme un diable sort de sa boite, en position mais les yeux encore humides de sommeil. J'ai bien envie de rigoler mais je me retiens.


Ani, c'est des monuments plus ou moins en ruines, principalement des églises, disséminés dans la steppe. Une gorge longe le site. La rivière qui y coule est la frontière naturelle entre Turquie et Arménie. Une atmosphère particulière s'installe par moments en déambulant au milieu des ruines, mais pas de déclic, pas d'envoûtement. Certaines lumières a l'intérieur des églises satisfont mon appétit de photographe mais c'est tout. Je m'attendais a une ville-fantôme, mais les fantômes aussi ont disparus, et je n'arrive pas a sentir la vie qui habitait autrefois ces lieux. Trois heures a voir des ruines qui se ressemblent les unes les autres, trois heures en plein cagnard, sans chapeau ni cigarettes, oubliés a l'hôtel dans la précipitation. Ani, c'est pas mal, mais finalement, je suis pas mécontent de rentrer.

Par Jullian
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Mercredi 30 avril 2008
L'après-midi, je me promène dans les rues venteuses et couvertes de poussières de la ville (mauvaise combinaison). J'ai pas fait 100 mètres qu'un mec m'interpelle en anglais. C'est un chauffeur qui essaie de réunir tous les touristes du coin pour un départ groupé le lendemain pour les ruines d'Ani. Après avoir écumé tous les hôtels, les comptes sont vite faits, on sera trois, moi et un couple belge. On dirait que Kars attire pas les foules !


La géométrie de la ville me perturbe plus qu'elle ne m'aide. Toutes les rues se ressemblent, je tourne en rond. Je repère la mosquée la plus proche, pas de bol, y'en a dix toutes identiques. Pendant mes trois jours là-bas, pas moyen de m'y faire, si je m'éloigne de plus de 200 mètres de l'hôtel, je suis bon pour une demi-heure d'errance dans la ville, avant d'apercevoir les deux-trois lettres clignotantes qui marchent encore sur l'enseigne de mon hôtel.


Le soir à l'hôtel, le gérant me traîne jusqu'à la chambre des belges et nous laissent comme ça, entre gens de la race des touristes. "Euh...salut, moi touriste".
En fait je suis accueilli chaleureusement, ils me proposent du bon vin rouge turque (ah ouais parce que je l'ai pas dit mais ici le vin est bon, léger mais bon, à mon goût), et on discute un peu de nos voyages respectifs. Plus que deux semaines pour eux, après un périple d'un an assez similaire au mien, mais d'est en ouest. Des gens intéressants et ouverts.
Par Jullian
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Mercredi 30 avril 2008
Le bus arrive au matin à l'Otogar de Kars. Le paysage est assez désolant. Des kilomètres de steppes vertes-grises, des habitations de fortunes, des gravats et blocs de bétons partout, des ordures disséminées, et de la poussière, beaucoup de poussière.
Un minibus m'emmène en ville. Petit à petit, le paysage se structure, s'ordonne. Les allures de bidonvilles disparaissent au profit d'une ville construite géométriquement, à la communiste. Les rues sont parallèles, perpendiculaires. Pas de virages, pas de détours.

J'essaie de discuter avec un turc qui ne parle pas anglais. Il s'appelle Nihat, comme un joueur de foot turc assez connu. Comme le foot est le sujet favori de la plupart des turcs, je le lance là-dessus. On baragouine autour de ça jusqu'à ce que je me rende compte qu'on parle pas tout à fait de la même chose. Avec les quelques mots qu'il a saisis, il s'est fait toute une histoire. Il pense que je suis la nouvelle recrue du Karsspor, l'équipe de foot locale.
Arrivé au centre ville, il explique tout ça à des policiers en patrouille pour qu'ils m'emmènent à mon hôtel. Ils me regardent avec des grands sourires et un brin d'incrédulité dans le regard. On peut pas dire que j'ai la dégaine d'un footballeur de haut-niveau. Mais bon ils m'examinent et me font monter à l'arrière de leur voiture. Comme ils vont me déposer à l'hôtel, je ne dément pas et joue le jeu, ce qui est assez simple vu qu'il parlent pas anglais.
Ils n'ont aucune idée d'où se trouve mon hôtel alors on tourne dans tous les sens, interrogeant les habitants, grillant les priorités. A chaque personne interrogée, on montre le VIP derrière, moi, la future star étrangère du Karsspor. Ils me laissent enfin devant mon hôtel, probablement un des plus miteux de la ville, et repartent avec grands saluts et sourires. Et ici se termine ma carrière de star du futbol turc.

Je sonne à l'entrée. Plusieurs fois. Pas de réponse. Un voisin me remarque, gueule après un jeune, qui va prévenir un autre mec pour qu'enfin un quatrième homme, le gérant, vienne m'ouvrir. Un khavaltı (petıt-déj) bien copieux et tout le monde à la sieste.
Par Jullian
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Mercredi 30 avril 2008
La nuit dans le bus est, comme souvent, fatigante. On arrive tant bien que mal à s'endormir, ici les bus sont confortables. Mais toutes les deux heures, le bus s'arrête, les lumières se rallument. On émerge alors pendant que certains passagers sortent avec leurs sacs. On descend à son tour, se dégourdir les jambes, fumer, pisser, manger si on en a le temps et l'envie, le tout dans un état second. Le froid et les lumières blafardes des resto-routes finissent par nous réveiller, mais il est temps de repartir. On se remet à l'aise, on somnole, un homme de service passe dans l'allée pour offrir thé ou café, petit rituel régulier. On finit éventuellement par se rendormir. Jusqu'au prochain arrêt...
Par Jullian
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Mardi 29 avril 2008

Ici, Atatürk, leader de la guerre d'indépendance, créateur de la République Turque, de la Turquie moderne, est vénéré et célébré partout et par tous.

Au point qu'il est interdit d'en dire du mal. Sujet tabou, il ne vaut mieux pas chercher les nuances, les ambiguïtés ou la part d'ombre du Grand homme. Atatürk est le père de la Nation, médire sur son compte, sortir du chemin balisé de sa légende est sacrilège.
Dans chaque ville, la place centrale, la grande rue est nommée après lui. Les écoles, musées...aussi. Partout ou il est passé se trouve une statue, partout ou il a dormi se trouve un musée, un hôtel Atatürk. Chaque maison, chaque commerce affiche un portrait de lui.
Et pourtant, cet homme est celui qui a instauré une République laique, l'imposant par la force et contre l'avis de beaucoup, combattant férocement les institutions religieuse de l'époque. Une laicité pure et dure.
Et le voila vénéré comme un Dieu, intouchable, véritable culte de la personnalité. Le défenseur de la laïcité devenu une figure divine. Je me demande si ce culte a commencé de son vivant et sinon comment il réagirait...
Par Jullian
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Mardi 29 avril 2008
Rendez-vous a 23h a l'agence de bus pour qu'elle m'emmène a l'Otogar pour prendre le bus de nuit pour Kars ( 10 h de trajet). L'agence est fermée. Ça commence bien. J'essaie de me renseigner un peu partout. Avec mon turque et leur anglais ça marche moyennement. L'heure tourne vite et je commence a me demander si je vais pas me le chier, ce bus. En cherchant un minibus pour aller direct a l'Otogar, je me fais aborder par un chinois qui me propose de m'aider ! Il est étudiant dans le coin. Je devais plus ou moins ressembler a un poulet a qui on a coupé la tête alors le voila qui me guide dans la ville et me fourre dans un minıbus. J'arrive dans une gare presque déserte, agence fermée ici aussi, mais finalement le bus arrive. Ouf !
Ma bonne étoile a tout de même un bon sens de l'humour pour m'envoyer un chinois en plein Trabzon, a l'est de la Turquie, a 23h30 !
Par Jullian
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Mardi 29 avril 2008

Le lendemain, je me lève pour prendre un minibus direction Sumela et son monastère, a 45 km de la. Avec la Cappadoce, Sumela était le site que j'attendais avec le plus d'impatience.
J'entame l'ascension de la falaise par un petit sentier forestier.



Au bout de 10 mn, je rencontre 2 turcs qui font une pause, Volkan et son père. Je me joins a eux. Volkan parle tres bien anglais. Originaires de Bursa, au sud d'Istanbul, Volkan est venu a Trabzon pour son Université, et son père est venu le visiter quelques jours. Nous poursuivons l'ascension et passerons le reste de la journée ensemble. Pour une fois, la discussion dépasse les simples formalités et questions d'usage, et je me dit a moi-même "enfin une belle rencontre avec des turcs". On s'entend très bien, au-delà de la simple curiosité entre étrangers. Volkan sert d'interprète entre moi et son père. Il se déclare communiste. Première surprise. En voyant une femme entièrement vêtue de noir, enveloppée dans une sorte de burka (je connais pas le nom exact), le père me la montre et avec une mimique de mépris dit "stupid". Ce genre de réaction tranche franchement par ici et ça me fait chaud au coeur. On parle religion, politique, arts en tous genres...de tout, de rien.


La visite du Monastère en lui-même est intéressante par ses immenses et impressionnantes fresques. Dans une grande salle au plafond en forme de coupole, on se retrouve entourés de scènes bibliques aux couleurs chatoyantes, de visages dont tous les yeux semblent posé sur soi.


De retour en bas, on cherche un endroit d'où voir le monastère dans son ensemble. Après une petite montée, on le trouve et c'est la que la beauté du site nous frappe. Impossible de détacher les yeux de cette vision. Un monastère construit par miracle, par folie, a flanc de falaise, surplombant une épaisse foret d'un vert profond. Et la brume se mouvant lentement autour donne la touche finale a cette image littéralement fantastique, surnaturelle et envoûtante.

Quelques heures ensemble de retour a Trabzon. Ils m'emmènent au bazar russe ou le pere doit faire des achats pour toute la famille (dans ce bazar, tout est moins cher qu'ailleurs en Turquie). Une promenade, un thé et nous devons nous séparer. Je suis un peu triste de les quitter mais j'ai déjà mon ticket en poche pour le bus de nuit vers Kars. Je laisse faire le destin et m'en vais.
Par Jullian
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