Comme en exil

Publié le par Jullian

Pré-scriptum (ça existe ça ?) : mes notes de voyages sont pleines de creux, de grand vides que je n'ai pas le courage de combler. Alors on va reprendre n'importe comment, au Nepal, y'a deux mois et demi de ça.


Jeudi 12 mars 2009


Essayer de trouver une solution pour passer en Inde par la terre. Ces satanés grèves paralysent tout le sud du pays, et personne ne semble trop savoir ce qu'il en est. Partir directement sur Varanasi par avion me couterait dans les 200 $. C'est peu dire que ça me fait chier. Alors je m'informe un peu partout. Je pense à voler sur une des villes les plus proches de la frontière, et faire le reste avec les moyens du bord, à patte s'il le faut. Mais le problème, c'est que personne ne sait si les postes frontières sont encore ouverts. Certains disent que les douaniers sont employés autre part, sur les lieux mêmes des grèves, à faire de la sécurité ou je sais pas quoi. C'est le flou total. Aujourd'hui, j'ai trouvé une agence qui dit que c'est possible de passer en bus. Elle demande un prix pas possible (2500 NRs ~ 1700 IRs alors que j'ai payé 500 dans le sens contraire), mais c'est pas le problème principal (c'est toujours vachement moins cher que l'avion). Ce qui me préoccupe, c'est qu'ils sont les seuls à dire ça, et je me dis que ça sens les embrouilles à plein nez. Je me vois bien, le bus arrêté à 50 bornes de la frontière avec impossibilité d'aller plus loin, et les engueulades avec un chauffeur qui n'y peut rien, des grévistes qui veulent (probablement à juste titre) rien entendre, et moi, qui me demande ce que je fous là, perdant mon temps, ma patience, mes nerfs, plus dans la merde qu'avant de partir et le porte-feuille plus léger. Alors quoi ? Que faire ? No lo se.


Je me fais sérieusement chier sur Kathmandu. J'ai qu'une envie, c'est de me barrer, et retrouver Varanasi. Mais je suis coincé, et j'ai pas le cœur à aller faire des ballades ou je sais pas. C'est étrange de se retrouver dans un pays alors qu'on a envie d'être ailleurs. Un si beau pays pourtant, avec tant de choses à faire et à voir. Ça semble dingue. Et pourtant je profite pas du tout. J'ai l'esprit ailleurs. Je suis pas arrivé à me mettre en tête de tirer profit de ce détour pour le Népal. Ça doit être un peu comme un sentiment d'exilé. Je suis pas en voyage, pas en vacances, mais en exil. Je suis recroquevillé sur moi-même. Je réduis mes relations sociales au minimum (réceptionniste, serveur...) et émet une espèce de barrière invisible entre moi et les autres, surtout les autres touristes. Je suis de passage, je ne suis pas là, je suis invisible, je ne communique pas. Un peu un revival de mon Delhi Blues. A la différence près que j'ai une envie, une destination. Pour l'instant inatteignable. Mais il faudra pas longtemps maintenant. Si je résous pas le problème vite fait, je saute dans l'avion, et yallah, ciao Népal !


Je passe et perds mon temps sur internet, à télécharger de la musique (c'est bon de se remettre à la page), à m'occuper de mon compte flickr, ou lire les nouvelles sportives. Je passe et perds mon temps à jouer à des jeux de carte à la con. C'est l'effet pervers qu'ont les ordinateurs sur moi. Je savais que c'était un piège au moment où j'ai dit à ma mère de m'en ramener un dans ses bagages. Je savais que ça risquait de me détourner des choses plus importantes. Cet engin est censé me rendre la vie plus facile, me faire gagner du temps pour l'écriture et les photos. Et ça marche de ce côté là bien sûr...en théorie. Mais le problème est que j'y passe trop de temps à faire n'importe quoi au lieu de voyager, de sortir dans les rues les yeux grands ouverts, de profiter, ou même de bouquiner ou faire connaissances avec d'autres voyageurs. Ça commence à m'aliéner et c'est une raison de plus pour rentrer à Varanasi, où des activités m'attendent, où des amis vont bientôt me rejoindre.

 

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