Partager l'article ! De l'imbécilité en milieu tropical: Madurai. Les tours, Gopuras, sont emballées. Des échafaudages recouverts d'espèces de filets marrons ...

Madurai. Les tours, Gopuras, sont emballées. Des échafaudages recouverts d'espèces de filets marrons font comme des capotes opaques qui nous en cachent la beauté multicolore. Tous les vingt ans, les gopuras ont droit à une petite beauté. On les repeints pour redonner tout leur éclat aux sculptures qui tapissent les tours. Cela fait plusieurs mois maintenant qu'elles sont en rénovation. Elles doivent être prêtes pour avril, pour je ne sais plus quelle célébration. On a vraiment pas de bol. Ça arrive quelques mois tous les vingts ans, et paf, on tombe dessus. C'est bien dommage.

Heureusement, l'intérieur du temple, gigantesque, labyrinthe de salles et de couloirs décorés, est lui bien ouvert et fascinant. Les pèlerins se pressent en nombre. En groupe, en famille, en couple ou en solitaire, ils font des offrandes, s'agenouillent devant des idoles, plongent dans des prières, se balladent en bons touristes, assistent avec ferveur à des cérémonies...Certaines pièces ont des plafonds richement décorés et joliment éclairés par la lumière du jour.

D'autres sont plongées dans la pénombre, et les statues de tel ou tel dieu se distingue dans le clair-obscur, ou sont frappées par des rais de lumière qui tombent du plafond, ajoutant au côté mystique, fantastique de l'atmosphère. Les inévitables groupes de vieux français ou allemands trottinent aussi là, écoutant leur guide d'une oreille, et les papotages du voisin de l'autre, prenant des photos des femmes et hommes en prière comme d'autres lancent des cacahuètes au zoo, avec sans-gêne, impudence, sans la moindre politesse. Souvent sans merci, sans sourire, sans même un regard pour la personne devant laquelle ils venaient de se poster, faisant leur réglages de cadre et lumière tranquillement, au nez du pèlerin qui se concentre sur sa prière. Suis-je mieux, personnellement, agissant discrètement, parfois sournoisement ? Donnant du sourire et du merci quand je me fais repérer, filant à l'anglaise quand le vol d'image s'est déroulé sans accroc. Respect, recherche du naturel, du spontané, mais aussi lâcheté, timidité...Tout cela est mélangé.
Shopping avec ma mère. Trouver un ensemble pour ma sœur est difficile. Problème de taille, problème de goût. Les indiennes ont un goût immodéré pour les motifs foisonnants, les fleurs cousues d'or, les choses qui brillent, les patchworks de couleurs...C'est très souvent hyper-chargé, kitsch, importable en Europe (ou même ici selon moi). On nous déplie tout le magasin, on a du mal (c'est peu dire) à se faire comprendre. A se demander si on vient de la même planète. Ils semblent comprendre les mots, mais se contre foutent de leur sens. Taille 42, pour la quatorzième fois, mais non, ils emmènent encore des petites tailles. Sans motif, ou telle couleur, et toujours, encore et encore, ils reviennent avec des trucs qu'on a déjà rejeté 100 fois. Pour finir, c'est ma mère qui trouve son bonheur. Et moi je perds patience. Les nerfs sont soumis à rude épreuve. Et quand on tombe sur des vendeurs qui n'ont pas envie de bosser, j'ai envie de les frapper. Quand on tombe sur des vendeuses qui semblent outrées qu'on ne veuille pas de son pantalon rose bonbon couvert de broderie argent, bien qu'on ait clairement demandé un pantalon uni beige ou marron, et qu'en prime elle nous sort des prix risiblement gonflés, me revient le goût du sang, et l'envie pas juste effleurée de défenestrer cette lobotomisée.
Même sentiment quand je me retrouve face au groupe de fainéants qui servent de liftiers dans notre hôtel. Ouais, on a un ascenseur ! Ce qui pourrait être drôlement pratique. Si on avait le droit de l'utiliser par nous mêmes. Bien sûr c'est pas le cas. Cela fait partie de ces petits boulots inutiles qui perdurent en Inde, et qui probablement aident des familles à vivre...Mais ! Mais ces bougres d'imbéciles laissent toujours les portes ouvertes, pour que personne ne puisse appeler l'ascenseur de l'étage où il est. Au lieu de ça, il faut sonner pour que le liftier vienne te chercher. Sauf qu'ils ne répondent jamais ou presque à la sonnette, et qu'il faut les trainer pour les faire se bouger le cul. De la patience, un peu de chance, et seulement alors, il rentre dans la cage qui ne fait même pas un mètre carré, on se tasse à sa suite, et c'est parti pour un tour de manège. Il nous dépose, et redescend mater la télé. Et ça demande des bakchichs, pour les remercier de pourrir mon quotidien. Ces ectoplasmes me le demandent en larvant jusqu'à moi, et me chuchotant des mots gluants dans l'oreille à propos du « tip ». Méprisables créatures.
Ça me fait penser aux deux idiots qui se sont jetés sur nous à notre hôtel de Bangalore, prenant nos sacs sans qu'on est rien demandé naturellement. Une fois dans la chambre, ils posent le tout (c'est pas léger). On leur file 10 roupies chacun (c'est jour de bonté). Du coup, ça doit leur faire péter un circuit, parce qu'ils s'agitent dans tous les sens, voulant nous satisfaire à tout prix. Nos Dupont et Dupond se lance alors dans la tâche complexe d'allumer la télé pour nous montrer qu'elle marche. Ils se débattent avec la télécommande, appuyant n'importe où. Sans aucun doute, ils sont illettrés, en plus d'être idiots. Pour en finir avec ce spectacle, je les aide, mais le temps de chauffe doit leur paraître trop long, alors Dupont débranche tout, croyant à un mauvais fonctionnement ou je sais pas. C'est reparti pour un petit numéro avant que je me lasse, m'empare de la télécommande, leur montre que tout marche bien, qu'on est contents, merci d'être passés et au revoir. Mais ils ne s'avouent pas vaincu, ils veulent faire quelque chose. Ils repèrent la carafe d'eau. Dupond se précipite dessus et en renverse un bon paquet par terre dans son excitation. Parce que la carafe qu'ils veulent remplir était pleine, bien sûr. Dupont frappe Dupond sur le crâne pour lui apprendre à être maladroit. Le cyclone sort de la chambre, nous laissant un peu coi. Deux minutes plus tard, Dupont apporte une carafe de nouveau pleine, d'une eau qu'on ne boira pas. Et Dupond passe la serpillère pour nettoyer son bordel. Je les pousse gentiment et en souriant vers la sortie. Ça vaut pas le coup de lâcher des pourboires, si c'est pour qu'ils tournent bourrique.

Revenons-en à Madurai. Promenade en ville, sous le cagnard, dans les effluves toxiques du trafic infernal. Toujours mon sens de l'orientation défectueux (celui de ma mère est pas mieux alors on est pas aidé), alors on prend les mauvaises routes forcément, et faisons des kilomètres en trop. Le recueil d'informations auprès des passants est assez chaotique et pas toujours efficace, mais petit à petit, on finit par se retrouver et arrivons à la rivière. Le paysage est pas idyllique, loin de là. Le niveau de la rivière est naturellement bas en cette saison, et laisse à découvert les tonnes de déchets éparpillés sur le bord. Malgré tout, l'endroit est vivant et intéressant. La rivière n'est pas qu'un dépotoir, mais aussi une laverie, et un chiotte à l'air libre. De l'autre côté de la rivière, des femmes font la lessive sur des rochers et font la toilette des enfants. De notre côté par contre, les rochers sur lesquels je m'apprête à crapahuter pour prendre des photos sont maculés de crottes à l'odeur impossible. Un peu plus loin, un petit campement s'est formé dans un coin asséché du lit de la rivière. Sorte de blanchisserie de fortune ou l'on sèche de nombreux draps et vêtements. Tout le long de la rivière se trouve des entrepôts en tous genres, et on est arrêté à plusieurs reprises par des travailleurs, qui sont curieux de nous et nous demande des photos. On est aussi escorté par une ribambelle d'écoliers avides d'images qui nous récitent les quelques phrases d'anglais qu'ils connaissent.
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