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Ce matin, petit déjeuner peinard avec ma mère et Francis.
On lit le journal. Une femme a foutu son petit fils à bouillir dans une marmite, parce qu'il était le fils que sa fille avait eu avec un homme d'une autre caste. La fille en question s'était marié malgré l'interdiction de sa famille. Plusieurs années ont passée, et elle a voulu revoir sa famille, alors elle est allé avec son petit visiter la famille. L'accueil a été pour le moins chaleureux. On parle entre nous de cette horreur, quand un autre mec à la table derrière s'immisce dans la conversation, en sortant des conneries du genre « c'est leur culture, leur coutume, on n'a pas à s'immiscer là-dedans...si l'Inde est si fascinante, si on y vient, c'est surtout parce que c'est le seul pays où la tradition cohabite encore avec la modernité...il ne faut pas qu'on essaie de la changer...c'est horrible mais c'est comme ça... ». Ça chauffe un peu Francis, mais on décide de ne pas rentrer dans un débat aussi débile, face à des arguments aussi cons. Bouillir un enfant parce que c'est un « bâtard » d'une autre caste...Je suis pas Jacques Vergès, je compte pas m'en faire l'avocat.

Avec ma mère, on prend un bus gouvernemental pour Pondicherry, chargés comme des mulets. Un peu tournés à « Pondi » pour trouver un hôtel abordable : le front de mer est hors de prix, à moins d'aller dans un hôtel appartenant a l'ashram du fameux Sri Aurobindo, et donc de se plier à des règles strictes (couvre feu, pas d'alcool, pas de tabac...). Notre chambre est sublime (pour mes standards), mais on y traine pas et partons sur la croisette. C'est plutôt désert, et pas super joli. Que des rochers, pas de sable. Soleil violent. J'ai faim, on s'arrête prendre un thali. Petites embrouilles avec le serveur, con comme une huître. On continue la promenade jusqu'à un temple, censément animé le vendredi, mais c'est plutôt mort (mauvaise heure peut-être) et barbant.

On revient vers l'hôtel tranquillement par de nouvelles routes. Difficile de se perdre malheureusement. La ville est très planifiée, les rues sont larges, propres, boisées. Les maisons et villas coloniales arborent des tas de couleurs chatoyantes. Ville bourgeoise a l'atmosphère peu indienne. Pas grand monde dans les rues, personne a trainer sur son pas de porte, pas de stands de rues... C'est mort, on se croirait dans une petite ville européenne. La vieille ville, coloniale, est préservée ainsi, et j'imagine que les habitants en sont très fiers, et que les indiens en visite doivent trouver ça fabuleux. Mais pour un touriste européen, ça donne envie de fuir, ce que la plupart font.
Ça me fait penser à l'ignoble ville conceptuelle de Chandigahr (créée par Le Corbusier), qui m'avait laissé de mauvais souvenirs, de par sa laideur, son excès d'ordre, son absence de vie, et pour la mentalité spéciale de ses habitants. Dont le caractère (rigide, carré, obtus, fier, et intolérablement administratif), j'en suis persuadé maintenant, est un résultat direct de l'architecture qui les entoure, de cette ville monstrueuse. Ça semblera évident à beaucoup, mais ce n'est que maintenant que je réalise pleinement la force qu'exerce sur les hommes, leurs âmes, l'architecture, le développement urbain, l'urbanisme ou qu'importe comment on appelle ça. Ça me fait penser aux grosses barres HLM et l'effet qu'elles doivent avoir, et puis à l'opposé aux merveilleuses vieilles villes arabes. Et je me dis que si un jour je me pose quelque part, j'aimerais que ce soit dans une médina, près d'un vieux bazar, dans une belle ville arabe. A Damas, au Maghreb, ou ailleurs. Au milieu de ces labyrinthes d'allées, aux multiples odeurs, aux lumières envoutantes, grouillantes de monde, de voix, de sourires simples et de beautés. Là, je me sentirais bien.

Un carrefour. A droite l'hôtel, à gauche, internet. J'essaie de convaincre ma mère de ne pas me suivre et soit de rentrer seule a l'hôtel, soit d'aller se promener. Ça va faire près d'une semaine maintenant qu'on est ensemble 24/24, et ça commence a me peser un peu. Rien d'insupportable, mais ça pourrait venir. Je n'ai jamais fait ça avec qui que ce soit, ayant toujours des moments de solitude, des moments ou je fais mes petits trucs de mon coté.
« Je vais sur internet. Si tu veux aller a l'hôtel, tu vas tout droit et prend la grosse route a gauche et tu y es.
- Oh, je vais aller avec toi.
- (…)
Regard désapprobateur de ma part.
- Ah...J'ai pas le droit de venir ?
- Mais si. Mais tu viens parce que tu veux aller sur internet ou parce que tu veux pas me lâcher
?
- (…) Hum, je peux faire les deux.
- Les deux quoi ? Aller sur internet et pas vouloir me lâcher ?
- Ouais.
- Hé, va falloir que tu fasses des trucs de ton coté des fois, hein. J'ai pas l'habitude d'être sans arrêt
avec quelqu'un. C'est pas dur de rentrer a l'hôtel.
- Oh, je vais pas rentrer a l'hôtel maintenant, j'ai envie de me promener.
- Ben vas-y alors.
- Pas toute seule. Je vais me perdre.
- Je te préviens, tôt ou tard, il faudra que tu t'y mettes, on va pas tout le temps rester
collés.
- Ouais, ben, pas dans une grande ville comme ça.
- (soupir) Bon allez, on y va, chelo. »
Internet pourri. Bon resto sympa. Dodo après un petit film, coutumier à présent, sur le laptop.
Aujourd'hui, on part pour Thanjavur en début d'après-midi. Ça a l'air sympa, un beau temple, un spot pas super touristique avec une ambiance bien indienne. Je m'imagine bien y rester quelques jours. Mais ça va se passer quelque peu différemment. En attendant, le matin, on part prendre un petit-déjeuner à prix exorbitant (encore un conseil de merde du bon vieux « Lonely Planet », ça commence à être trop souvent le cas), et partons en ballade.

Ma mère s'est mise en tête d'aller voir le cimetière colonial dont parle son « Routard ». Pourquoi pas, j'aime bien les cimetières moi-même. Comme d'hab avec le « Routard », les indications sont des vrais jeux de piste, alors on tourne pas mal, marchant sous le cagnard de midi. Un expatrié français nous remet sur le droit chemin. Le cimetière est sympa, très coloré, les allées couvertes de végétation, des arbres un peu partout. Des noms tamouls à rallonge, francisé, sur les croix. Du genre Francine Rammallapulany, Roger Dispuvalam...On se prend un rickshaw pour rentrer à l'hôtel. On y est en deux minutes en passant par un autre chemin. Merci le « Routard ». C'était pas une journée à suivre les guides. Et la décision d'aller à Thanjavur, encensée dans les guides, s'inscrit dans la lignée. Bad Karma en ce moment.
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