Bandes de singes

Publié le par Jullian

Shimla n'est pas loin, 100 km, mais ça prend tout de même 5 heures pour en finir avec ces lacets de montagnes (on monte a 2200 m) qui me donnent une légère nausée. Je suis accueilli par des tas de rabatteurs. En ce moment, c'est la basse saison, alors ça bataille sec et les prix dégringolent. Ce qui fait que les chambres sont pas trop chères au lieu d'être hors de prix. J'écarte tout ce beau monde et attaque la route quasi verticale qui mène a la grande place, The Ridge.


Aid
é par Jaydhee, un rabatteur plus malin que la moyenne, je termine mes recherches au Amar Palace Hotel, a 5-10 mn du centre. Pour le même prix qu'un chambre basique au YMCA (réputé moins cher du coin), j'ai une espece de petit appartement meublé, avec canapé, table basse, télé, une grande salle de bain, et surtout une baie vitrée avec une vue imprenable sur Shimla et les monts et vallées alentour.


Je vais manger et me ballader en ville. C'était le lieu de vacances favoris des anglais du temps du Raj (températures a l'anglaise ici), et ça se voit. Si ce n'était pour le panorama montagneux, on se croirait dans un patelin anglais, a l'architecture 19eme. Meme le brouillard quotidien semble avoir été import
é de Londres. Et quand je rentre a mon hôtel le soir, l'atmosphère me laisse imaginer que je me trouve a White Chapel, croisant peut-être Jack sans le reconnaître.


Beaucoup de voyageurs rencontr
és n'aime pas du tout la ville, trop touristique (beaucoup de bengalis par ici), pas assez "indienne". Moi, venant de Dehli et Chandigarh, je la prend comme un havre de paix, j'aime la température (autour de 19 degrés) et je suis sous le charme des paysages alentours. L'air est déjà plus rare a cette altitude, et ça tire un peu sur mon organisme. J'ai un coup de barre et vais me foutre au pieu en début de soirée, matant des films sur les 2-3 chaînes en anglais de ma télé d'avant-guerre (elle doit chauffer 1h avant d'être enfin nette).


Je prends le petit-dej avec Jaydhee, qui ne traîne jamais loin. Je glande en ville et dans ma chambre. Et me décide a tester mon souffle en allant voir le Jakhu Temple ou temple des singes. Une demi-heure de marche sur une route hyper-raide qui me font gagner 300m en altitude. J'ai l'impression que je vais crever mais j'arrive au début du site, signal
é par une porte sculptée, un chemin couvert, et déjà une flopée de singes, a droite, a gauche, a terre ou dans les arbres, au-dessus de moi. Partout. Je peux pas blairer ces saletés de singes et m'en méfie comme de la peste. Pendant que je marche sous le toit qui mène au sommet et au temple même, j'entends les singes qui s'agitent a ma présence et courent sur le toit, montrant leur tête de temps a autre. D'autres font les innocents, mais je leur fais pas plus confiance. Tous des sournois.

Au temple, c'est pire, ils sont partout. C'est leur territoire et ils se comportent comme une bande de voyous. Ils te tournent autour, a plusieurs, cherchent une faille. Un d'entre eux, bien balaise, s'approche tranquillement de moi et sans détour, l'air de dire : "De toute facon, je vais te d
épouiller, petit. Alors autant faire ça calmement, tu crois pas ?". Je fais de mon mieux pour lui faire peur mais c'est pas au vieux singe qu'on apprend a faire la grimace. Une indienne et un bon coup de bâton me sortent de ce traquenard. Plus loin, une jeune femme crie parce qu'un singe lui a couru après, essayant de lui prendre son sac. Je m'éloigne du temple et vais dans un jardin déserté par les singes. Enfin peinard. Je peux apprécier la vue un peu brumeuse des environs en compagnie d'une vache aux yeux de biche, qui se gartte la tete avec la patte arrière (elles sont étranges, les vaches, ici).


Je repars par ou je suis venu, a l'affût du moindre mouvement. Je m'arrête une seconde parce quelques singes me matent bizarre, en face de moi, de chaque cot
é de la route. C'est le moment que choisi un d'entre eux pour me sauter sur la gueule par derrière et me voler mes lunettes, en m'écorchant le visage au passage. Il se tient maintenant a quelques mètres, jouant avec mes binocles. Je bouge pas, attends qu'il se lasse. Un indien vient a mon aide, me dit qu'il va les récupérer. Du coup, le singe se barre en gueulant. Après, je sais pas trop ce qui se passe mais l'indien revient avec mes yeux. Elles sont toutes tordues, un des verres est méchamment rayé et l'autre a disparu. Coup de bol, il le retrouve par terre, en assez bon état. Je redescend le chemin sur les nerfs, m'attendant a me faire assaillir a tout moment et prêt a mordre. J'ai un look pitoyable avec mes griffures sur la gueule qui saigne légèrement, et mes lunettes a présent monocle rayé que je dois tenir en main. Je me sens humilié. Je rentre a l'hôtel et parvient a les réparer. Je hais les singes ! Je me calme en regardant "4 mariages et un enterrement", puis en bouffant chez Pizza Hut, petit plaisir qui fait du bien par ou ça passe.

Publié dans INDE

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J
C'est dur d'accepter l'Inde telle que. Mais tu y arrivera. Courage
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J
<br /> C'est clair que c'est complique, et qu'il faut remettre le couvert tous les jours. Pour l'instant, j'ai du mal. J'espere bien trouver la bonne facon de prendre les choses dans ce pays de barges.<br /> Vaudrait mieux, vu que je compte y rester 6 mois...<br /> <br /> <br />
M
Bonjour!je parcours ton blog depuis peu, moi aussi je suis fan de voyages, je trouve ton blog et le style de ton ecriture excellente.
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J
<br /> Merci, mec. Ca fait plaisir. Justement, je suis en panne de motivation pour ecrire, et suis severement a la bourre. Un petit commentaire sympa venant d'un inconnu peut me servir de coup de pied au<br /> cul pour me remettre au turbin. A plus, Miguel.<br /> <br /> PS C'est bien marrant tes photos de pieds autour du monde (http://miguelmoreau.blogspot.com/)<br /> <br /> <br />