Expédition dans le désert XI : Massoud perd le Nord

Publié le par Jullian


Selon le programme d'avant-départ, on était censé se lever vers 4-5 h. Mais on peut pas dire qu'on ce soit couch
és avec les poules, les corps ont été éprouvés, Massoud ne tient plus debout, alors on est réveillés vers 8h.


Cette fois, le petit-déjeuner est copieux. Par contre, on s'éternise sur place. Les iraniens se parlent entre eux, pas énervés pour un sou, mais ils nous transmettent aucune info.


On aimerait bien savoir ce qu'on fout parce que le temps file et le soleil tape déjà. On perd du temps. Le plan serait apparemment d'aller voir un désert de sel. Ce qui était prévu et n'explique pas ce statu quo ennuyeux.


Mais bon, on finit par décoller vers 10h. Je ravale mon agacement et avance. Entre nous, on parle de tout ce qui ne va pas et va de moins en moins dans cette équipée sauvage. Thomas et notre petite bande franchouillarde, on suit le rythme du frangin d'Akhbar, ni rapide ni lent. Derrière, le couple polonais, Hossein, et Massoud traînent les pieds. C'est quand même pas mal qu'on soit oblig
é d'attendre notre guide (celui qui reste, vu que l'autre est a la casse) parce qu'il est trop lent et trop fatigué ! Les valises qu'il a sous les yeux ont encore pris du volume, si ça continue, il va marcher dessus.


On devine qu'on est arriv
é sur les lieux puisque Massoud et le frère d'Akhbar s'arrêtent, consternés, regardant autour d'eux pour essayer de voir ou il s'est caché, ce sournois désert de sel. Parce que ça ressemble plus a un champ de patate, leur bordel. C'est tout marron, c'est tout pas beau. Faussement candide, je demande a Massoud ou on est et qu'est-ce qu'on fait la ? Il me répond qu'il comprend pas, que c'est ici le désert de sel, que c'était pas prévu. Le coup de l'imprévu, il me reste dans la gorge comme une mauvaise arrête. Toujours d'une voix mielleuse et empoisonnée, je lui demande quand est-ce que son fameux désert de sel était vraiment couvert de sel : il y a deux jours, il y a une semaine, un mois, ou du temps du paléolithique, parce qu'il a l'air d'être comme ça depuis un bon bout de temps. Il me dit qu'il y a un an c'était tout blanc.
"Et tu crois pas que toi ou un de tes super guides qui connaît le désert comme sa poche aurait pu être au courant, ou au moins se renseigner, avant de nous emmener dans un endroit paum
é pour voir un truc qui n'existe plus. Parce que j'ai pas l'impression que c'est quelque chose d'imprévu la, mais juste quelque chose de super mal organisé, non ? Tu crois pas ?
- (...)".

Il fait la moue de l'écolier au tableau qu'a pas appris sa leçon. De fait, je l'aurais bien envoyé au piquet sur le moment, ou l'aurais même empal
é dessus tant qu'a faire.

J'aime bien Massoud. C'est un bon gars, qui cherche pas a mal. Il est très intéressant, très cultiv
é, on a les mêmes centres d'intérêts et on avait passé un bon moment autour du feu la veille. Mais il faut qu'il arrête de faire le guide du désert parce que c'est n'importe quoi. J'ose pas imaginer si y'avait eu une vraie emmerde, qu'est-ce que ça aurait été. Chaque décision leur prend au moins deux heures, a nos "Rois du désert", des heures passées a rôtir au soleil, c'est pas possible.

Ça se voit dans son regard, il a qu'une envie, le Massoud, c'est de rentrer, de plonger sous sa couette et oublier ce cauchemar. Je le sens prêt a s'arreter la et nous ramener a l'hôtel. Mais moi je voulais trop voir un désert de sel. Je rêvais de voir un truc pareil. Ce que je lui fais comprendre, mais il a perdu le nord, le gonze. Le programme de la journée, qui devait nous prendre de l'aube au crépuscule, tout ça c'est jeté aux orties, en entier. Pour quelle raison, mystère.

" Alors Massoud, quelle est la suite de notre merveilleuse expédition ?
- (...) Bon ben...on va aller voir un autre désert de sel, plus loin
- Et il existe celui la ?
- Oui. On va marcher jusqu'à la route et des taxis vont nous y emmener.
- Hum, OK. Et c'est loin ?
- Non. 1h, 1h30."

Je doute plus qu'un peu de ses estimations. En marchant plus tôt, je l'avais questionn
é sur sa toute personnelle notion du temps. Il me dit :
"Si je vous avais dit que ça prendrait 1h et pas 10 mn, est-ce que vous y seriez allé ?
- Non non, on serait rest
é crever dans le désert, connard ! "
Je l'ai pas dit comme ça, c'est juste histoire de faire référence a cet éminent humoriste, penseur et ami de notre président chéri, Messire Bigard. En tous cas, j'ai du mal a lui faire comprendre qu'on veut pas être berc
é de mensonges, mais savoir exactement ce qu'on fait, ou on va, combien de temps ça va prendre et combien c'est difficile. Purement et simplement. On a choisi de faire un trek dans le désert, je crois qu'on était conscients que ce serait pas comme d'aller a la cueillette aux champignons. Contrairement a un certain guide que je ne nommerai pas ici pour préserver sa réputation. Je suis pas une balance.

Publié dans IRAN

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