Jeudi 4 septembre 2008
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18:09
A 13h30, il se gare sur le coté et commence a s'organiser pour faire la tambouille. Il est drôlement bien équipé, et il a assez a manger pour nous trois. On se régale de ce qu'a
préparé sa mère (sa femme est en voyage en Turquie, du coup sa mère s'en est chargé ; il ne fait pas la cuisine lui, en tant qu'homme).

Une fois le repas terminé, il fait du rangement, soulève le
tapis de sol près de son siège, soulève une petite trappe, et en sort tout un matériel a opium. C'est sa façon de digérer et il compare ça a prendre une bonne douche. Après ça, il se sent frais,
léger et clair dans sa tête. Yuan lui demande si ce n'est pas contre sa religion. Il nous sort un blabla hypocrite comme quoi y'a pas de problème parce que l'opium c'est "naturel". Mouais passons,
mais ça devient plus tordu quand il dit que la beuh par contre c'est pas bien, bien que ce soit purement naturel. Et le vin dans tout ça alors ? Enfin, je l'emmerde pas avec ça. S'il veut se fumer
son opium tranquille, j'ai rien contre et je suis pas un mollah. Qu'il se justifie et se voile la face comme il l'entend, je m'en fiche.
Il sort un bout d'opium, noir et plus souple que de la pâte a modeler. Ce bout, de quoi faire 5 bonnes fumettes, vient d'Afghanistan et coûte 1 $. Il en tire de quoi faire un disque d'un centimètre
de diamètre, qu'il colle au bout d'une fine tige de fer. Il se roule une paille avec du papier et met une seconde tige de fer a brûler sur le réchaud. Avec la tige rougeoyante, il brûle le disque,
qui dégage une fumée épaisse qu'il aspire avec sa paille.
Ils nous proposent de tirer dessus mais on refuse. Ça dure près d'une demi-heure son petit machin, alors je finis par succomber a la tentation et lui demande d'essayer. Je suis quand même curieux
d'en connaître le goût, mais je me contente d'une seule bonne taffe. Je veux pas être défoncé non plus. Pas en voyage, pas en faisant du stop. Ça n'a pas vraiment de goût, c'est très doux et passe
comme une lettre a la poste. Ma seule taffe me donne un peu d'effet, comme du shit mais en plus délicat, une légère impression de coton. Mais c'est pas avec si peu que j'en connaîtrai le pouvoir.
L'expérience s'arrête la.
Par Jullian
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Jeudi 4 septembre 2008
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17:51
8h du matin. Yuan me saute dessus tout excitée. Elle a appris que le bus qui nous emmène a Na'in part a 9h. Déjeuner au lance-pierre et
empaquetage éclair. J'ai pas le temps de dire au revoir a Yazd, de saluer le staff des hôtels que j'ai appréciés. J'ai l'impression de filer a l'anglaise, et que mon séjour a Yazd restera a jamais
inachevé. Mais on arrive a Na'in et j'ai autre chose a faire que ressasser tout ça.
Rejoindre Garmeh quand on ne veut pas se payer un taxi direct (et hors de prix) demande un temps conséquent et de longs détours. On est vendredi donc faut pas espérer une horde de bus qui passeront
par Na'in pour nous déposer a Khur, quelques 600 km avant leur destination finale, a Mashhad. On attaque donc le stop a un rond-point, et 2 mn suffisent pour qu'un camion grand luxe s'arrête.
Confortablement assis sur la banquette, on commence a discuter avec le chauffeur, qui parle correctement anglais. Il se marre doucement devant notre hésitation, quand il nous demande si on est
marie. On avait pas discute de ça avant alors le oui de Yuan met du temps a sortir, juste avant que je m'apprête a dire non. Il s'en tape complètement, il est pas a cheval sur ce genre de
principe.

Yuan, avec tout le tact qui la caractérise, lui demande comment ça se fait qu'il n'a pas de posters de femmes a poil. C'est difficile de dire quand elle déconne ou pas car elle dit tout avec un
sérieux sans faille, et une franchise qui pourrait être rafraîchissante, mais qui n'est au final qu'irritante. Il répond que non, c'est pas bien les posters comme ça. Avant d'ajouter que les femmes
a poil, ce n'est bien que quand on peut les toucher. Et finalement d'avouer après un court silence qu'il a tout un stock de porno dans telle boite et une télé et un dvd juste au-dessus du
pare-brise. Ah ben c'est sur, comme ça, les posters, c'est pas bien.
Par Jullian
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Jeudi 4 septembre 2008
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17:19
Caro, Anne et Hermine s'en vont faire un tour dans des sites aux environs de Yazd (c'est offert par l'hôtel alors...). Hervé préfère
profiter de son dernier jour sur Yazd pour se ballader dans la vieille ville. Moi je traîne encore mon moral en berne alors je reste sur place, écrit, sieste, écrit et écrit encore. L'inspiration
me vient. Ça faisait longtemps que c'était pas venu, que mon journal ne se résume pas a une énumération de faits enfilés sèchement comme des perles. Enfin, je ressens de la satisfaction a la
relecture de mon travail. Ça fera toujours 2-3 articles pas trop chiants. Ça me redonne du peps.
La soirée est marquée par le départ d'Hervé et Hermine. Ça se vide d'autant plus. C'est la fin d'une période, d'un petit épisode
sympathique qui se finira officiellement le lendemain soir avec le départ de Caro et Anne. C'est surprenant parce que je suis pas du genre a m'attacher, mais ça me fait bizarre, ces départs.
D'habitude, aussi bien et intense que cela a été, un sincère "ravi de t'avoir rencontré" suffit et hop !, je passe a autre chose. Ces rencontres ont pour nature d'être éphémères, des parenthèses. Et ça me convient. C'est peut-être
parce que j'ai l'habitude d'être celui qui part et pas celui qui reste. Ou bien c'est le coup de barre qui accentue la chose. Lukas m'a dit qu'il y en avait un vers le 4eme mois, et un autre vers
le 9eme mois. Je sais pas si ça se vérifie mais je suis dans les temps. Mais ça ne durera pas longtemps.

Une fois les bordelaises parties, je pars sur internet essayer de trouver l'oreille de mister Damien Monnier, mais malheureusement, ça marche pas aussi facilement quand tes potes sont a l'autre
bout du monde. A la place, je tombe sur une chinoise de 30-40 ans, Yuan, qui est sur l'autre ordinateur. Elle engage la conversation et me dit qu'elle compte aller sur Garmeh. Je lui dis que je
comptais y aller mais que la seule guesthouse du bled est fermée. Elle dit que c'est pas grave, qu'on peut se pointer la-bas et mendier pour un lit chez l'habitant. Et puis ouais, après tout, c'est
assez culotté pour que ça marche, et j'ai besoin d'action.
J'accepte de l'accompagner. Départ le lendemain matin.
Avant de se coucher, on prend un qalyan avec un couple de profs français (faut plus se demander ou ils passent leurs vacances dans la profession, ma parole). J'en apprends plus sur Yuan, qui vit en
Italie depuis une bonne dizaine d'années, ou elle bosse comme traductrice et interprète. Elle est mariée et a un enfant avec un prof d'université plus âgé, qu'elle n'aime pas vraiment on dirait
(sinon elle arrêterait de me parler de ses amants), mais qui a l'avantage d'être européen, riche, et d'avoir été la porte de sortie pour cette nana décidée a quitter la Chine. Je perçois déjà ce
qui se confirmera plus tard, Yuan est pas mal fêlée et parle beaucoup...énormément.
Par Jullian
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Jeudi 4 septembre 2008
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11:51
Retour a l'hôtel. Une baisse de moral généralisée s'abat sur moi. Je m'isole dans mon dortoir, siestoune un peu, me promène en solitaire
avec casque sur les oreilles.
Le soir, Lukas prend un train de nuit pour Teheran. Il a droit a deux ou trois jours d'absence injustifiées et il vient de les prendre. Il est temps de rentrer. J'attends avec lui jusque pas
d'heure. C'est le premier a partir de notre pitite bande de Yazd. J'avais eu un bon feeling avec lui a Teheran mais on s'était peu vu. Une semaine en sa compagnie a plus que
confirmé le bien que je pensais de lui. Avec lui, les
discussions les plus stupides comme les plus profondes atteignent un haut-niveau.
On passera des heures a discuter de l'Iran, pays qu'il avait absolument adoré 2-3 ans plus tôt, ce qui l'avait poussé a revenir y étudier le farsi et le pays par la même occasion, dans le cadre de
ses études d'anthropologie de la culture. Pour lui, la désillusion est totale et violente. Que ce soit le pays qui ait changé ou sa vision qui s'est approfondie, le résultat est le même : l'Iran n'est
plus ce pays fabuleux. La proportion de gens et de choses insupportables est telle que ça gâche tout.
Il me parle de tous ces gens qu'il a rencontré et qui, a
partir du moment ou leur relation dépasse les présentations d'usage, l'exotisme de parler a un étranger, derrière ne reste plus que de la tristesse, un désintérêt pour ta personne (finalement, on
est pas différents, et certainement pas exceptionnels), et une absence de conversation d'un vide sidéral. Il est dégoûté de cet état des choses. Il remet le couvert régulièrement avec de nouvelles
rencontres, mais en revient toujours déçu.

Ne reste que quelques bonnes photos, car il est photographe, semi-professionnel, et plutôt bon avec ça le salaud ! Voir son travail me motive encore davantage et m'inspire. Il a encore une bonne
longueur d'avance et surtout une toute autre rigueur, mais je sens qu'en bossant bien, je peux combler l'écart et faire du travail d'aussi bonne qualité.
son site
Lukas me propose qu'on se retrouve a Mashhad le week-end prochain. Ma baisse de moral me pousserai plutôt a changer d'air et partir au
plus vite vers l'Inde. Le plan Garmeh est a l'eau et Mashhad, c'est une longue route pour un mausolée que je suis même pas sur de pouvoir visiter, en tant que non-musulman. Je promets rien mais on
se retrouvera a Teheran de toute façon.
Par Jullian
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Jeudi 4 septembre 2008
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11:28
On a rendez-vous avec Massoud vers 9h30-10h. Je me presse pas parce que je suppose que c'est a l'heure iranienne. 9h, je suis réveille
depuis 15 mn quand arrive Massoud, presse, en retard, me demandant pourquoi je suis pas prêt et de me grouiller de l'être. Décidément, il a un problème avec les horaires, ce garçon. Les autres
aussi sont pris de court. On part a deux voitures pour Astrabad, une ville désertée il y a quelques décennies car les qanat (canaux souterrains d'approvisionnement en eau) se sont taris.
Une petite équipe de tournage est la, a peine dix personnes. Il n'y a rien de bien excitant a voir puisqu'ils sont occupes a filmer un
pain de glace, qu'ils font fondre au chalumeau. Et naturellement, ils sont trop concentres sur leur taf pour se préoccuper de quelques touristes qui se trouvent la comme un cheveu sur la soupe.

Mais la ville morte vaut le détour. je me ballade sur les toits et dans les bâtiments abandonnes, attaques par le sable qui recouvre petit a petit les lieux.

C'est aussi la que mon appareil-photo déconne pour la première fois, en refusant de marcher et me lançant des "erreur 99" a tout bout de champ. Ce qui, en cherchant sur internet, signifie en
langage Canon : "Y'a quelque chose qui déconne sévère dans ton appareil, mais on a pas la moindre idée de ce que c'est". Prendre des photos a présent dépend du bon vouloir de l'engin, qui n'est pas
souvent d'humeur, le bougre.

Par Jullian
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Jeudi 4 septembre 2008
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11:15
J'en profite aussi pour me remettre a neuf avec une douche, un repas digne de ce nom (un ragoût de chameau, miam miam) et un passage
chez le coiffeur. Le reste de la journée, je glandouille, potasse le Coran (ça va j'ai compris, je suis un mécréant, pas besoin de le répéter 100 fois), et discute avec un couple de danois
sympathique. Ils m'apprennent que la pension de famille du petit village oasis de Garmeh, au coeur du désert iranien, est fermé en ce moment. Trop chaud apparemment. Ça fait chier, je crevais d'envie
d'aller la-bas et de rencontrer ce fameux Mazyar, qui est parait-il un percussionniste excellent. Ils se rabattent sur un petit village troglodyte et hors des entiers battus (et pas dans les
guides). Ils me proposent de les suivre mais j'ai le sentiment d'en avoir pas fini avec Yazd.

Le soir, apres un nouveau bon repas et un peu de glande avec mes compagnons, on a droit a un récital de Massoud. Ses yeux sont tristes, il déborde de culpabilité et c'en est gênant. Il joue pour
nous, pour se racheter, pas vraiment pour son propre plaisir de jouer il me semble.
Par Jullian
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Jeudi 4 septembre 2008
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11:02
On descend dans la cour de l'hôtel comme une procession, et on s'installe tous a une grande table. La session peut commencer. La
parole est a la défense. Massoud, l'air hagard, nous présente ses plates excuses pour le déroulement des opérations. Il y a eu beaucoup d'imprévus. Et puis il avait grandement
sous-estimé la dureté de la chose. Il est complètement
vidé, lessivé. Ça aurait pas du se passer comme ça, etc...Il a l'air complètement dépassé,
a coté de ses pompes.
Je lui explique qu'on s'en fiche un peu des imprévus en eux-mêmes, d'ailleurs on a été drôlement positifs et patients tout au long de la première journée. Le blême c'est la réaction a ces
imprévus, c'est les mauvaises décisions, c'est la mauvaise préparation. Je lui récite tout le cahier des doléances avant de lui annoncer que d'un commun accord, on ne paiera que la
moitié. Un petit sourire se dessine au coin de sa bouche,
il y pensait aussi et avait conclu la même chose, seul le premier jour mérite d'être payé.
Tout s'arrange donc entre gentlemen, sans cris ni drames. Les polonais sont ravis, plus que si tout s'était bien passé
et qu'ils avaient payé les deux jours. En bonus, il nous invite le lendemain sur le tournage du premier court-métrage de la série, dans une ville morte aux environs.
Mais maintenant, il va aller faire une bonne sieste parce qu'il tient plus, et repassera le soir-même pour jouer un peu de musique avec son tar (une espèce de Oud).
Cadeau Bonux : une courte (trop courte ! mais excellente) BD d'Anne sur son voyage en Iran. Y'a un passage sur notre trip dans le
désert :
Iranian Road Trip - BD d'Anne Kays
Par Jullian
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Jeudi 4 septembre 2008
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/2008
09:59
On repart pour un tour. Hervé et moi prenons les devants, suivi de près par les nanas, et derrière, toujours les mêmes boulets qui ont
besoin d'une pause tous les 500 mètres. Massoud et Hossein parce qu'ils ont plus d'essence dans le moteur, et le couple de polonais, apparemment habitués a faire du trek (la je m'étouffe d'entendre ça), ce serait d'après la nana
parce que ce vilain chèche, il arrête pas de se relâcher et de se défaire, alors il faut bien s'arrêter pour refaire ça propre, et faire celui du copain...(la j'hésite entre le rire et la pitié).
Bref, y'a pas moyen de s'installer dans un bon rythme alors que curieusement, nous cinq, les français (cocorico !), on a plutôt la patate et un bon coup de pédale. C'est peut-être l'énervement, la
colère, c'est un bon carburant.

Notre petit groupe de tête atteint la route. On attend les limaces quand une caisse passe, s'arrête, et nous propose de monter. On dit que c'est bon, on est censé avoir nos propres voitures qui
vont nous prendre, etc...Le conducteur va pour repartir quand Massoud surgit du diable vauvert, criant comme un désespéré et courant comme un paralytique qui vient de retrouver l'usage de ses
jambes. Lui et les filles montent dans la voiture et filent a je ne sais quel point de rendez-vous.

Avec Hervé, Hossein, Thomas et Arthur, on suit le frère d'Akhbar sur une nouvelle piste dans le désert qui devrait nous mener au même endroit que les filles. Je dis qu'on suit le guide, c'est vrai
au tout début, mais lui aussi finit par lâcher l'affaire. Quelle bande de bras cassés, ces iraniens, quand même ! Hervé et moi faisons notre petit bonhomme de chemin, heureux de pouvoir enfin donner du rythme a cette ballade.

Une voiture était censée nous choper déjà a la route. Finalement, on en voit le bout du nez qu'au bout d'une heure, encore une fois passée a marcher au plus chaud de la journée. C'est la même
vieille et petite jeep d'Akhbar et ses potes. On se tasse a 7 dedans. Heureusement que les filles se sont fait prendre en stop, coup de bol sur cette route en plein désert. Je pense pas qu'on
serait rentré a 12 la dedans...On retrouve les filles au bord
de la route. Notre troupe se divise en trois taxis direction le désert de sel, apparemment. Tout se passe dans la confusion et le bordel généralisé, difficile de comprendre quoi que ce soit. Je
monte avec les filles, Hervé avec les polonais, Massoud et son staff dans la troisième voiture.
Depuis un petit moment déjà, on s'est décidé a sanctionner au niveau du prix. On en a parle aux polonais, qui ruminaient la même chose de leur coté. Plus le temps passe, et plus l'ambiance mutinerie est présente. Le trip dans
le désert est oublié, on est tout concentré a essayer de comprendre ce qui se passe et comment on va régler tout ça. Reste
le désert de sel, quand même, mais il tarde a se montrer. Au bout d'une demi-heure, on s'arrête a la station-essence. L'occasion pour nos deux groupes de se mettre d'accord : on a eu la même idée,
on paie la moitié du prix, a prendre ou a laisser.
Une heure qu'on roule. Pour une raison inconnue, les voitures s'arrêtent sur le bas coté. Les iraniens règlent quelques trucs entre eux. On nous dit encore une fois de remonter en voiture mais j'en ai plein le dos, je veux des infos, je
veux qu'on discute et savoir ce qui se passe. Réunion en bord de route et mise au point. Le désert, c'est encore a 1h30 de route. Il parlait déjà d'1h30 il y a de ça 2h30. C'est gavant a la fin. En
plus, l'idée, ce serait de se taper toute cette distance, faire quelques photos du site (Oooh ché bo!), et hop ! on repart comme on est venu. Super...On est tous d'accord pour rentrer direct a l'hôtel. On arrête les frais. Je préviens Massoud
que, pour rester dans l'esprit du trip, le prix qu'on va payer risque d'être imprévu (Ouh la la ! qu'est-ce que je suis drôle !).
Encore une fois, on s'arrête sans raison apparente, dans un vieux bled. On descend a peine de voiture, on veut rien savoir et rentrer a l'hôtel. Massoud essaie de nous convaincre de rester dans cet
endroit paisible pour discuter tranquillement du prix, et visiter ensuite la plus vieille mosquée d'Iran, du monde ou de la galaxie, je sais plus bien. On lui dit qu'il pourrait nous emmener au Taj
Mahal ou sur Jupiter, on s'en fiche, on a pas la tête a admirer de l'architecture, et la réunion au sommet se passera "chez nous", a l'hôtel. Certains pensent qu'il a tenté ça pour essayer de sauver sa réputation et faire ça discrètement. C'est
possible. Ou alors il essayait juste de calmer les esprits et faire retomber la tension en nous emmenant dans ce joli endroit, ou il proposait aussi de rester manger (qui paie l'addition ?). J'en
sais rien.
Par Jullian
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Mercredi 3 septembre 2008
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18:53

Selon le programme d'avant-départ, on était censé se lever vers 4-5 h. Mais on peut pas dire qu'on ce soit couchés avec les poules, les corps ont été éprouvés, Massoud ne tient plus debout,
alors on est réveillés vers 8h.

Cette fois, le petit-déjeuner est copieux. Par contre, on s'éternise sur place. Les iraniens se parlent entre eux, pas énervés pour un sou, mais ils nous transmettent aucune info.

On aimerait bien savoir ce qu'on fout parce que le temps file et le soleil tape déjà. On perd du temps. Le plan serait apparemment d'aller voir un désert de sel. Ce qui était prévu et n'explique
pas ce statu quo ennuyeux.

Mais bon, on finit par décoller vers 10h. Je ravale mon agacement et avance. Entre nous, on parle de tout ce qui ne va pas et va de moins en moins dans cette équipée sauvage. Thomas et notre petite
bande franchouillarde, on suit le rythme du frangin d'Akhbar, ni rapide ni lent. Derrière, le couple polonais, Hossein, et Massoud traînent les pieds. C'est quand même pas mal qu'on soit
obligé d'attendre notre guide (celui qui reste, vu que
l'autre est a la casse) parce qu'il est trop lent et trop fatigué ! Les valises qu'il a sous les yeux ont encore pris du volume, si ça continue, il va marcher dessus.

On devine qu'on est arrivé sur les lieux puisque Massoud et
le frère d'Akhbar s'arrêtent, consternés, regardant autour
d'eux pour essayer de voir ou il s'est caché, ce sournois
désert de sel. Parce que ça ressemble plus a un champ de patate, leur bordel. C'est tout marron, c'est tout pas beau. Faussement candide, je demande a Massoud ou on est et qu'est-ce qu'on fait la ?
Il me répond qu'il comprend pas, que c'est ici le désert de sel, que c'était pas prévu. Le coup de l'imprévu, il me reste dans la gorge comme une mauvaise arrête. Toujours d'une voix mielleuse et
empoisonnée, je lui demande quand est-ce que son fameux désert de sel était vraiment couvert de sel : il y a deux jours, il y a une semaine, un mois, ou du temps du paléolithique, parce qu'il a
l'air d'être comme ça depuis un bon bout de temps. Il me dit qu'il y a un an c'était tout blanc.
"Et tu crois pas que toi ou un de tes super guides qui connaît le désert comme sa poche aurait pu être au courant, ou au moins se renseigner, avant de nous emmener dans un endroit
paumé pour voir un truc qui n'existe plus. Parce que
j'ai pas l'impression que c'est quelque chose d'imprévu la, mais juste quelque chose de super mal organisé, non ? Tu crois pas ?
- (...)".
Il fait la moue de l'écolier au tableau qu'a pas appris sa leçon. De fait, je l'aurais bien envoyé au piquet sur le moment, ou l'aurais même empalé dessus tant qu'a faire.
J'aime bien Massoud. C'est un bon gars, qui cherche pas a mal. Il est très intéressant, très cultivé, on a les mêmes centres d'intérêts et on avait passé un bon moment autour du feu la veille. Mais il faut qu'il arrête de faire le guide du désert parce que c'est n'importe quoi. J'ose pas imaginer si
y'avait eu une vraie emmerde, qu'est-ce que ça aurait été. Chaque décision leur prend au moins deux heures, a nos "Rois du désert", des heures passées a rôtir au soleil, c'est pas possible.
Ça se voit dans son regard, il a qu'une envie, le Massoud, c'est de rentrer, de plonger sous sa couette et oublier ce cauchemar. Je le sens prêt a s'arreter la et nous ramener a l'hôtel. Mais moi
je voulais trop voir un désert de sel. Je rêvais de voir un truc pareil. Ce que je lui fais comprendre, mais il a perdu le nord, le gonze. Le programme de la journée, qui devait nous prendre de
l'aube au crépuscule, tout ça c'est jeté aux orties, en entier. Pour quelle raison, mystère.
" Alors Massoud, quelle est la suite de notre merveilleuse expédition ?
- (...) Bon ben...on va aller voir un autre désert de sel, plus loin
- Et il existe celui la ?
- Oui. On va marcher jusqu'à la route et des taxis vont nous y emmener.
- Hum, OK. Et c'est loin ?
- Non. 1h, 1h30."
Je doute plus qu'un peu de ses estimations. En marchant plus tôt, je l'avais questionné sur sa toute personnelle notion du temps. Il me dit :
"Si je vous avais dit que ça prendrait 1h et pas 10 mn, est-ce que vous y seriez allé ?
- Non non, on serait resté crever dans le
désert, connard ! "
Je l'ai pas dit comme ça, c'est juste histoire de faire référence a cet éminent humoriste, penseur et ami de notre président chéri, Messire Bigard. En tous cas, j'ai du mal a lui faire comprendre
qu'on veut pas être bercé de mensonges, mais savoir
exactement ce qu'on fait, ou on va, combien de temps ça va prendre et combien c'est difficile. Purement et simplement. On a choisi de faire un trek dans le désert, je crois qu'on était conscients
que ce serait pas comme d'aller a la cueillette aux champignons. Contrairement a un certain guide que je ne nommerai pas ici pour préserver sa réputation. Je suis pas une balance.
Par Jullian
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Mercredi 3 septembre 2008
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18:08
La jeep arrive, enfin, vers 22h. Je sais pas s'ils se sont arrêtés au bistro du coin mais ils ont mis leur temps. Akhbar est toujours
la, en compagnie de son frère et d'un autre gars. Ils préparent vite fait la bouffe pendant que la petite troupe émerge petit a petit, réveillée par les phares de l'auto et le ronronnement du
moteur. On a droit a un pauvre demi-bol d'une espèce de potage aux haricots, accompagné de pain et de thé. J'ai pas de quoi me caler une dent, et après le genre de journée qu'on a eu, il faudrait pas grand-chose pour me foutre les
nerfs.

Ce qui ne saurait tarder, avec la question du comment qu'on dort ou. Car pour le coup, le fait d'être installé
dans un ventilateur géant devient un problème épineux. Il y a trois tentes de différentes tailles. Anne et Caroline prennent la tente
deux places et s'en sortent, les autres optent pour la nuit a la belle étoile, avec sac de couchage Hi-tech (et aération au niveau des fesses dans le cas d'Hervé - Attention au rhume du cul, c'est
particulièrement désagréable d'éternuer par la...) et tapis de sol qui épouse délicatement et avec souplesse la forme des cailloux qui parsème le chemin.
A la base, je devais dormir avec les polonais dans la grande tente, mais ils me lâchent au profit du grand air. Je me bats avec les bourrasques pour ne serait-ce que rentrer dans la tente (qui
comme toutes les tentes iraniennes est fournie avec son absence de sardines - très pratiques a déplier mais pour le reste...). Je parviens a y poser mon petit sac a dos et celui de mon appareil. Je
déplie mon sac a viande comme je peux. Tout est en ordre. Un petit pipi et au lit. J'ai les boules, ça me fera du bien d'être au pieu. Je vais pour pisser quand je vois ma tente qui se fait la
belle en faisant des tonneaux, avec mon appareil qui valdingue a l'intérieur. On pourra dire que, vu mon tempérament, j'ai été particulièrement patient avec toutes ses merdes. Mais faut pas pousser
mémé non plus, donc je pète un plomb, lance un beau bouquet d'insultes, shoote dans
les poubelles et part essayer de me calmer. Hossein a rattrapé le fugitif et mes sacs sont en sécurité, donc je peux bouillir tranquille.
Massoud vient me voir sur la pointe des pieds. Je lui balance ma volée de bois verts a la figure, énumérant un a un toutes les choses qui déconnent dans son excursion, et en particulier la superbe
nuit a la belle étoile dans le désert. Je finis par me coucher plus ou moins (plutôt moins que plus d'ailleurs) a l'abri de la jeep, fulminant toujours, mais vite gagné par le sommeil.
Par Jullian
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Mercredi 3 septembre 2008
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/2008
12:23
19h30, le soleil est déjà couché. Massoud a reçu des news par téléphone. Oublié le campement originel. On part dans la montagne
s'improviser un truc. Mouais. Admettons. Soyons positifs. C'est toujours sympa, un peu d'imprévu. Même si faudrait pas non plus forcer la dose. La petite marche de dix minutes nous prend trois
quarts d'heure. On avance dans la pénombre, chacun portant son lot de branches mortes, suivant Massoud dont le chant résonne dans le défilé qu'on traverse.
On atteint une large piste, par laquelle la jeep va nous rejoindre. On pose notre bois. C'est la qu'on va établir notre campement. Ça me crispe un peu tout ça. L'endroit est laid, sans aucune vue,
on va dormir a même la piste, et celle-ci se trouve être un couloir battu par les vents. C'est n'importe quoi et le fais remarquer, avec tact pour cette fois, a Massoud. Il m'a l'air un peu emmerdé
pour justifier ce choix qui n'est pas le sien, mais celui d'Akhbar et son frère, en qui il a toute confiance. Bon, ben on a pas le choix de toute façon, alors restons positifs. Le cadre est
merdique, les conditions aussi, mais on survivra. Passons une bonne soirée quand même.
Mais la soirée tourne court, l'ensemble de la tribu s'étant écroulé comme des souches, la nuit aidant. Reste Massoud, Hossein, Caroline et moi, qui nous asseyons autour du feu. Massoud et Hossein
se mettent a chanter des parties du Coran (ce qui est formellement interdit). Baignés dans la lumière du feu, sous les étoiles, c'est beau.
Les heures passent. Caroline et Hossein ont rejoins les autres au pays des songes. Reste Massoud et moi qui parlons de tout, de rien, de la vie un peu, de cinéma beaucoup. Il me parle de son amour
pour Fellini (en particulier "Les nuits de Cabiria" et "La Strada") alors qu'on attend, perchés sur une colline, d'apercevoir enfin les phares de la jeep qui nous rejoint.
Par Jullian
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Mercredi 3 septembre 2008
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10:50
A mon retour, tout le monde sauf Massoud est réveillé. Le temps file, le soleil se couche, pas de nouvelles d'Akhbar (que la jeep est
parti chercher), et rien ne bouge. On commence a douter franchement du sérieux de cette organisation.On devrait être au camp depuis des lustres alors qu'est-ce qu'on branle ? Massoud, qui finit par
se réveiller, n'en sait apparemment pas plus, et joue la montre.
Je sais plus comment c'est arrivé, mais Massoud, me sachant
cinéphile également, lance la conversation sur Bresson. Un moment de doute...il veut parler de Besson, Luc Besson...? Non, non, Robert Bresson. Caroline en avale la pipe qu'elle n'a pas de travers.
On se trouve au beau milieu du désert iranien, en pleine reconstitution du film "Les survivants", et notre guide commence a parler de Robert Bresson, dont il connaît absolument tous les films.
C'est un grand fan et il pourrait en parler des heures. Je relance sur le cinéma polonais et mes chouchous, Kieslowski et Zulawski, ce qui, a ma grande surprise, réveille les polonais qui s'animent
comme une fête foraine et parlent plus qu'ils ne l'ont fait de toute la journée. Eux-mêmes enchaînent sur des jeunes réalisateurs de courts d'animation polonais, ce qui interpelle la dessinatrice
Anne et ainsi de suite. Un quart d'heure de pure cinéphile dans l'endroit et au moment le plus inattendu. Mais ça nous distrait de la question qui importe le plus : qu'est-ce qu'on fout la, bordel
de merde ?
Par Jullian
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Mercredi 3 septembre 2008
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10:23

Une heure et demi de marche supplémentaire (en temps iranien, ça représente trente minutes de prévues), changement de paysage, et on arrive sous un abri naturel creusé dans la roche. De l'ombre a foison, une petite source (ou on peut se tremper
les pieds), de quoi s'allonger, et la bouffe qui nous arrive par jeep. La, ouais, ça ressemble a quelque chose. Sauf qu'on aurait du y être quatre heures plus tôt. Ce qui nous aurait
évité de crapahuter en plein désert au plus chaud de la
journée.

Le plan de route de la journée a évidemment volé en éclats,
mais rien ne se passe. Pas de plan B a l'horizon, on nous dit que dalle, donc a priori ça tient toujours. La petite sieste est bienvenue.
Une heure et je me lève, de nouveau plein d'énergie. Tout le monde dort. Massoud, harassé, semble parti pour faire sa nuit. Je me dis qu'on ferait bien de se bouger car la nuit va bientôt tomber mais bon, j'y connais rien, je leur laisse
encore le bénéfice du doute. En attendant, je fais de la grimpette dans les montagnes a la recherche de belles vues. J'en ai une pas mal sur notre groupe de réfugiés, de plus en plus vraisemblables
dans leur rôle.
Par Jullian
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Mardi 2 septembre 2008
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14:31
On arrive a la source attendue.
Dans ma tête elle jaillissait des rochers a gros débit. On pouvait y boire, presque s'y baigner, ou au moins on pouvait s'y asseoir a l'ombre, les pieds dans l'eau. Parti devant, je passe a
coté d'une rangée de plantes qui ressemblent vaguement a du
bambou. J'inspecte les environs, y note un peu d'eau stagnante dans le fond du trou. Ça peut tellement pas être ça, ma belle source, mon doux lagon peuplé de sirènes, que je continue ma route.
Mais c'est bien ça. Tout le monde s'arrête. Le pitoyable marigot quasi asséché est imbuvable, mais on remplit des bouteilles vides pour s'asperger, se rafraîchir les pieds, tremper notre chèche.
Tout le monde s'écroule de fatigue, s'enfonce dans les plantes a la recherche d'un peu d'ombre. Une bande de réfugiés en perdition dans le désert, voila a quoi on ressemble.



On a déjà trois heures de retard. Akhbar arrive une demi-heure plus tard et s'écroule a son tour. Pour lui, la promenade est terminée, il est allé au bout de ses forces, la voiture-balai va passer
le prendre.
Par Jullian
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Mardi 2 septembre 2008
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14:13
Deux heures et demi de marche sous le cagnard.

Le couple de polonais traînasse, Massoud galère sévère mais prend sur lui, et Akhbar est au plus mal. Le pauvre gars pars en morceaux, mais continue tout de même de se trimballer son sac de
malheur. Question de fierté sans doute. Je sais pas. En tous cas, il essaie plus trop de suivre et traîne a l'arrière.
Forcement, le timing prévu prend un coup dans l'aile.
On fait une pause a 12h, au milieu d'une mer de platitude. Fini les dunes de sable et leurs formes sensuelles. Seule au loin, derrière
un voile, se distingue une petite chaîne de montagne. C'est la notre objectif, et on devrait y être depuis une heure, d'après les calculs exagérément optimistes que nous avait
donné Massoud.
On repart au combat. La fatigue commence a tirer. Un certain ras-le-bol se fait sentir, les dos se voûtent, la démarche se fait
traînante, mais derrière la fatigue reste la bonne humeur. On prend notre mal en patience, même si on commence a s'interroger, et s'inquiéter de la santé de notre "indestructible". Il a
complètement lâcher le peloton, petit point loin derrière, traînant sa peine et sa douleur.
Par Jullian
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Mardi 2 septembre 2008
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13:42
8h.
Les estomacs commencent a gargouiller d'impatience depuis un bon bout de temps, les bouches se dessèchent, mais on se pose enfin.

Et oui, on peut boire, mais pas non plus comme des arsouilles en sortie de désintox. Ça doit être le lieu d'arrêt classique, vu qu'il y a déjà des pierres disposées la, de façon a y accueillir un feu et d'y poser une gamelle.
C'est le routier du coin, quoi. Peu avant, on a eu pour mission de ramasser tout le bois qu'on pouvait trouver. Akhbar, le roi du camping sauvage, se charge du feu. Il fait son petit tas de
brindilles sous la gamelle pleine d'eau et tente piteusement d'allumer le bazar avec des allumettes, puis un briquet. On repassera pour les techniques ancestrales qui nous plaisent tant, a nous les
touristes. Surtout que même comme ça, c'est pas un franc succès.
Coup de bol, Arthur le polonais se trimballe avec des plaquettes d'Allume-vite ou je sais pas le nom (encore moins le nom polonais). Il
aurait pu penser au réchaud a gaz mais on lui pardonne, car sans ça, le feu aurait eu plus de chance de démarrer par auto-combustion que grâce a Akhbar et son briquet. Une chose est sure, c'est pas
encore cette année que le "Roi du désert" va gagner la finale de Koh-Lanta. Même s'il faut lui accorder que c'est une vraie boussole, parce que trouver trois pauvres cailloux bien précis au milieu
de cette mer de sable, c'est pas de la gnognotte.

L'heure du pique-nique a sonné. On fait tourner le pain, le
fromage et les légumes pendant que l'eau chauffe pour le thé. On larve un peu pour digérer, et on repart de bon coeur. Le soleil tape dur a présent et les nanas se plient au diktat de la mode du
coin en s'enrobant dans leur chèche.
Par Jullian
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Mardi 2 septembre 2008
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12:59
On passe dunes sur dunes. Ça monte, ça descend, ça monte, ah...faut attendre les polonais..., ça descend, ça monte...Les "quand est-ce
qu'on peut boire ?", "je peux boire un petit peu" commence a s'entendre timidement. Massoud est strict la-dessus. On boira quand il nous le dira. Il nous donne quelques ficelles de baroudeur du
désert, concrètes et indiscutables.
1>On ne boit que lorsqu'on fait une vraie pause, au moins une demi-heure. Si on boit en marchant, c'est inutile car ça se transforme aussitôt en sueur et on a encore plus soif. Faut lui laisser
le temps de circuler pour être vraiment réhydraté.
2>Ajouter du jus de citron dans l'eau. Ça coupe la soif, et en plus, quand l'eau est devenu chaude, ça fait un peu comme du thé et ça passe mieux. Bon, pour le thé, faut de l'imagination, mais
c'est pas mauvais. Du coup, on se trimballe tous nos petits citrons verts, qu'on s'amuse a trancher et presser dans nos bouteilles.
3>Vous crevez de chaud sous votre chèche, respirer avec du tissu dans le nez c'est pas agréable...Attendez un peu. La sueur va imprégner le tissu et vous donner une délectable sensation de
fraîcheur. Ça vaut mieux que de se faire dessécher par le sable et le soleil. Et encore une fois, moins on a de peau exposée, moins on a chaud, moins on transpire, moins on a soif.
On en revient toujours au même problème, économiser l'eau et prévenir la soif. De bons conseils qui me permettront de me la péter sévère plus tard, tout en accentuant finement sur le naturel
de la chose, genre je suis né dans les dunes alors je connais
tout ça.
Par Jullian
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Mardi 2 septembre 2008
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10:49
On commence la marche de nuit, suivant les pas d'Akhbar. Il est 5h et des
poussières. Au bout d'une bonne demi-heure, on atteint nos premières dunes de sable alors que le soleil commence paresseusement a se lever.

Très vite, nos amis polonais s'accordent a prendre un rythme de grabataire. Enfin le couple seulement, Arthur et Gasha. Le troisième larron, Thomas, fait le yo-yo entre les deux groupes, partagé sans doute entre son envie (et sa capacité) de suivre le rythme et son envie (obligation ?) de rester avec ses amis. De plus, c'est le
seul qui communique. On marchera un bon bout ensemble tout en discutant. Quant aux autres, c'est peut-être au bout de 10 heures qu'on se rendra compte qu'ils parlent très bien anglais. Leur autisme
nous ayant fait croire qu'ils ne le parlaient sans doute pas, ou pas bien.

Le soleil pointe le bout de son nez. C'est beau, ce disque de feu qui surgit des dunes. On y va tous de nos photos, galerant avec la lumière (pas moyen de
faire une photo potable). Arthur est tout excité, mitraille a tous va, pose avec minutie son trépied, prend des positions
de contorsionniste pour prendre dans des angles artistiques : sa copine, les dunes, le soleil et peut-être le Saint-Esprit. En tous cas, il cherche et le couple prend sans arrêt 200 mètres ou plus
dans la vue.

Très vite le soleil commence a chauffer et on sort notre attirail de bédouin du dimanche : le chèche palestinien qui nous enveloppe la tête et les lunettes de star. Plusieurs styles se dégagent
alors chez les hommes. Le style homme-invisible ou dit du grand-brûlé, le style momie et le style terroriste des bacs a sable qui se serait fait confisquer sa kalashnikov par la maîtresse. J'avoue que les différences entre tous ces styles sont très subtiles. Les femmes restent élégantes en s'en tenant au style hijab. Aucun sens du ridicule, ces mignonnes...
Par Jullian
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Mardi 2 septembre 2008
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10:19
L'ambiance d'hier était sympa et la soirée s'est traînée jusque
tard. Je ne tombe dans les bras de Morphée que vers 1h du mat'. Mon sommeil est léger, trop excité sans doute. Caroline me sort de ma
somnolence sans difficulté, il est plus que temps que je me lève.
4h du matin, c'est le branle-bas de combat. On quitte l'hôtel plongé dans le noir, la tête dans le cul et sans le moindre petit café dans le bide (ces derniers temps, je tournais a sept cafés par petit-dej, le sevrage est radical). On s'arrête a un autre hôtel, ou on ramasse trois polonais taciturnes, puis le fameux "Roi du désert", le dénommé Akhbar. Pour compléter l'équipe, il y a Hossein, un ami de Massoud qui a
sauté (et hop !) sur l'occasion pour découvrir le désert.
Tout ce beau monde installé dans le minibus, on roule vers
Fahraj, a une heure de la. On avale ce qu'on s'est acheté la veille pour le petit-déjeuner (biscuits, jus de fruits). Le voyage est silencieux, certains
essaient de décoincer quand d'autres essaient de dormir.

On s'arrête enfin a une petite gare perdue au milieu de nulle-part, notre porte d'entrée pour le désert. Petit quiproquo : on était pas censé acheter notre propre flotte, malgré ce qu'on avait
compris. Du coup y'en a beaucoup trop. "C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup, la la la la la la la". Parce que
bizarrement, on laisse rien derrière nous ou dans le minibus. Chacun en rajoute dans son sac, en particulier Massoud et son pote Hossein. Et tout le reste, c'est le pauvre Akhbar qui se le tape. Une vingtaine de kilos dans un pauvre sac pas
adapté a se trimballer sur le dos. Même a demi-réveillé, je
me dis déjà que c'est des fêlés. Mais bon , Massoud nous assure qu'il nous faut un maximum d'eau, et que Akhbar peut porter 300 kilos tout en traversant le désert a
cloche-pied. Il nous répète a l'envi que ce mec est indestructible. Quand il se rend compte qu'Akhbar est
blessé au pied, il nous répète que si y'a un gars qui peut faire ça avec un pied dans le sac, c'est bien lui. D'ailleurs, il s'était déjà fait une entorse dans une de ces expéditions, et avait
marché 25 km sur sa patte folle pour rentrer. Quand
Akhbar se blesse la main, a les épaules qui souffrent le martyre parce que les fines lanières de son sac les lui lacèrent, Massoud nous dit de ne pas nous inquiéter, ce mec est en marbre. Bref, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien...
Par Jullian
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Mardi 2 septembre 2008
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09:16

Une nouvelle journée morte, routinière, agréablement routinière. Tout le monde s'occupe, a part Alistair qui passe son temps a dormir. Ballade, safari
photo, écriture, quelques papotages avec de nouveaux venus bulgares, autrichien, polonaises.

En fin de journée, Anne, Caroline et moi faisons notre shopping spécial désert. Tenues, bouffe, eau. J'ai plus de
mal a trouver des lunettes de soleil. Heureusement, un gamin polyglotte nous viens en aide. Il parle couramment arabe et allemand (en plus du perse bien sur), et se débrouille en anglais. A 12 ans
! Lui et son oncle nous accompagnent jusqu'à une boutique ou l'on discute et négocie en allemand (mon pauvre allemand rouillé qui fait pitié), matiné d'anglais, plus quelques mots perses pour épicer le tout. Ce ragoût éclectique
donne quelque chose d'assez peu efficace et compréhensible. Le mime a finalement de meilleurs résultats. Je coupe court a des négociations mal engagées de toute manière, pour pas retenir trop longtemps notre polyglotte de poche, et sous la pression de
l'ostentatoire ennui et ras-le-bol d'Anne (hein la miss!). Je ressors de la avec des lunettes de mouche qui
couvre mes lunettes de vue ( et payées au moins aussi cher qu'en France). Dommage que je n'ai plus mes défunts cheveux longs et boucles, j'aurai fait un bon sosie de Polnareff.

Une nouvelle petite soirée en bonne compagnie, ou Massoud, cerne sous les yeux, nous rejoint pour revoir les derniers détails du trek du lendemain. On est pas parti, et il semble déjà exténué. Il n'est pas guide touristique professionnel, c'est juste un gars amoureux du désert qui s'improvise
parfois chef d'expédition. A coté de ça, il est déjà
pleinement occupé par la préparation de six courts-métrages
qui vont se tourner autour de Yazd. Six étudiants en cinéma, membre de l'équivalent de la Femis, préparent depuis
de longs mois leur documentaire de fin d'études. Lui-même tente de percer dans le milieu et diriger ses propres projets. Dans ce cas, il les a aidés pour les repérages des lieux, l'organisation, la logistique. Et il surveille
de très très près, comme un second réalisateur, ou un producteur plutôt, la réalisation du projet de son cousin, un des six "élus", qu'il considère comme un fainéant qui risque de faire foirer le
projet. Le tournage commence dans quelques jours. Il est donc surchargé et voit ce trip dans le désert comme une opportunité de faire un break. Tu parles, Charles ! Des heures de marche dans le désert, tu parles d'un
break ! Il va vite se rendre compte qu'il avait oublié,
sous-estimé la difficulté de ce genre de marche et
l'importance de son état de fatigue...
Par Jullian
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