Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /Déc /2008 06:38
Je me tape la queue a l'ATM (distributeur automatique), qui fonctionne comme un bandit-manchot. On trépigne sur place, en attendant son tour, scrutant les visages qui sortent du distributeur, dépités ou souriants.
"Alors ?
- Ben, c'est bon. Pour moi, ça a marché."
Les perdants restent a coté, défaits, pret a y retourner, refusant d'y croire. Ils sont bons pour une demi heure de bus jusque Darhamsala et le prochain distributeur.

Sarah passe presque toute la journée a prier et organiser les repas avec le couple de la maison juive. Quelle santé ! La mienne justement se détériore, encore...Un bon gros mal de crane me met KO. J'essaie d'écrire, j'essaie de lire, mais ne réussi qu'a dormir.


Le lendemain, j'agrémente le tout d'une bonne fièvre et une grosse fatigue. Paradoxalement, l'écriture se passe comme un charme.


En fin de journée, on rencontre Amihail (un des israéliens de Nako, le taciturne heureux) qui me tombe dans les bras en rigolant. Il est en compagnie de la charmante Hodia, une française qui vit en Israel depuis quelques années. Elle étudie a l'équivalent des Beaux Arts de Jerusalem, travaillant sur des oeuvres conceptuelles sur différents supports, en particulier sculptures et vidéos. C'est pas désagréable de pouvoir parler français un peu, ou de lui parler tout court.


Le lendemain matin, Sarah, Hodia et moi rejoignons Amihail a sa guest-house, un peu plus haut, a Darhamkot, village dispersé a flanc de colline, paisible et encore plein de végétation, préservé (pour combien de temps ?).


Nous quatre et Eyal, un autre israélien d'une bonne centaine de kilos, on part en expédition vers une cascade dans les collines. Ça monte sévère par moments. Les filles partent devant, Amihail et moi prenons le rythme d'Eyal, dont la grande carcasse est plus difficile a bouger. Et ouais ! Solidarité masculine. Prenez-en de la graine, les nanas.


La route est belle, et les paysages verts a perte de vue. Ça prend un bon moment, cette petite sortie, et on commence a se demander si on s'est pas gouré de chemin quelque part. On entend la rivière au fond de la vallée mais pas de cascade avant 2h30 de marche.
Enfin le grondement attendu, et un chemin traversé par des sources qui nous mène a une plate forme rocheuse, au pied de la cascade.


Une petite cahute se tient la, tenue par un indien nonchalant qui n'a rien a faire a part somnoler. On pose nos sacs. Je pars crapahuter dans les gros rochers ronds qui entourent la chute. Sarah, puis Amihail, vont se baigner dans l'eau gelée. Je sais pas si c'est l'armée qui les a fait comme ça, mais ils ont vraiment pas peur. Eyal arrive un peu plus tard, et plonge a son tour.


Je rejoins Hodia, qui se la coule douce en silence. Pas d'opération commando pour elle, qui préfère fumer tranquillement. " Ça fait plaisir d'être entre français. Au moins, y'a personne pour me faire la morale parce que j'allume une clope".


Sarah revient se sécher et fait glisser son appareil-photo dans l'eau en prenant sa serviette. Amihail s'assied, encore tout humide sur un rocher et joue des airs féeriques sur sa flûte. Image clichée d'un conte de fées sauce hippie. On pique-nique sur place. Le classique pain, trina, légumes, et des oeufs et du thé concoctés par l'homme du resto de poche. J'ai une discussion intéressante avec Eyal sur les relations franco-israéliennes, la façon dont la France est perçue (comme un fidèle allié des arabes, et donc en ennemi d'Israel)...


A notre départ, l'indien commence a jouer de la flûte. Des airs envoûtants et virevoltants qui accompagnent notre marche pendant quelques minutes. La solidarité masculine a finalement ses limites...Marcher si lentement me stresse et me frustre. Je pars devant a un rythme sportif. Le trajet, en descente, est torché en 30 mn. Eyal, dernier arrivé, met près d'une heure de plus. Ses genoux fragiles apprécient pas plus les descentes cahoteuses que les montées difficiles. La brume a déjà enveloppe la vallée, les habitations flottent dans une atmosphère fantastique.


En fin de journée, je reconnais la moto de Shlomi. Sarah va pour emprunter un papier au resto a coté pour lui écrire un mot, et il est assis la, sirotant un thé. Grandes embrassades et sourires jusqu'aux oreilles. C'est bon de se revoir. Keren est repartie au pays, a sa mère, et a ses "enfants", comme elle appelle les ados dont elle s'occupe. Ils ont passés leurs derniers jours dans la Kullu Valley. Shlomi s'est improvisé la-bas cuisinier en chef des festivités de Hoshashana, préparant la bouffe pour 200 israéliens (ici, il y en a eu environ 1500 pour la même soirée !).

On passe la soirée ensemble, rejoints par Amihail et Hodia. Je discute un peu avec cette dernière, en français, ce qui nous fait des vacances. Soirée pépère qui se poursuit avec Sarah et Shlomi, a fumer des pet' sur le balcon de la chambre de ce dernier. On discute, on rigole, on prevoit de se faire un trekk ensemble le surlendemain. Sarah ne se sent pas bien soudainement. Elle a pas l'habitude de fumer. Elle soupçonne son repas du soir. Dans tous les cas, elle verdit et va se vider les intestins aux chiottes. Elle n'est plus qu'une ombre quand elle en sort, luttant pour tenir debout. Je la raccompagne a l'hôtel, ou elle étale avec soulagement sa silhouette titubante.


Nouvelle journée, consacrée en grande partie a faire des courses. A McLeod, je craque sur une petite veste en patchwork tibétain et capuche de lutin qui ira comme un gant a Maissanne. J'achète des couverts, une gamelle, un couteau, et de la bouffe pour le lendemain (c'est jour de trekk mais aussi shabbat).


Près de mon hôtel, un chien se tient debout, immobile, hagard, haletant, une écume blanche coulant de sa bouche, et une flaque de merde d'aspect douteux a ses pattes. Seul au milieu d'un tourbillon de touristes, luttant contre la mort qui l'a déjà dépossédé de sa dignité. Quelques heures plus tard, le petit évènement fait parler de lui, et j'apprends qu'on a abrégé ses souffrances.


Pour le reste, ma journée se passe comme une paisible routine. Shlomi nous a convaincu de partir de Bhagsu a 5h du matin, pour arriver sur place avant que la brume ne soit levée. Donc on traîne pas trop avant de se coucher.

Par Jullian - Publié dans : INDE
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Vendredi 26 décembre 2008 5 26 /12 /Déc /2008 15:47
Mardi. Je me lève tôt pour me rendre au temple du Dalai-Lama a McLeod Ganj. Y'a beaucoup de monde et des queues interminables. Un mec me passe et m'apprend que je suis dans la file pour les femmes. Je le suis pendant 50-100 mètres et on arrive direct a la fouille. Apparemment, la rock-star attire beaucoup de nanas et peu de mecs. Je comprends pas. Le bouddhisme parle t'il plus aux femmes ? Sont-elles plus "spirituelles" que les hommes ?

Je me fais dépouiller de mes clopes, mon briquet, mon mp3 et me rends dans la grande salle a l'étage. C'est déjà gavé de monde, dur de trouver une place. La moitié la plus proche du trône du Dalai-Lama est composée par un groupe de bouddhistes taiwanais, qui ont demandé ces interventions et paient pour. Leur emplacement est délimité par un cordon de sécurité ou se presse une horde de cameramen et photographes, également taiwanais. Le reste de la foule est majoritairement tibétaine.

Je me trouve une place a un bout du temple, avec vue sur le saint siège, encore vide pour le moment. Je bouge de cinquante centimètres a droite et je ne verrais qu'une simple colonne. Ce qu'un vieux tibétain qui arrive une dizaine de minutes plus tard m'ordonne de faire. Je suis a "sa" place. J'ai bien envie de m'énerver et de lui dire qu'il avait qu'à se pointer plus tôt, comme tout le monde, mais c'est pas le bon endroit pour ça. Je cherche un autre emplacement, encore un peu plus loin. Une vieille inflexible me refait le coup au bout d'un quart d'heure, et elle dit avoir réservé tous les environs (10 m2). Je râle. Les règles sont les mêmes pour tous : premier arrivé, premier servi. Mais bon, va tenir tête a une vieille tibétaine. Elle est bien plus bornée que moi (c'est pas peu dire) et j'insiste pas, l'ambiance "peace, brother" aidant.

Je vais grogner sur un banc avec visibilité nulle (je vois plus de place potable, et c'est toujours mieux qu'en tailleur sur le ciment) et déballe ma radio. Le speech est diffusé en ondes courtes. Une station différente pour chaque langue dans laquelle c'est traduit. Une bonne demi-heure d'attente. Et les mêmes mantras répétés en boucle et crachés par la sono. Un touriste d'une cinquantaine d'années annone en meme temps, en tailleur, sans faiblir. J'admire sa persévérance. Moi, ça commence a me stresser, ce martèlement. J'essaie de me divertir en observant le public. Calme, concentration, et révérence religieuse sont de rigueur. Rien d'excitant. La plupart des tibétains porte des offrandes avec eux. De la bouffe. Essentiellement du lait.

Une légère agitation se fait sentir, et monte en intensité. Le Dalai-Lama et une escorte de peut-être vingt personnes montent les escaliers qui mènent au temple, puis apparaissent a l'autre extrémité de la salle, et suivent le mur jusqu'à son siège, hors de ma vue. Je l'ai a peine aperçu, a 30-40 mètres. Son installation prend du temps. C'est plus un jeune homme non plus, et il sort a peine de l'hôpital, ça doit pas aider. Il salue le public. En tibétain, en taiwanais, et en anglais. A la prononciation de ces quelques mots en taiwanais, le groupe VIP devient hystérique et lance cris de joies et applaudissements. C'est pas tout a fait Ricky Martin, mais il connaît son boulot, le bougre. Il chauffe encore la salle pendant quelques minutes, en lançant des blagounettes, riant de son rire si particulier, grave et profond, contrôlé et bon enfant a la fois. Les groupies sont aux anges. Le traducteur anglais (un tibétain) qui bafouille dans mes écouteurs est dans les choux. Hyper tendu, hésitant, bégayant, toujours en retard de trois wagons. Je comprend pas la moitié de ce qu'il raconte.

Le "cours" commence et ça se complique encore. J'ai oublié l'intitulé des leçons mais en gros, c'est l'explication d'un passage particulier d'un texte sacré, pour l'interprétation duquel ces taiwanais ont demandé les lumières du grand homme. Désolé, je peux pas faire plus vague. C'est métaphysique, religieux, technique, abstrait, avec de nombreux termes dont seuls les initiés connaissent la signification. Le traducteur a certes un peu de mal, mais pas autant que moi. Je pipe que dalle, et au bout d'une demi-heure, je laisse tomber les oreillettes et écoute le discours en tibétain (c'est pas forcément moins clair), et la traduction taiwanaise qui suit. Si jamais quelqu'un cherche un traducteur tibétain / taiwanais... Au moins, c'est la voix de l'Homme et pas celle d'un traducteur.

Une pause. Des moines passent entre les rangs et donnent une espèce de jus ou soupe de riz (on nous avait demandé de venir avec son écuelle et son verre), une sorte de pain et une bouillie de je ne sais quoi. Mystérieux repas, n'est-il pas ? Ils ramassent aussi les offrandes. L'ambiance cantine s'éteint avec le retour a la leçon. Trois quart d'heure de plus dans le meme charabia. Je patiente un quart d'heure avant de me décider a me barrer. Je meurs d'ennui et je me dis qu'au moins, j'aurai l'occasion de voir le Dalai-Lama en traversant la salle. En marchant calmement et respectueusement (vous savez, cette démarche qui nous donne l'air d'un enfant puni qui va au coin, ou d'un chien qui se serait pris un coup de bâton), je fais un travelling sur le vieil homme assis en tailleur devant son micro.

Je sors du temple. Dans la cour, une nouvelle foule est réunie, écoutant le discours par haut-parleur. Le public de seconde classe. Ceux arrivés trop tard. Je récupère mes affaires et sort dans la rue, enfin libre. Je pourrais dire que j'ai vu l'homme, mais ça s'arrête la. Pas d'illumination, pas de joie, pas vraiment d'excitation, et beaucoup d'ennui. Je retenterais l'expérience quand il se décidera a écrire un one-man-show.

Par Jullian - Publié dans : INDE
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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /Déc /2008 17:18
Grosse journée d'écriture. Ça coule bien. Je suis content de moi. Sarah et Yael partent en promenade pendant ce temps. Une grosse fiesta se faire entendre a coté de l'hôtel. Je vais y faire un tour. L'entrée est gardée par quelques gamins d'environ 10 ans, armés de petits bouts de bois. Ils font la sélection a la grille : peau blanche, tu passes ; indien, tibétain, tu vas voir ailleurs. Quand ça râle ou insiste, ils jouent du bâton. Je les vois même repousser des moines bouddhistes avec leur bâton, leur donnant quelques coups en leur gueulant de se casser. A l'intérieur comme dans le village, la foule est israélienne. Le DJ est caché dans le fond du jardin, derrière une foret de bras qui gesticulent. Il est 16h, mais on se croirait a l'apothéose d'une rave party. Certains ont du s'aider chimiquement ou autrement aussi. Parce qu'il y en a a moitié a poils, tournant comme a bout de force, des cris de plaisir s'envolent de toutes parts, sourires extatiques, mouvements gracieux et arabesques, la transe de quelques spécimens dans leur bulle. Je suis pas dans l'ambiance, je retourne a mes petites affaires.


En "ville", certains commencent deja a me fêter la bonne année (hoshashana), qui est pour demain. On m'a déja dit que je pourrais être israélien, de par mon physique, mais je trouve tout de même étrange que des inconnus me parlent directement en hébreu, comme ca. Ca m'arrive régulièrement d'être interpellé en hébreu, pour telle ou telle raison. En Israel, bien sur, ca me dérangerait pas, mais en Inde ! Certains doivent vraiment penser que Bhagsu est un territoire annexé, une colonie israélienne. Et c'est vrai que ca y ressemble. Les noms des restaurants c'est plus "Little Haifa" que "Little Delhi" ou "Little Tibet". Les panneaux et menus en hébreux sont mis en avant, il est quasi impossible de trouver un clavier d'ordinateur qui ne soit pas en caractères hébreux, la musique qui passe est aussi souvent israélienne.


Nouvelle journée. Avec Sarah, on se rend a McLeod Ganj, ou l'ambiance est plus tibétaine, et la foule cosmopolite. On fait du shopping dans les magasins de fringues, je cherche en vain un bouquin potable dans les quelques librairies du coin (toujours les mêmes merdes qui reviennent ; des étagères complètes de John Grisham, de Michael Crichton, de Ruth Rendell, et des tas d'autres avec les mêmes couvertures tape-a-l'oeil ; et puis Paulo Coelho, encore et toujours lui - combien de fois je suis tombé sur des voyageurs qui ne lisent jamais mais ont lu "L'Alchimiste" et ont A-DO-RE ! ), et on va s'inscrire dans une espèce de poste de police pour les leçons du Dalai-Lama, qui commencent demain pour cinq jours. Photocopie du passeport, des papelards et questionnaires a remplir, des photos d'identité, le prénom de jeune fille de mon arrière grand-mère maternelle, un échantillon d'urine, un test de Rorschach et une inscription obligatoire au PS...Du classique.

Une mendiante qui me montre son bébé me demande de lui acheter du lait. Une fois n'est pas coutume, j'accepte de la suivre dans un magasin pour m'acheter un bon karma. Elle s'empare d'un gros paquet de lait (c'est pas des briques ici) : 250 roupies ! (je rappelle que mon hôtel par exemple c'est 80 Rs) Oh la, mémère, on va se calmer, prend le petit paquet : 120 roupies ! Putain de merde, je me suis fait rouler dans la farine. On m'y prendra pas deux fois. Plus tard, je vois des familles entières traîner sur le trottoir. Je les observe, assis en face. On dirait qu'ils travaillent en équipe, chacun son tour. "C'est a toi. Prends le bébé et va mendier". Le gosse est encore une fois l'outil principal, l'arme imparable. Apparemment , le truc est qu'il s'arrangent avec le magasin, on achète un truc au prix fort (le prix est marqué dessus pourtant, mais quand on est naïf...), puis ils reviennent au magasin et partagent le bénef. Futé !


Je commence a avoir pas mal de fièvre alors je passe encore mon tour sur la soirée de Hoshashana. Le soir, le village est mort, totalement déserté.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /Déc /2008 08:37
Je me lève tard et mange le kiddush de midi avec Sarah. Même bouffe traditionnelle : tahini, pain, salade... Dans l'après-midi, on fait la connaissance de deux russes, un couple je crois. On discute un peu. Ils ont quelque chose de bizarre mais sont sympas. L'un dit être organisateur d'évènements et l'autre décorateur. En tous cas, ils ont l'air assez riches. Ils nous offrent des gâteaux du coin, puis nous invitent dans leur chambre pour prendre un thé, et aussitôt se mettent a rouler un pétard, puis un deuxième. Sarah ne fume déjà pas autrement alors encore moins aujourd'hui, et c'est tant mieux pour elle, car au moins elle garde les idées claires, contrairement a moi.

Je suis bien décalqué, et ça me prend longtemps pour réaliser qu'il y a un truc qui tourne pas rond dans cette pièce, que les russes sont plus que déplaisants. C'était pas visible de suite, parce qu'ils ont une façon particulièrement sournoise de se foutre de nous, pas évidente a distinguer au début, mais de plus en plus au fur et mesure qu'ils tirent sur le pétard. Ils rient entre eux comme des débiles, parlent toujours avec un sourire en coin et des yeux malins. Sarah capte le manège et se rebiffe, car elle est leur cible depuis le début. La mâchoire serrée et le regard solidement fixe sur eux, elle leur sort :
"Vous savez, en Israel, je m'occupe d'enfants, et y'en a pas mal d'origine russe. Et ben, c'est les plus difficiles, les plus insolents, les plus violents. Ils s'intègrent pas et font que des conneries.
- Ouais, nous les russes, on est des mechaaaaannts...On bosse avec la mafia, on est violent. On est vraiment un peuple mauvais", répondent-ils en rigolant comme des diables.

Ils attaquent encore Sarah, pas frontalement, mais avec une ironie qui ne dit pas son nom. Elle se défend très bien. Moi, entre temps, les choses dégénérant sur ce ton mesquin, je suis revenu a la surface et réalise que ces mecs sont des ordures. Malgré tout, je suis trop défoncé pour pouvoir participer a cette guéguerre d'esprits. Alors je lance un plan d'évasion en annonçant que je vais prendre l'air et aller dormir, en faisant signe a Sarah de suivre le mouvement, ce que je n'avais pas besoin de lui préciser. On s'échange tous des saluts et des remerciements sur le même ton insincère.

Quand on se retrouve de nouveau seuls, on se regarde bouche bée, comme si on venait de se sortir d'une catastrophe. Difficile a décrire, surtout vu l'état dans lequel j'étais, mais ces mecs nous ont semblé après coup comme le mal incarné, leurs regards jetant des flammes de mépris amusé. Je crois qu'ils ont voulu s'amuser avec nous comme avec des cobayes, nous amadouant avec gâteaux, thé...avant de passer a l'attaque. De purs pervers. Pendant deux jours, ils me relancent pour des pétards ou autre mais je reste distant (difficile de les éviter, ils ont la chambre en face). Quant a Sarah, je crois qu'ils ont compris que c'était pas la peine de lui adresser la parole.

Sarah repart une nouvelle fois a la maison juive pour prier (elle y a déjà passé une bonne partie de la matinée), alors que de mon coté, je me rends sur internet pour essayer de me tenir éveillé. Je suis de nouveau invité par Sarah et Yael, notre voisine de palier, a les accompagner pour la fin du shabbat, mais autant j'aime les prières et les chants, j'ai pas envie de me retrouver comme un couillon au milieu d'une centaine d'hébreux incompréhensibles. Je passe mon tour et préfère bouquiner du Henry Miller.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /Nov /2008 16:34
Plus tard, avec Sarah, on fait les courses spécial shabbat pour bouffer le lendemain. Sarah est pratiquante et suit a fond tous ces rites religieux. Elle transige pas avec ça et applique toutes les règles, même certaines que d'autres israéliens ont jamais entendu parler ("Ah bon! On peut pas faire ça pendant le shabbat ?!"). On achète donc du pain, du tahini (pâte de sésame qu'on mélange avec de l'eau, du citron, de l'ail et du sel, et qu'on étale sur le pain - pas mauvais), des légumes, de l'eau, des biscuits. On fait ça maintenant parce qu'a partir du coucher de soleil ce vendredi soir jusqu'au samedi soir, si l'on pratique le shabbat, on ne peut rien acheter, on ne peut pas se ballader avec de l'argent sur soi (ni quoi que ce soit d'ailleurs, hormis ses vêtements). On peut pas allumer le gaz non plus, ni l'électricité, ni même une bougie, rien. Ce qui fait que le repas traditionnel est un plat qui est mis sur le feu la veille et cuit comme ça jusqu'au lendemain, sans qu'on ait besoin de toucher au feu. Dans cette même logique tordue, un juif pratiquant ne peut allumer ou éteindre la lumière, ni même demander a quelqu'un d'autre de le faire, mais si, par un heureux hasard, un goy comme moi passe par la et, voyant par exemple que Sarah traîne dans le noir, et que j'allume la lumière, y'a pas de souci (ou on peut utiliser des minuteries). On pourrait aussi aller au restaurant, si c'est moi qui paie, ou cuisiner, si je suis celui qui est aux fourneaux. Mais normalement, pendant le shabbat, les seules occupations sont la bouffe en famille, bouquiner, penser, dormir, prier et c'est tout. Ou faire l'amour, qui est une double mitzvah (double bonne action) parce que procréation et réjouissance du shabbat. "Salut poupée. Ça te dirait une petite mitzvah comme ça, pour faire plaisir a Dieu, vite fait, la." Pas de télé, pas d'ordi, pas de musique, pas de voiture (ni même aucun transport), on ne doit rien porter non plus (du genre un sac sur le dos), et j'en oublie. Après, chacun applique plus ou moins strictement les règles. Sarah, elle, fait tout comme il faut.

Elle m'a invit
é a venir avec elle a la "Maison Juive" ce soir même, pour les prières et le kiddush (bénédiction de la bouffe et repas) du vendredi soir. On se rend donc avant 18h dans une maison a flanc de colline. On est plus ou moins les premiers arrivés. Avec le couple qui gère l'endroit et quelques autres, on prépare la salle, étale des matelas par terre et des tables dans un coin de la pièce...Les gens arrivent petit a petit, se donnent du "shabbat shalom" chaleureux, se font des bises, discutent en hébreu. Je me sens un peu mal a l'aise, comme un intrus, un espion. Même si rien ne laisse penser que je sois considéré comme tel. Je réponds a mon tour "shabbat shalom" comme il faut, et si on commence a me parler hébreu, j'explique mon cas sur le ton du gamin qu'aurait pas fait son devoir de math, ou fait des blagues vaseuses sur le thème du "je suis un espion". Et on me répond en général : "Pas de problème. Tu es le bienvenue".

La pièce est bientôt pleine de jeunes israéliens, tous plus beaux les uns que les autres. Je les ai toujours trouv
é plus beaux que la moyenne, ça doit être le métissage, toute cette mixité. Le moment venu, on s'installe sur les matelas, et autour car il n'y a pas assez de place dans le grand salon de la baraque. La pièce est divisée en deux : femmes et hommes d'un coté, séparés par une petite cloison improvisée. Les hommes piochent une kippa (petit chapeau plat juif) dans un panier et se la mette sur la tête. Un mec religieux sans aucun doute, d'après sa dégaine, sa longue barbe et ses péotes (sortes de tresses près des oreilles), distribue des photocopies avec des prières en hébreu dessus. Je lui dis : "Desolé, mais je parle pas hébreu - Ah...". Pendant une seconde, il semble se demander ce que je fout la, puis il continue sa distribution. A ma gauche, un mec sort pour me rassurer : "Moi non plus je parle pas hébreu, et je comprend rien a ce qui est écrit la-dessus". C'est un juif de Californie, une sorte de caricature de petit juif américain comme on en voit dans les sitcoms comiques : petit, rond, chauve, avec des lunettes et un air de "loser" sympathique.

Les copies distribu
ées, ce meme type se met debout dans un coin, dans une direction bien précise on dirait. Le silence se fait et, livre a la main, il commence a ânonner des prières, tout en basculant son corps d'avant en arrière, et bougeant la tête de droite a gauche. Comme s'il cherchait a entrer en trans. L'assemblée lui répond de temps a autre. Tout le monde est plus ou moins absorbé dans ces prières, alors que la pièce se remplit encore, quelques "shalom" discrets, des kippas qui passent de main en main, et les cuisiniers indiens qui s'affairent et discutent l'air de rien. Ça dure un bon moment comme ça. Puis celui qui fait office de rabbin (c'en est pas un - encore - mais c'est tout comme) fait son apparition. Je suis pas sur que ce retard soit programmé, mais plutôt qu'il s'occupait de ses gamins en bas-age, dont on entend les pleurs de temps a autre. Il s'arrête, tout sourire, a l'endroit surélevé de la pièce, et adresse a tous un petit discours de bienvenue chaleureux. Il s'assoit au centre, du coté masculin, juste en face de moi. On fait tourner des livres de prières sorties d'un panier qui en est plein. Encore une fois, je passe mon tour. J'ai pas envie de prétendre être ce que je ne suis pas. La foule est encore plus nombreuse. On doit bien être une centaine maintenant. Je me tiens tranquille, en tailleur, fasciné par tout ce qui se passe, observant discrètement. J'ai l'impression d'être rentré dans un cercle secret, une secte mystérieuse ou une confrérie select. C'est drôlement excitant d'assister a tout ça.

Le "rabbin" entonne la première phrase d'un chant, bientôt suivi par toute l'assemblée. C'est un vieux chant que tous connaissent. J'apprends par la suite, pendant le kiddush, qu'il y a des tas de chants comme ça, dont ils connaissent les paroles, mais qui sont chant
és différemment selon les traditions. Ça peut être austère, comme Sarah en a l'habitude, mais ici ça ressemble plus a un chant de hippies joyeux, un shabbat a la sauce Devendra Banhart. Ils chantent sans retenue, avec tout leur coeur, sur un rythme entraînant. Certains ont des sourires extatiques, ou plus simplement joyeux aux lèvres. Le "rabbin" secoue la tête un peu a la manière d'un Stevie Wonder et se retourne les yeux pour ne laisser apparaître que le blanc. Plusieurs chants s'enchaînent ainsi, pendant près d'une heure. Je m'en lasse pas, je me sens bien, heureux. Ils chantent avec tellement de ferveur et de chaleur. C'est tres communicatif et je suis a deux doigts de m'y mettre. Mais j'ai pas envie de baragouiner n'importe quoi et encore une fois, de prétendre. L'américain a coté de moi est moins embarrassé, chantant approximativement les passages qui reviennent souvent, avec la voix la plus fausse qu'il m'ait été donné d'entendre. Vraiment un massacre. Et avec ça, il tape dans ses mains comme un furieux, et a coté du tempo naturellement. J'en ai les tympans qui vibrent douloureusement tellement il y va. A part lui, ça chante franchement bien. Certains improvisent meme des canons, des choeurs, des échos et contrepoints. C'est impressionnant, enivrant.

Un bon paquet de nouveaux arrivants se pointent sur la fin, ayant sans doute calcul
é leur coup de façon a éviter les prières et passer direct a la bouffe. Pour moi, c'est plutôt le calcul inverse qui m'aurait convenu. Pendant les prières et les chants, j'étais comme dans un cocon, anonyme dans le groupe. Quand vient le moment du kiddush, je me sens de nouveau comme un intrus. Les matelas sont poussés et de nouvelles longues tables disposées. On s'installe et c'est immédiatement un brouhaha de discussions, de rires, et de plats qui passent entre les gens. Naturellement tout se dit en hébreu et je suis complètement paumé. Sarah est un peu trop loin, a deux-trois places a gauche, de l'autre coté de la table. Elle m'envoie bien quelques bouées mais l'hébreu est trop omniprésent pour que ce soit efficace.

Avant d'attaquer la bouffe, le "rabbin" se fend d'un speech, une sorte de serment qu'il nous sert tout illumin
é. Je sais pas de quoi il parle, des petites histoires de tous les jours apparemment, qui aurait un lien avec ce qui nous réunit, avec la religion ou la morale. En tous cas, il fait rire tout le monde, comme dans un stand-up comedy. Après le show, il s'installe a son tour et commence le rite, récitant le kiddush, buvant le vin dans une coupe pour bénir le repas, passe la coupe a coté, qui est goutée et passée encore, et enfin rompt le pain, s'en garde un bout et le fait passer. Sur toutes les tables alors, on fait la meme chose, et on peu commencer a manger. Pain, tahini, salades et humus. L'ambiance est extrêmement conviviale, comme si c'était une grande famille, comme s'ils se connaissaient tous. Le repas est léger et bientôt terminé. Je n'ai plus que des discussions en hébreu a me mettre sous la dent, et avec ce sentiment de ne pas être a ma place qui ne me quitte pas, je n'arrive pas a m'imposer et lancer des conversations en anglais avec les inconnus qui m'entourent.

Un peu plus tard, le "rabbin" nous refait un nouveau sketch hilarant, et tout le monde se lève ensuite. On débarrasse, on fait la vaisselle, on discute, on se barre. Des petits groupes se forment. Sarah, investie comme elle est, est toujours au four et au moulin, aidant ici ou la. Je sors fumer une clope dehors pour me détendre. Une nana m'aborde et, me croyant sur le départ, me demande si mon hôtel est dans tel coin. Je dis que oui alors elle demande si je veux pas la raccompagner. Elle a pas l'air rassurée par le trajet dans le noir. Sarah est en pleine discussion avec la femme du "rabbin" alors j'accepte, ça passera le temps. Un bon quart d'heure de marche, discussion agréable. Je la laisse a son hôtel et entreprend de remonter la-haut, pour prévenir Sarah que je me casse et vais me coucher. Je passe par le raccourci qu'on avait pris de jour. Mais de nuit, sans lumière, c'est une autre histoire, et je termine les pieds dans une rivière boueuse. Mes belles chaussettes en laine arc-en-ciel sont maintenant marrons et dégoulinantes. Super, c'est bien mon genre, ça ! J'ose pas rentrer dans le salon avec mes panards boueux et attends a l'entrée une clope a la bouche. Sarah, passionnée par sa discussion, met un p'tit moment avant de me remarquer. Comment se sentir con en dix leçons...Je suis crevé. 41h que je suis debout. J'ai mérité une bonne nuit de sommeil.

Par Jullian - Publié dans : INDE
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Samedi 15 novembre 2008 6 15 /11 /Nov /2008 10:47
A 13h, Sarah et moi prenons un bus pour Rekong-Peo. On se rend ensemble près de Darhamsala, dans le nord-ouest de l'Himachal Pradesh. La route est saccagée par les écroulements et l'on fait de nombreux slaloms entre les pierres échouées sur le bitume. Assis tout a l'avant, coté précipice, on peut apprécier l'aspect manège a sensation du trajet rythmé par de nombreux "Oooooh!", "Aaaaaah!" et autres "Putain de merde!". On arrive a destination a la tombée de la nuit et nous trouvons une chambre.

Réveil difficile a 5h30. On prend un bus pour Rampur. Le bus est assez luxueux dans son genre,avec des sièges confortables et large (et une seule personne par place), et même des ventilos. Première fois que je vois ça. La route prise a l'aller est fermée alors on passe par une route habituellement réservée aux véhicules qui vont et viennent de la centrale hydro-electrique. La route est etroite et congestionn
ée. On avance très lentement.

On arrive vers midi et tentons de trouver des informations pour savoir comment rejoindre Darhamsala. Naturellement, y'a autant de versions différentes que de personnes interrogées. Y'a un bus, y'a pas de bus, les routes sont bloquées, mais non elles le sont pas, y'a un nouvel itinéraire, c'est possible seulement en jeep, mais y'a pas de jeep...On est pas tellement aid
é. En recoupant tout ça, on finit par croire qu'il y a un bus a 16h qui prend une route inhabituelle. On casse la croûte puis passons le temps sur internet, et dans les allées du bazar a faire du shopping.

De retour a la station de bus, j'aperçois une silhouette familière...Omrie ! On s'assied ensemble pour un thé en attendant le bus (il prend le même que nous). Sarah et lui se connaissent déjà. Sarah est sortie avec son grand frère ! Le monde est décidément petit, surtout quand on est israélien ! On se trouve une petite place dans le bus, plein comme un oeuf. Le voyage est long. Très long. Et très secou
é. Exténuée, Sarah me dort dessus. Omrie somnole, la tête bringuebalée au rythme des a-coups du bus, qui se vide de ses passagers au fur et a mesure que les heures passent. Omrie finit par s'étaler sur la banquette arrière, malade et nauséeux. Moi, j'ai dépassé le stade ou la fatigue est telle que le sommeil est impossible. J'ai les yeux grands ouverts et l'impression d'être un père qui veille sur ses deux enfants, mis KO par le trajet. Arrêt nocturne au milieu de nulle-part. Sarah mange un thali devant les yeux ahuris d'Omrie, qui vient de vomir tout ce qu'il a dans le ventre. Il trouve malgré tout l'énergie de se dégoter du shit dans ce trou paumé. Encore quelques heures dans le bus quasi vide.

On arrive a Mandi a 1h du mat'. Mes jambes, écrasée sous le poids de Sarah (pourtant poids plume), s'étonnent d'être encore en état de marche, et remercient le seigneur de pouvoir se reposer un peu. On se pose sous un porche avec une trentaine d'indiens qui traînent et dorment la, attendant également un bus a cette heure impossible. Le spectacle est pas r
éjouissant, dans cette gare triste et glauque a souhait. Des familles entières dorment les uns sur les autres, au milieu des sacs et de cartons immenses, et le cul dans la poussière. Certains ont l'air franchement malades, d'autres franchement désoeuvrés. Des enfants traînent en haillons, abrutis de sommeil, ou pleurant de fatigue. Des clodos en forme de vieux sacs abandonnés dorment contre les murs. L'un d'entre eux interrompt le concert de toux grasses en se réveillant et gueulant je ne sais quoi a l'assemblée, qui l'ignore totalement. Seul un petit groupe de quatre sikhs tranche dans ce tableau désolant. Habillés impeccablement comme des sadhus élégants, ils se tiennent en tailleur, un léger sourire aux lèvres, avec une dignité sans faille. Les gens qui arrivent leur montrent des marques de respect qu'ils acceptent tranquillement. Omrie, dans un état assez lamentable, est le premier a partir, au bout d'une bonne demi heure. Il se rend a Kasol, dans la region de Kullu, haut-lieu de la culture du hash (et de sa consommation), du tourisme israélien, et accessoirement bel endroit pour faire des ballades en montagne.

Après une heure et demi d'attente, on se retrouve a courir après notre bus, arriv
é en toute discrétion et hors de notre vue, avec plus d'une demi heure d'avance sur l'horaire qu'on avait du mal comprendre. Seule une chanceuse envie de pisser me fait le remarquer, sinon on était bon pour dormir la avec les clodos et les chiens errants. Bus pour Barampur. Nouvelle attente la-bas. Bus pour Darhamsala, et attente, encore, toujours. Il fait bien jour a présent. On se fait coller par une mendiante alors qu'on sirote un thé. Elle est très insistante et je perds mes nerfs. Je l'envoie chier comme une malpropre, ce pour quoi je m'en veux aussitôt. Peut-être un peu de fatigue, quand même.

Nouveau bus pour McLeod Ganj, ville du Dalai-Lama. J'ai un peu l'impression d'arriver a Disneyland. Y'a plein de monde, des tas de touristes venus des quatre coins du monde, chaque maison est une boutique, un restaurant, un hôtel, ou les trois a la fois. On fait un petit tour dans ces rues avant de prendre un auto-rickshaw pour Baghsu, petit village un peu plus haut. Shlomi, qui y était venu il y a quelques années, nous en avait parl
é avec des étoiles dans les yeux comme d'un petit village tranquille et beau. On savait que ça avait du bien changé depuis, et c'est clair qu'ils y sont pas allé avec le dos de la cuillère, question développement. Ça déborde d'hôtels et de restaurants dans tous les coins. En périphérie du "village", se trouvent d'immenses complexes hôteliers en béton, ciblant la clientèle domestique, essentiellement, sinon exclusivement, des punjabis plutôt riches. Le reste est parsemé de guest-houses, restaurants, boutiques et lieux de méditations en tous genres, qui ciblent eux clairement leur clientèle presqu'entierement israélienne.

Après un peu de recherches, on se trouve un petit hôtel peinard, pas cher (100 Rs), avec une belle vue et un peu a l'écart du bordel ambiant. Ça fait a peu près 30 heures qu'on a pass
é sur les routes. Sarah fait une sieste. Moi, toujours sans sommeil, je me rends sur internet après une douche un et bon petit-déjeuner.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Samedi 15 novembre 2008 6 15 /11 /Nov /2008 10:16
Je me réveille a 6h avec une gueule de bois phénoménale. C'est dans un état pitoyable que je dis au revoir a Muriel et Ping-Huay, qui s'en vont pour Kalpa. Je végète avec les autres sur la terrasse, emmitouflés dans des couvertures pour combattre le froid. Keren et Shlomi sont aussi décidés a partir mais veulent rester avec moi une journée de plus (si c'est pas adorable, ça !). Et puis, y'a aussi sûrement que ça leur fait bizarre de quitter Nako.


La journée se déroule donc tranquillement alors que j'émerge de mon état comateux. Je fais une sieste alors que Shlomi, Keren et Sarah se rendent a moto sur les lieux de l'éboulement, en direction de Tabo. Les militaires leur apprennent qu'il faudra une a deux semaines pour tout déblayer entre ici et Manali, et que les cols sont toujours couverts de neige. On s'en va donc tous demain, vaincu par les éléments. Shlomi verra toujours pas le Spiti, qu'il s'était jur
é de visiter. Il est bon pour un futur troisième voyage dans le coin.

On passe une dernière bonne soirée ensemble, éclairés a la bougie. J'apprends a mieux connaître Sarah. Elle a fini des études en biologie marine, fait de la plongée et de la voile a un bon niveau, et comme Keren s'occupe d'enfants a problème qu'elle emmène en bateau. Elle va rester un mois en Inde avant de retourner a ses bateaux et son petit village en Israel.


8h30 : Keren et Shlomi mettent les voiles. Le temps est superbe, idéal pour faire de la moto. La séparation est émouvante, mais on sort pas les mouchoirs non plus. Je suis invit
é en Israel, et c'est pas une invitation en l'air comme on en lance souvent en voyage. Peut-être a la fin de mon voyage, sur le chemin du retour...Ce serait bien.


Avec Sarah, on va manger chez Singh notre dernier shakshuka, puis allons nous promener dans les montagnes. Je regarde Nako de la-haut, avec tendresse et mélancolie. J'aurais été heureux ici, pendant cette semaine. Mais je ne m'imagine pas y rester maintenant que tous mes compagnons sont partis et que d'autres inconnus arrivent. Trop charg
és de souvenirs.


Par Jullian - Publié dans : INDE
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Dimanche 9 novembre 2008 7 09 /11 /Nov /2008 11:46

Je quitte la place des festivités et m'en vais faire un tour dans le village et autour du temple. Les adultes étant tous occup
és, le village est laissé aux mains des enfants, traînant en groupe mixtes dans les allées.


Mon passage les excite et les attire inévitablement. Toujours ils veulent être pris en photo, faisant des poses sérieuses ou rigolotes, faisant les fous ou se tenant en arrière, selon les caractères. J'en surprend d'autres en pleine bagarre enfantine, se provoquant avec des baffes, et jouant les Bruce Lee des bacs a sable.



Lundi 22. C'est le jour des noces. Les festivités sont pour ce soir et le village est en ébullition. D'autre part, des nouvelles arrivent du front. Pour ce qui est de la Spiti Valley, au nord, ça s'annonce définitivement mal. La route, déjà dangereuse en temps normal, est dans un état pitoyable. Les blocages
se comptent par dizaines, et certains cols sont infranchissables, couverts de neige. Shlomi comme moi gardons un mince espoir, détestant l'un comme l'autre faire demi-tour, mais on doit admettre la réalité et commençons a faire notre deuil. Ping-Huay s'est déjà décidée. Demain, en compagnie de Muriel, elle retournera sur ses pas. Car la route vers l'ouest est parait-il dégagée et praticable a présent. Le couple d'israéliens en jeep et la française sont d'ailleurs parti en lousdé ce matin.

Ping-Huay change ses plans et part au Rajasthan. Muriel poursuit sa route pour se rendre a Rishikesh, ville sainte sur les rives du Gange, ville touristique réputée pour ses innombrables ashrams ou se pressent une foule internationale d'amateurs de yoga (dont les Beatles a leur époque, pour vous situer). Pour confirmer la nouvelle situation et la fin de notre isolement, huit nouvelles têtes arrivent en fin de journée, alors que la nuit tombe déjà. Tous israéliens. Shlomi et Keren reconnaissent l'une d'entre elles, Sarah, avec qui ils ont été coinc
és (déjà !) a Chitkul pendant deux-trois jours (avec la fameuse Gal aussi). On l'emmène a notre guest-house, et elle passe la soirée avec nous au mariage.


On commence la soirée près du feu, a se réchauffer comme on peut parmi les villageois qui cuisinent et ceux qui mangent. D'immenses chaudrons remplis de soupes et autres mixtures fument autour de nous. L'ambiance est paisible et chaleureuse.


L'essentiel du travail a été fait et la plupart des villageois sont plus loin, réunis autour des maries. La cérémonie, située sous une énorme bâtisse sur pilotis, bat déjà son plein. Peut-être 200 personnes se tiennent assis la, autour des jeunes mari
és et de leurs parents, habillés pour l'occasion et couverts de billets.


Ils se tiennent immobiles, têtes baissées, depuis je ne sais pas combien de temps, mais ils ont l'air de commencer a trouver le temps long. Et c'est loin d'être fini. Un mec braille dans un micro comme un animateur de supermarché. Apparemment, entre autres, il énumère la longue liste de dons et cadeaux offerts par les invit
és. T'a pas intérêt a faire ton radin, parce que sinon t'es grillé devant tout le village.


Certains passent entre les rangs pour offrir du thé (dans des tasses) ou du "whisky" tibétain (a boire dans la paume de la main). Ça donne un bon coup de fouet, et je commence a y prendre goût. D'autres ont déjà du tomber dans la marmite, marchant plus très droit et venant nous coller et baragouiner des choses pas très claires. La cérémonie des dons durent drôlement longtemps. Quelques vieux piquent du nez, les autres prennent leur mal en patience, souvent hébétés.


Moi aussi, j'ai besoin d'un peu d'action et je suis de bonne humeur, alors je me colle avec des vieilles tibétaines rigolotes qui sont chargées de distribuer l'alcool. Elles sont toutes a moiti
é saoules et prennent un malin plaisir a remplir mon verre sans arrêt. Ça fait quelque chose comme trois mois que j'ai pas bu une goutte d'alcool, alors l'effet se fait vite sentir, surtout a cette altitude. Je range mon appareil pour profiter de la fete.


Un peu plus tard, la réception prend une autre tournure. Tout le monde se lève, et un groupe en tenues traditionnelles se lance dans une danse folklorique, qui, comme d'hab', ressemble a n'importe quelle danse folklorique. Bretons, kurdes, az
éris ou tibétains : même combat. Ils sont accompagnés par les musiciens, et bientôt par une bonne partie du public. Naturellement, bourré et euphorique, je suis pas le dernier a danser, et on s'amuse bien a gesticuler gaiement au sein de la ronde qui s'est constituée. Après ça, je me souviens pas grand-chose, si ce n'est que le coup de massue ne tarde pas a me tomber dessus. Guidé par Shlomi, je rentre comme je peux a l'hôtel, me couvrant de boue au passage grâce a quelques pas mal assurés.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 18:00

Shlomi et sa bien-aim
ée Keren sont vraiment des êtres exceptionnels. Ils ne se sont connus qu'un mois avant leur voyage en Inde. Le frère de Shlomi a joué les intermédiaires entre les deux, leur disant depuis longtemps déjà qu'ils devraient se rencontrer. Keren et le frère travaillent ensemble. Elle s'occupe de jeunes en difficultés, difficiles. Certains sortent de prison ou y sont encore. Pour des raisons qui la concerne, elle s'en tenait a un célibat pur et dur depuis 8 ans. De son coté, Shlomi aussi était un célibataire forcené, de par son besoin de mouvement, de changement. Sans cesse sur les routes, et changeant souvent de boulots...Le frère a insisté pendant longtemps, pour les convaincre de se plier aux règles de ce rendez-vous arrangé, persuadé que quelque chose était possible entre les deux (ça se fait pas mal apparemment, ce genre de rencontre arrangée, en Israel).

Finalement, la rencontre a eu lieu. Keren raconte que quand Shlomi est venu la chercher chez elle, elle est sorti de la maison, lui de sa voiture, ils se sont vus, et instantanément, l'un comme l'autre ont affich
é un grand sourire, comme s'ils se reconnaissaient. Le coup de foudre, quoi ! Ce n'est donc pas un mythe. Le bonheur immédiat. Ils ne se quittent plus. Shlomi est emmerdé, car il avait un voyage en Inde de prévu, et maintenant il ne sait plus quoi faire. Il veut pas la laisser, mais pas non plus faire une croix sur le voyage, qu'il attends depuis longtemps. Il avait déjà sillonné les routes d'Himachal Pradesh il y a quelques années, mais n'avait pas pu tout voir. Il veut finir ce qu'il avait commencé et voir enfin la Spiti Valley, la ou moi comme eux voulons nous rendre a présent, la ou c'est le bordel sur les routes, la ou c'est inaccessible. Keren lui dit de pas s'en faire, de faire son voyage, qu'ils se retrouveront ensuite. L'évidence de leur amour est telle qu'elle ne ressent pas de peur a l'idée de cette séparation. De la tristesse sûrement, mais pas d'appréhension. Shlomi lui demande si elle voudrait pas l'accompagner plutôt. Euh...Bien sur ! Et la voila qui en peu de temps se retrouve en Inde, a moto sur les routes du Nord, accrochée a son homme.


C'est impossible a traduire en mots et invisible sur les photos (j'ai pas fait des merveilles sur ce plan la avec eux, malheureusement), mais tous deux rayonnent, nous illuminent comme deux soleils. Je passe beaucoup de temps avec Keren, dont la simple présence me change, me couvre de bonheur, d'espoir, de belles promesses, de bonne humeur. C'est bien simple, cette nana est un coeur sur patte, dispersant son amour aux quatre vents comme les fanions multicolores des tibétains dispersent les prières. C'est ma grande soeur, ma petite maman, mon ange protecteur, mon cocon, mon havre de paix. Tout comme Shlomi serait un grand-frère, un modèle, un moteur, un homme de bien qui enveloppe et traîne tout le monde dans son sillage, nous nourrissant de son énergie débordante, de la fraîcheur de son esprit, et de son inaltérable positivité. J'aimerais les garder tous deux avec moi, mes deux anges gardiens.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 14:04

Dans le village, les préparatifs pour le mariage du lendemain battent leur plein. Tous les villageois sont impliqu
és. On installe les décorations, prépare le terrain ou ça va se passer, commence a cuisiner déjà quelques trucs.


Des musiciens sont présents, tambourinant et accentuant l'ambiance déjà festive des préparatifs. Tout le monde est souriant, le temps est clément et même le soleil vient jeter un coup d'oeil. Aucun stress, pas de voix plus haute qu'une autre, chacun semble savoir ce qu'il a a faire. Tout le monde se rend utile sans qu'aucun ordre ne soit donn
é, tout s'enchaîne comme dans une chorégraphie complexe.


Un groupe d'hommes épluchent les légumes, un groupe de femmes fait frire de la pâte pour en faire des amuse-gueules, d'autres s'occupent du riz, de la soupe, de la vaisselle...Et certains naviguent, donnant des coups de mains deci delà.


Avec Keren et Muriel, on se pose au milieu de ce manège, fascin
és, les yeux écarquillés et le sourire aux lèvres. Ping-Huay, comme souvent, vadrouille en solitaire dans les environs, sans doute partie voir les femmes chargées des amuse-gueules, discutant, questionnant, prenant des photos, et grappillant quelques morceaux au passage (elle en est friande). Shlomi est dans le village avec son ami tibétain, frère du marié, aidant sans doute d'une manière ou d'une autre.Il est comme un poisson dans l'eau a Nako, heureux comme un pape. Il a une facilite déconcertante a s'intégrer avec les locaux. La barrière de la langue n'est pas un problème. Toujours souriant, déconnant, s'intéressant a ce qui se passe, il faut toujours qu'il s'occupe et n'est jamais plus a son aise qu'en compagnie de villageois, a qui il parle comme a de vieux potes, qu'il les connaisse ou pas.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /Nov /2008 14:26
La soirée se passe tranquillement, entre discussions et partie de cartes (j'arrête pas de perdre). J'en apprends toujours plus sur mes compagnons, et me réjouis de voir la complexité et la richesse des israéliens, bien plus subtiles que ceux que j'avais pu rencontrer auparavant. Leur rapport aux arabes, qu'ils ne méprisent pas, bien au contraire. Certains ont des amis arabes, Yael veut sérieusement se mettre a apprendre la langue. Tous parlent de leur besoin de paix, de contacts avec les pays voisins, avec les palestiniens. Tous semblent sincerement choqués et tristes de la situation, et de l'impossibilité pour eux de se rendre dans des pays qu'ils adoreraient visiter. Ils ne se voilent pas la face non plus, et sont conscients des erreurs et atrocités commises par l'Etat d'Israel. C'est marrant de les entendre parler politique interne, avec les élections prochaines la-bas. C'est tout pareil qu'en France, le même ras-le-bol des politiciens de tous bord, la même impuissance devant une majorité de droite qui tient les rennes...

Il faut vraiment que je m'intéresse de plus près au problème, m'informe sur la création d'Israel et tout ce qui s'en suit, parce que je suis vraiment trop ignorant, et la situation est bien trop complexe pour que je puisse dire, comme je l'ai toujours fait, que je suis pro-palestinien et radicalement contre Israel même. Je ne changerais peut-être pas d'opinion une fois bien inform
é, mais au moins elle reposera sur des bases solides.

Je suis également fascin
é par l'importance de la religion et de ses rites, pour chacun d'entre eux, qu'ils soient croyants ou pas. Appliquant a sa façon des rites comme le shabbat, laissant de coté certaines règles, en privilégiant d'autres, étant stricts ou souples...Et par exemple, le kiddush, le repas du shabbat, habituellement passé en famille, est l'occasion pour eux, en se réunissant, ou qu'ils soient, de se créer une famille de circonstance avec d'autres voyageurs. Ce lien a leur religion et leur culture est vraiment fort et fascinant a mes yeux.

On va tous se coucher. Les quatre israeliens vont retenter leur chance demain aux aurores. En souriant, je leur dis "OK, ben a demain alors", persuad
és qu'ils seront de nouveau coincés. Mais a mon réveil, j'apprends qu'ils ont trouvé une jeep a 7h, qui les emmène a Puh, a l'ouest, seule ville notable entre ici et Rekong-Peo. La route est toujours bloquée après Puh, mais ils avancent. Et les rumeurs disent que la-bas, le téléphone marcherait, et peut-être même qu'il y aurait internet...Ce qui arrangera bien Diklah pour son inscription, et évitera a Keren de choper un ulcère a cause de sa mère, car elle les a chargé de lui téléphoner. La situation s'éclaircit donc vers l'ouest, d'où je viens, mais les nouvelles venant du nord, ou je me dirige, laisse entendre que c'est le bordel complet et que c'est pas pres de s'arranger.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Samedi 1 novembre 2008 6 01 /11 /Nov /2008 09:32
Je me réveille alors qu'il neige dehors. Je prends mon petit-déjeuner sous la tente/salle-a-manger, absolument frigorifié mais aussi revigoré par le froid. Rien de tel pour te réveiller qu'un bon vent glacial. Ça, et la cuisine de Singh. Du bon chai, des corn flakes et du shakshuka (une espèce de bonne grosse omelette avec des légumes, specialité israelienne que j'ai adopté avec gourmandise). Que du local, quoi ! Et comme mon régime alimentaire joue énormément sur mon humeur, eh ben je me porte comme un charme. Même si j'ai décidé avec Muriel de quitter le navire, qui prend l'eau de partout., et de partager avec elle une chambre au sec dans la guest-house ou se trouvent les autres. Faire les survivors c'est bien, mais faudrait pas pousser non plus.

Cuisine de Singh
Les israéliens se sont levés tôt, fidèles au poste, près de l'arrêt de bus, a l'abri dans le petit restaurant, un thé a la bouche et le sac a dos a portée de main. Ils espèrent encore, interrogent tous les chauffeurs, qui leur annoncent immanquablement que la route est fermée a tant de kilomètres. Des bribes d'informations arrivent de temps a autre, depuis d'autres bleds plus au courant, et par l'intermédiaire de l'armée qui est post
ée aux glissements de terrain, en compagnie d'une bande de tibétains qui ont commencé a bosser. Les nouvelles sont pas bonnes (pour ceux qui voudraient bouger). La route est bloquée non seulement ici, mais a pleins d'autres endroits, sur tout le territoire de l'Himachal Pradesh. Partout les gens sont coincés la ou ils se trouvaient au moment ou la pluie a fait son apparition. S'ils passent un premier barrage, ils tomberont inévitablement sur un autre un peu plus loin. Les pauvres gars et nanas qui travaillent au déblayage sont encore dépourvus d'outils adéquats ou de machines. Ils bossent a la main essentiellement, trimballant pierre après pierre. Ça avance donc pas vraiment, d'autant plus que la pluie a pris la suite de la neige matinale, et que c'est encore extrêmement dangereux aux abords des routes. Des éboulements surviennent encore.


Un peu d'espoir est permis pour Omrie et les autres quand, en début d'après-midi, la pluie cesse et le ciel commence a se dégager. Le travail de déblayage va vraiment pouvoir commencer.


Ça me permet aussi de sortir l'appareil et de poursuivre mes portraits d'enfants.


Les quatre israéliens stagnent, Ping-Huay crapahute dans les montagnes, Muriel se lance dans une méditation dont j'ai oubli
é le nom, Shlomi, heureux d'être coincé, s'épanouit et passe sa journée avec des locaux dont il devient vite proche, et Keren, plombée par le mal de l'altitude dont elle souffre, récupère et fait peu d'efforts, discutant avec qui passe par la, et s'inquiétant pour sa mère a qui elle avait promis de donner des nouvelles il y a déjà plusieurs jours de ça (y'a toujours pas d'électricité et plus de téléphone). Keren est très proche de sa mère, qu'elle imagine déjà au bord de la crise de nerf, en bonne mère juive qu'elle est.


Le soleil a refait son apparition, mais il fait pas plus chaud pour autant. J'acquiers de très saillantes chaussettes en laine arc-en-ciel (avec emplacement pour le gros orteil, comme des moufles pour pieds). J'aurai du mal a les recycler en chaussettes pour aller en club, mais au moins elles tiennent chaud.
Avec les israéliens et Muriel, on se lance dans l'ascension, éreintante, de la montagne en face de nous. On se pose a mi-chemin, le souffle court, et profitons du panorama somptueux. L'arrivée de gouttes de pluie contrarie toutes velléités de poursuivre la montée. Assez de sport pour aujourd'hui.


Dans mes pérégrinations dans le village, je tombe sur cet oiseau de malheur de française. Je refuse toutes ses propositions (promenades ici ou la, thé ou bouffe a tel endroit) mais elle parvient tout de même a s'accrocher et me suivre jusqu'à notre guest-house. Assis sur la terrasse avec elle et Keren, sirotant un thé, elle nous fait honneur de sa bêtise sans nom, et refait le coup de la nana en manque de hash. Elle me demande en douce si Keren en a, avec un air de junkie en manque. Keren en a bien mais je vends pas la mèche. Mais elle se dégonfle pas et demande directement a une Keren qui ne peut faire autrement que de lui en rouler un. Mais madame n'est toujours pas satisfaite et me confie qu'elle a des vues sur leur réserve dont elle voudrait taper une partie. Keren sent le truc et annonce qu'ils en ont plus. Encore une fois, sa conversation est agaçante, ce que me confirme Keren, qui ne la sent pas non plus. On s'improvise une envie de sieste qui la pousse a se tirer de la. Je la reverrais plus et m'en porte pas plus mal.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /Oct /2008 08:03
Autre conséquence du mauvais temps : la pluie a été si intense durant la nuit que des bouts de montagne se sont écroulés sur la route aussi bien que des torrents de boue. Dans un sens comme dans l'autre, il n'est plus possible de rouler. On est prisonnier de notre petit village. Les israéliens avaient prévus de s'en aller, mais il n'y a plus de bus, plus de jeep, pas de circulation possible apparemment, et peu d'informations disponibles sur la situation. Alors ils attendent et espèrent une amélioration, un déblocage de la situation qui n'arrive jamais. Moi, ça m'arrange bien. Je m'étais déjà décidé a rester 4-5 jours dans le coin, alors je suis content qu'ils restent en ma compagnie, de gré ou de force. La pluie ne cesse pas, et il fait vraiment froid maintenant. Les quatre israéliens se sont repliés dans un petit restaurant en face de l'endroit ou les bus et jeeps arrivent. Ils ont leurs sacs avec eux et se tiennent prêt a sauter sur n'importe quel véhicule qui fait mine de s'en aller, ou sur n'importe quel autre qui arriverait et pourrait les éclairer sur ce qui se passe sur les routes.


Omrie n'aime pas particulièrement se sentir coinc
é, et il a envie de bouger et faire du trek dans une vallée plus loin. Yael est un peu pressée par le temps car son séjour n'est que de trois semaines. Et Diklah doit absolument trouver une ville avec un internet café d'ici deux jours, parce qu'elle doit s'inscrire a la fac avant telle date. Amihail, tout semble lui aller, difficile de dire ce qu'il en pense. Ils prennent donc leur mal en patience, avec fatalisme et bonne humeur. Avec Muriel et Ping-Huay, on leur tient compagnie, tentant de se réchauffer avec nos verres de thé et 36 couches de vêtements.


Je profite d'une petite accalmie pour faire un tour dans les alentours et prendre quelques photos. C'est comme si le monde autour du village avait disparu, envelopp
é dans une brume épaisse. La route qui descend dans la vallée s'évanouit vite dans cette purée de pois, et les montagnes ne sont plus visibles qu'en fin de journée, a de brefs moments.


On a change de quartier général. On est maintenant install
é dans un resto tibétain ou le poële nous réchauffe un peu. C'est le point de ralliement de tous les touristes du village. On y rencontre deux couples d'israéliens : le premier, âgé de 50-60 ans, qui voyage en jeep avec un chauffeur. Et un autre de jeunes trentenaires, Keren et Shlomi, qui voyagent a moto. Un peu plus tard, le dernier membre de notre groupe de prisonniers nous rejoint, une parisienne, adolescente de peut-être 50 ans, qui a le don de m'agacer au plus haut point. Elle est sans gêne, a des idées a la con sur a peu près tous les sujets, et parle comme une ado écervelée, se plaignant sans cesse de n'avoir rien a fumer (de hash), me demandant si j'en ai, si je sais ou en trouver...Comme je suis français, naturellement elle me colle, me parle en français, m'isolant donc de fait du reste du groupe, qui ne comprend pas ce qu'on baragouine. Je ne peux pas la sentir et passerait le reste de son séjour a Nako a essayer de l'éviter (sans non plus tomber dans la paranoïa aiguë), et repousser ses tentatives de discussions plus ou moins délicatement. Malgré tout, sa présence ne suffit pas a me gâcher mon plaisir, car d'une, je la vois peu, et deux, je maîtrise de mieux en mieux la méthode de l'anguille, le style "parle a mon cul, ma tête est malade".

Yael et Ping-Huay
On passe donc de bons moments tous ensemble, luttant contre le froid, mangeant a peu près 5 repas par jour. Soupe aux légumes "Thukpa", nouilles chinoises "Chow Mein", raviolis aux légumes "Momos" (avec qui je me suis réconcilié) sont nos classiques. Le comique duo de tibétaines qui s'affaire aux fourneaux étant aussi pétillant dans son caractère que dou
é en cuisine. Elles nous concoctent même des momos au chocolat, délices irrésistibles. Bientôt, l'électricité aussi nous lâche et l'ambiance bougie et lampe torche ajoute encore a l'atmosphère conviviale. La pluie ne se lasse pas de tomber, alors les promenades sont limitées, et les chemins de terre sont des rivières de boue. On a pas grand chose a faire a part discuter. Je fume ma première cigarette depuis que j'ai quitté Delhi. Ici, les clopes ont une longévité étonnante. L'oxygène est plus rare a cette altitude alors on peut tirer 20 mn tranquillement sur sa blonde.

Omrie, Muriel et Amihail
Muriel nous initie a l'astrologie Maya, qu'elle étudie et pratique depuis 3 ans maintenant. Le propos de cette astrologie est de révéler les différentes interactions entre les personnes, l'influence des uns sur les autres, sur le destin de chacun, et l'influence du moment (le jour, la période) sur ton humeur, tes envies, ton état d'esprit...Elle nous donne notre signe (un symbole et un numéro, 260 combinaisons si je me goure pas), une définition de notre caractère et les interactions qui existent entre nous, qui s'avèrent très justes. Moi je suis Magicien Blanc 5 (ca vous en bouche un coin, ca, hein !), et j'ai des affinités fortes avec Omrie, et encore plus fortes avec Muriel, ce qui colle bien. Elle peut même définir le signe d'un groupe entier et expliquer ainsi pourquoi on s'entend ou pas ensemble. C'est assez pertinent et ça passe le temps.

Le froid est de plus en plus intense, et ça se ressent sur ma peau, qui accuse le coup. J'ai la moiti
é du visage cramée, mon nez, mes paumettes et la zone autour des sourcils laissant penser que j'ai chopé la lèpre. Le climat se ressent sur mon visage, mais aussi a l'intérieur de la tente. Elle est froide et humide, mais une fois emmitouflé sous un tas de couvertures, ça se passe plutôt bien.
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /Oct /2008 07:02
De retour au camp. Les israéliens dorment a la guest-house juste a coté, mais ils traînent toujours au camp. On reprend nos discussions sous la tente qui fait salon/salle a manger. Le temps commence a se gâter. Le vent se lève et il commence a faire vraiment froid. On se réchauffe comme on peut en parlant et déconnant. On est bientôt rejoint par Muriel, une italienne polyglotte qui est déjà la depuis quelques jours. C'est une grande voyageuse qui rentre de temps a autre vendre des bijoux en os et autres matériaux simples en Europe, sur les plages de Grèce notamment. Elle est habillée de fringues multicolores de la tête aux pieds et est pleine d'énergie.


Je me sens tristement simple, moi le franco-français, au milieu de tout ce beau monde riche de mixités et de cultures différentes. Avec Ping-Huay, la taiwanaise qui a vécu en Allemagne et maintenant installée en Suisse. Avec ces israéliens qui ont tous des origines très dispersées : un quart uruguayen, grec, irakien, polonais, allemand, français, marocain...Et puis avec Muriel, melting-pot incarn
é, dont le père italien vit en Roumanie, la mère allemande en Italie, qui a passé son enfance en France, a vécu pas mal en Amérique Centrale (ou elle veut s'installer), et a beaucoup travaillé en Grèce. Elle parle donc parfaitement italien, français, allemand, espagnol, anglais, grec, pas mal portugais et se met au roumain. Pfff...! C'est vraiment la classe, ça !

Je me sens vraiment bien en cette compagnie. On parle de tout et de rien, du bouddhisme, du Dalai-Lama, de la méditation Vipassana (Muriel l'a faite), comme du mariage et de l'armée en Israel, ou les strings comestibles pour hommes (on parle vraiment de tout et de rien !) et autres anecdotes sympas. On se charrie déjà comme des vieux potes, l'ambiance est top. La soirée se poursuit a la bougie autour d'un repas succulent préparé par Singh, qui s'occupe de nous comme une vraie maman. Toujours serviable, souriant, de compagnie agréable, et un super cuistot capable de faire des plats indiens, tibétains, aussi bien que des plats qui satisfont nos estomacs en mal de bouffe occidentale.

Chacun rentre a sa tente ou sa chambre. A peine install
és que voila la pluie qui arrive. Un vrai déluge qui tambourine sur la tente. Faudra pas s'étonner si on se retrouve dans le lac demain matin. La pluie ne s'arrête pas de toute la nuit. Et comme j'ai passé ma journée a boire de la flotte par peur du mal d'altitude, je me retrouve a devoir me lever au beau milieu de la nuit, affronter des trombes d'eau et patauger dans la boue pour aller pisser. Mais j'ai pas a me plaindre car je suis du bon coté de la tente. De son coté, Ping-Huay se réveille dans ce qui s'apparente a une petite piscine. Toutes ses affaires pataugent dans la flotte et la moitié de son matelas est humide. Dehors, la pluie s'est calmée mais pas arrêtée pour autant. Ping-Huay se replie donc vers la guest-house ou elle met ses affaires a sécher. Muriel et moi restons irréductibles et décidons de rester, malgré les conditions qui ne cesse de se dégrader.

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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 12:43
Entre ici et Kalpa, j'ai presque fait un bond de 1000 m en altitude. On serait a 3850 m. Je suis étonné mais tout va bien. Pas de malaise. Je bois énormément d'eau, comme c'est conseillé. Mon souffle se porte bien. Le temps est magnifique, le ciel bleu azur parsemé de beaux nuages blancs.

Je vais me promener dans le petit village de Nako. Il ne ressemble a rien de ce que j'ai pu voir jusqu'à présent. Sa simple vue me remplit de bonheur. Je sais que je suis arriv
é au bon endroit. Je vais me plaire ici. Tout le village est fait de pierres, et le tout tient sans mortier ou presque (quelques maisons sont enduites d'une espèce de chaux, ou de terre). C'est les rois de l'empilage des pierres. C'est d'ailleurs, avec l'agriculture (haricots et choux surtout), et les moutons et chèvres, leur principale activité : s'occuper des pierres. Partout, tout le temps, les villageois trimballent des pierres, cassent des pierres, entassent des pierres, taillent des pierres, gravent des pierres (ils font des plaques sur lesquelles ils gravent des prières, et déposent le tout sous des mats de prières). Ils accumulent un boulot phénoménal, et on en voit le résultat : un petit village de conte de fées, avec des murets partout, le long des chemins, entre les champs, et dans les champs pour former des étages.


Les toits sont couverts de bois et de foin, et immanquablement d'un mat de priere bouddhiste le long duquel des fanions multicolores s'agitent au vent. Des prières sont inscrites sur chaque fanion. La croyance est qu'ainsi, les prières sont emportées par le vent, emmenées la ou elles sont n
écesaires, répandues avec bienveillance. Depuis les mats, partent également des guirlandes de fanions, ajoutant encore plus de couleurs au paysage.


Les ruelles sont d'étroits chemins de terre qui montent et descendent au gré du terrain accident
é. A tous les coins de rues, on trouve des roues de prières encastrées dans les murs ou attachées a des poteaux. On est censé les faire tourner pour encore une fois envoyer les prières aux quatre vents.


En se promenant, on tombe sur des chèvres, des yaks, des vaches, et surtout des petits enfants curieux, souvent en petits groupes, qui jouent et s'activent entre les maisons. Ils demandent du chocolat, et se prêtent naturellement au jeu des photos. Ils ont des visages sublimes, des regards magnifiques, et sont toujours couverts de crasse et ont la morve au nez.


Aux deux premiers enfants rencontr
és, je n'ai pas de chocolat mais je leur donne la seule chose que j'ai sur moi : une petite pierre qui protège du mauvais oeil, et s'accroche aux vêtements avec une épingle. Je la traînais depuis la Turquie, ou l'on en trouve partout.


Je vais au bout du village, la ou la route plonge dans la vallée. Un village est visible, fourmilière lointaine, tout en bas. Tout le reste n'est que montagnes. Tout autour de nous, nombreuses et imposantes, montant jusqu'à 6770 m. Depuis le village, ou au bord du lac, on a l'impression d'être dans une sorte de paradis perdu, isolé du reste du monde, au sommet du Mont Olympe, a l'abri du regard des mortels, loin des vicissitudes du monde terrestre.


On entend pas de bruits de moteur. La bande sonore du paradis est pure et sans parasite. Le travail des pierres et des champs, les discussions des habitants, les cris des bergers a leurs bêtes, les cris des bêtes a Dieu sait qui. Un bruit se distingue, enchanteur : le cri d'une vache ou d'un yak (j'ai pas reussi a le localiser) qui ressemble comme deux gouttes d'eau au chant d'une baleine.Son chant s'élève dans les airs et fait écho contre les montagnes, m'emplissant systématiquement d'une joie inexplicable. Doux chant de sirène au sommet d'une montagne...


Sur le chemin du retour, je rencontre une autre bande de morveux magnifiques, a la joie de vivre éclatante. La petite fille qui les accompagne notamment est d'une beauté incroyable. Ses yeux sont tellement brillants que je crois sincèrement que mon appareil a un problème. Petit princesse malicieuse au comportement désinvolte d'une fille bien plus âgée, garçon manqu
é au caractère bien trempé, et a la grâce sans pareil.

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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 08:16

On arrive a Nako sur les coups de midi. On prend une tente dans un camping au bord du village et d'un lac, le Lake View Natural Camp.


Quatre israéliens (deux mecs, deux nanas) discutent a un des salons de jardin. Ils nous invitent a les rejoindre. Ils sont très sympas, très tranquilles. J'avoue que j'étais méfiant, sur mes gardes. Chat échaudé... Très vite, on s'entend parfaitement, comme de vieux copains, et je leur suis reconnaissants de me sauver des a-priori que j'étais prêt a adopter a l'égard des israéliens. Ils sont arriv
és ensemble de Tabo, faisant donc le chemin inverse de mon itinéraire. Mais ils ne sont ensemble que par circonstances et pour peu de temps. Ils sont tous venus seuls en Inde, et vraiment pour voyager, pas comme beaucoup d'israéliens (ah ben si, finalement, j'en ai encore, des a-prioris ;-) ) pour passer leur temps a Manali, Bhagsu (pres de Darhamsala) ou Kasol, a traînasser et fumer des pètes dans des rues ou il y a plus de panneaux en hébreu qu'en hindi ou anglais.

Les mecs s'appellent Omrie et Amihail, les nanas Diklah et Yael. Ces dernières se sont rencontrées dans l'avion pour Delhi. Elles ont réalisées qu'elles habitaient a une rue l'une de l'autre. Elles se sont immédiatement entendues et voyagent ensemble depuis deux semaines. A les voir, on dirait qu'elles sont des amies de trente ans (ce qui est a peu pres leur âge - 31 et 32 ans).

YaelDiklah
Amihail et Omrie sont plus jeunes, 24 et 25 ans, et se sont joint a elles il y a deux et trois jours. Amihail parle mal anglais donc il peut pas participer comme il voudrait aux discussions. Il reste un peu en retrait, calme, ou va écrire dans un coin. Mais sa simple présence envoie des bonnes ondes alentour. Il est heureux d'être la, toujours de bonne humeur, jamais une once de negativit
é ne semble le traverser.

Amihail
Avec Omrie, j'ai immédiatement des atomes crochus. C'est un grand gaillard rigolo, intelligent, cultiv
é, fougueux, qui a besoin de se depenser et passe son voyage a faire des treks partout.

Omrie
Très
vite, on commence a parler littérature. Il tient un bouquin a la main. Le récit de voyage d'un israélien en Inde, dans les années 50 je crois (peu après la création d'Israel). Il m'en fait l'éloge, s'extasiant devant la beauté du style, de la langue. L'hébreu était alors encore une langue "jeune", "pure", très littéraire. Chaque mot est lourd de sens et de beauté. C'est pourquoi je devrais apprendre l'hébreu pour le lire...Hum...On verra. Une traduction ne lui rendrait pas justice. Même entre eux, lisant quelques passages, ils discutent de la signification de telle phrase, tel mot, comme s'il s'agissait de poésie. On a les mêmes goûts littéraires. Omrie a déjà lu le Joseph Heller (Catch 22) que je viens de finir, et je lui file le Milan Kundera qui traînait depuis un p'tit moment dans mon sac. Lui aussi est fan. Je donne aussi mon Hemingway a Diklah. Ça fait plaisir de pouvoir partager ce genre d'intérêt, et d'alléger mon sac par la même occasion. On continue a discuter tout en mangeant un bon plat de pâtes (oui ! des pâtes ! merci seigneur !) que Singh, le proprio-cuistot (et seul employé) du camp nous a préparé avec amour.


Singh
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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 07:43
Le lendemain matin, j'attends mon bus sur la place en sirotant un chai sauvage des rues. Pour une raison que j'ignore, les vendeurs de rues font les meilleurs chai qu'on puisse trouver. Le bus arrive, déjà plein de ceux qui ont eu la bonne idée de le prendre 10 mn plus haut, a la station de bus. Je fous mon sac sur le toit et essaie de me trouver un petit emplacement ou me mettre. Le bus est plein a craquer, je reste coincé contre la porte pendant une bonne heure, me retrouvant régulièrement la tête contre les seins d'une jolie indienne qui est balancée contre moi dans certains virages. C'est le seul point positif. Le bus se vide petit a petit, mais ça prend quelques heures avant que je puisse m'asseoir. En plus, le chauffeur et le mec aux tickets sont franchement désagréables. Ce dernier est pas content que je me retrouve au milieu de ses pattes, dans le passage. Comme si je faisais exprès de l'emmerder. Y'a déjà 4 personnes sur 3 sièges, je vais pas me mettre sur les genoux d'une vieille non plus.

Une autre touriste est dans le car, Ping-Huay, une taiwanaise qui fait le même parcours que moi et s'arrête egalement a Nako, un petit village de montagne deux heures avant Tabo. Comme travail, Ping-Huay fait des bijoux, des beaux bijoux en argent et autres matériaux nobles, qu'elle dessine elle-même. Elle a vécu un moment en Allemagne, et vit maintenant en Suisse avec son mec. Elle vient en Inde pour la 5ème ou 6ème fois, et c'est une bouddhiste pratiquante. Assez régulièrement, dans les discussions ou les promenades, elle annone des prières en tibétain. Ça la détend et la recentre, dit-elle. Elle dit que ça l'a aid
é a contrôler son tempérament colérique. C'est évident que c'est une nana qui sait ce qu'elle veut et, aussi attentionnée et sympathique qu'elle soit, j'aimerais pas être dans son collimateur. Elle est devenu bouddhiste après avoir frôlé la mort trois fois lors de son dernier long voyage, sur la route de la soie. La dernière fois, un moine bouddhiste l'a sauvée alors que deux chiens de bergers étaient sur elle et essayait de lui choper le cou. Brrrrr... Ça a pu jouer dans sa vocation.

La route est magnifique et l'on peut appr
écier la conduite toute en vitesse du chauffeur, qui frole les precipices a chaque virage. Je sais pas ce qui les a piqué, mais tous les chauffeurs de bus semblent être en train de faire la course. Ils sont toujours a fond et on a l'impression qu'a la moindre petite erreur, on va partir dans le mur ou dans le ravin. J'apprécie particulièrement les freinages en catastrophe accompagnés de la petite glissade qui t'emmène a deux centimètres du gouffre. Et même, étant donné que les roues du bus sont bien cachées sous la carcasse, on a visuellement l'impression, quand on est assis devant, d'être suspendu dans le vide, sensation sympathique.
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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 07:08
Je me lève aux aurores pour le bus en direction de Tabo, qui part de Rekong-Peo. Je réalise un peu tard que y'a pas un bus a cette heure la, pas une jeep, pas un taxi, rien. Je suis bien couillon sur ce coup-la. Ça parait mission impossible, mais je tente quand meme d'arriver a l'heure a Rekong-Peo, en descendant a patte. Le soleil qui se lève derrière le Kinnaur-Kailash donne des lumières surnaturelles. L'ombre de la montagne est projetée dans le ciel. Ça rend pas des masses en photo mais c'est superbe, croyez moi sur parole.


Je suis des villageois qui coupent par les raccourcis. Je traîne pas mais arrive 15 mn trop tard. Je prends donc une chambre dans le centre-ville. Ma chambre a deux particularités. La première est d'avoir des chiottes (a la turque) juste en face d'une grande fenêtre qui descend jusqu'au sol. Parfait pour pisser en regardant la vallée, ou montrer son cul a tout le village quand on veut se soulager. L'autre particularité, c'est d'avoir un long balcon qui court tout le long de l'hôtel. Endroit stratégique pour mater la place centrale et tous les passants.


Mais pour le moment, je suis concentr
é sur autre chose. Je viens de trouver une chaîne qui passe Marseille-Liverpool en intégralité. Je trépigne de bonheur, m'installe confortablement sur mon lit. J'ai même un paquet de pop-corn acheté dans la rue. 5 mn que c'est commencé et paf !, la panne de courant. Elle va durer 4h...

Donc je me rabats sur l'animation de la place, sort le zoom, et canarde les passants. Des nanas (essentiellement) sont occupées a se passer des grosses caillasses qu'elles disposent sur la route en terre battue. Le petit lifting n'est pas le malvenu.


Certains se promènent, d'autres font leur march
é. Certains attendent des bus, d'autres traînent sur place, sans but ni endroit ou aller. Des bus passent et repassent, engloutissant des groupes et en déversant d'autres.


Un joli nombre de policiers se tournent les pouces en attendant de pouvoir se tourner les pouces en surveillant le cortège de manifestants qui arrive bientôt.


D'abord les femmes, puis les hommes. Je sais pas la raison de la manif, qui se passe dans le calme. Seul indice, insuffisant : une pancarte en anglais disant "We want justice".


Le courant revenu, je bouffe de la télé. Y'a rien a faire par ici de toute façon, et internet ne marche toujours pas (ni ici, ni a Sangla et Kalpa avant). Patience, patience.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 11:26
Sangla, c'est bien gentil 2 mn, mais c'est pas le paradis. Il est temps de pousser, jusque Kalpa cette fois, de l'autre coté du massif du Kinnaur Kailash, dans la Kinnaur Valley. Je trouve une place dans une jeep qui descend le long du précipice jusqu'au croisement de Karcham.


De la, je tope un bus qui monte a Rekong-Peo, d'où un autre bus m'emmène plus haut, sur Kalpa, a 30 mn de la. C'est un beau village tout plein de verdures, d'arbres (énormément de pommiers, miam miam), et avec de plus en plus de guest-houses qui se construisent. Mais pour le moment, le village n'est pas encore défiguré. Je suis encore un peu plus haut, près de 3000 m. En face du village, une chaîne de montagnes impressionnantes se dresse comme un mur, jusqu'à 6500m. Ma chambre donne sur un petit jardin qui fait face a ces sommets enneig
és. Ça a un coté magique, quand même, les montagnes. Je m'en lasse pas.


Dans l'euphorie, je me lance dans une promenade, mais qui tourne court, comme mon souffle. La pente est raide mais surtout, j'ai les poumons d'un asthmatique. Sieste obligatoire.


Je refais un essai plus tard, et descend au temple plus bas, qui fait face a la vallée. Je continue dans le village, puis monte dans les hauteurs, m'aventurant dans les bois.


Mon souffle tient le coup comme il peut. Je marche entre les arbres, le long des canaux d'irrigations bétonnés qui traversent la foret et alimentent les champs et vergers. Ça monte et monte interminablement. Je pique des pommes pour me redonner des forces, et arrive enfin a belle hauteur, avec vue dégagée sur le massif. Le soleil commence a se coucher et teinte de rose les sommets enneig
és.


Je crève de faim et me rend dans un petit boui-boui près du temple : une hutte en bois de 9 m2, une cuisine, une table et deux bancs. Ils mettent un temps fou a me préparer mon chow-mein (nouilles a la chinoises, un plat de base par ici), et en plus c'est même pas bon. Ça passe pas mais je me force, j'ai besoin de me remplir l'estomac.
Je me replonge dans mon bouquin. Pendant ce temps, les chiens hurlent a la lune, qui est pleine ce soir.

Je passe une nuit courte, légère, et difficile. Ce satan
é chow-mein a pas du être apprécié, car j'ai tout l'intérieur qui danse la rumba. Je souffre d'une aérophagie que je croyais possible que dans des cartoons ou un film des frères Farrelly. C'est plus un système digestif, c'est toute la section cuivre d'un orchestre philharmonique. Pendant des heures et des heures, je pète, je proute, je louffe, je gaze, je pétarade, je vente, je flatule a tout va. C'est le 14 juillet mais sans les couleurs. A 6h30, je suis interrompu dans mon état végétatif, mi-dormant mi-pétant, par des israéliens qui frappent comme des furieux a ma porte pour me demander ou c'est la réception, ou est le manager, etc...Mais ils sont pas fous, eux, de frapper a cette heure-la a la porte d'un inconnu comme s'ils étaient chez mémé ?! Ils commencent a me plaire, ces israéliens mal éduqués ! Et comme si ça suffisait pas, ils s'installent dans des chaises devant ma porte, et traînent la en parlant comme des poissonniers. Après quelques grognements a leur égards, je continue de végéter jusqu'à 10h, en essayant d'affûter mes talents de pétomane, mais sans succès, pas moyen de sortir une note juste, la mélodie reste désespérément monotone. Une bonne petite courante et ça va mieux.

Je mange, léger, dans un resto digne de ce nom, et vais faire ma demande de permis dans une petite agence de voyage. Pour aller plus a l'est, sur la Hindustan-Tibet Highway, on a besoin d'un permis. Je veux partir demain alors je demande au mec de faire ça vite fait si possible. C'est tout un binz, il faut que je descende avec lui a Rekong-Peo, ou on me prendra en photo (ils veulent pas de mes photos). Après ça, le pauvre doit faire le poireau pendant des heures pour essayer de choper le type qui doit y mettre sa signature. Le type est en d
éjeuner, est en réunion, et bla bla bla. Des heures pour un simple autographe. C'est beau la bureaucratie. Heureusement pour moi, je dois pas attendre la-bas comme un con, alors je rentre a Kalpa et écrit un peu. Vers 19h (~ 6heures plus tard, donc), il arrive a l'hôtel avec mon permis tout beau.
Bonne bouffe au resto et bon dodo.

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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 10:50
L'altitude pèse encore. Je suis a 2700 m maintenant. C'est pas énorme mais faut encore que je m'adapte. Bonne nouvelle : Gal se casse a Chitkul, plus haut, plus loin, plus reculé, et sans doute plus préservé. J'y serai bien allé mais d'une, je suis nase, et de deux, je veux pas me retrouver avec elle. Alors je reste. Dans un sens, je fais bien, ceux qui se trouvent la-haut vont se retrouver coupé du monde quelques jours (route bloquée), et avec pratiquement rien a bouffer. Les seuls qui semblent pouvoir satisfaire leur appétit insatiable la-haut, c'est les "bedbugs", déchaînés parait-il. Malgré mes difficultés respiratoires, je me force a faire une promenade. Faut bien faire quelque chose, visiter, et s'exercer.


Au-dessus de Sangla, accroch
é a la montagne, se trouve le petit village de Kamru, avec ses maison en pierres et bois, son ancien fort/temple, et son rythme de vie paisible. Les deux kilomètres de montée sont sympas mais éprouvants. Errer dans les allées pittoresques du village est ma récompense. Les villageois sont très souriants et tranquilles.


Je visite le fort/temple Kamakhya Devi après m'être démuni de mes chaussures et autres morceaux de cuir. Le gardien me colle un chapeau kinnauri sur la tête, puis me fait faire le tour, avec offrande a la déesse truc-muche, qui me demande un peu d'argent et me donne en échange une poignée de petits bonbons blancs et un bindu rouge (point fait avec une sorte de craie, au bas du front, entre les yeux, vous voyez bien ce dont je parle). Le bâtiment est vraiment beau, tout en bois, et la vue superbe. Je me pose peinard sur les remparts. Aucun vacarme perturbateur. Rien que le vent dans les arbres, les bruits des paysans au travail dans les champs, les voix des femmes qui font la lessive a la rivière non loin de la, quelques rires d'enfants joueurs, et les bruits de la nature et des animaux.


Je finis le tour du village, me fait offrir des pommes (succulentes) et rentre enfin a l'hôtel, sur les rotules mais content. Je n'ai plus d'énergie pour rien si ce n'est une sieste, et lire, alors je pénètre avec plaisir dans le "Sexus" d'Henry Miller. Je m'attendais a un bouquin sulfureux, subversif. C'est tellement plus que ça ! Je le reçois comme une révélation. D'une part parce qu'il me parle intimement, d'autre part parce qu'il montre le chemin a suivre. Comme cela arrive souvent, mon instinct, le destin, ou je sais pas quoi, m'a mis le livre qu'il me fallait entre les mains, exactement au moment propice.

J'arrive tout de même a me traîner au restaurant tibétain d'à cot
é. Les momos (sorte de raviolis tibétains) que j'ai commandé sont inbouffables. Je suis emmerdé. Je me force a en avaler une partie, et fourre le reste dans des serviettes que je met discrètement dans mes poches. Fini les momos pour moi.
Par Jullian - Publié dans : INDE
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