Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /Juin /2008 12:27
Aqaba, ville balnéaire au bord de la Mer Rouge, est une cité sans charme ou règne une chaleur intolérable. 35 degrés a 22h, alors que la nuit est tombée depuis deux bonnes heures. Ça peut dépasser les 45 degrés a l'ombre en journée. C'est vraiment très dur, étouffant. Se ballader dans les rues devient comme un jeu, en pas drôle, ou il s'agit de marcher au maximum a l'ombre des bâtiments. La chaleur est telle qu'ici, tout avance au ralenti, même mon cerveau. Comment marcher en dépensant le moins d'énergie, en suant le moins possible ? Quand on met le nez dehors, ça fait le même effet que quand on ouvre un four, on est agressé par cette bouffée de chaleur. Sauf qu'ici, y'a pas moyen de refermer la porte du four, et on doit s'habituer a se promener a l'intérieur. Un véritable avant-goût de l'enfer.


La-bas, je tombe sur Steve, le québécois rencontré lors du coucher de soleil sur les les hauteurs de Petra. Il est atterré, souffrant en râlant a l'ombre d'un arbre. Il n'attend qu'une chose, c'est de quitter cette ville de malheur. Les deux sino-canadiennes qui l'accompagne restent une heure et repartent vers le Nord. Steve, lui, va se bunkeriser dans sa chambre d'hôtel avec air-conditionnée au maximum, frigo et TV-satellite.
On se retrouve le soir et on va manger un bout. Il me traîne ensuite boire une bière a 4 euros dans un bar chic et triste, avant de finir dans un club/bar tout aussi déprimant, et peuple d'une vingtaine d'écossais complètement beurrés, échoués en Jordanie par je ne sais quel miracle, quelle erreur de parcours. Ils se déhanchent comme des traînées sur les tubes de Christina Aguilera, Britney Spears et d'autres. Certains, assez laids et gros en plus, se retrouvent torse-poil a se frotter les uns aux autres sur la piste. Vraiment pitoyable. Je me demande ce que je fous la et laisse en plan Steve, dont la conversation m'ennuie de toute façon.

Il voyage beaucoup, mais dans un état d'esprit tout a fait différent. Il veut atteindre les 25 pays visités avant ses 25 ans, dans quelques mois. Du coup, on dirait qu'il expédie des pays, juste pour gonfler ses chiffres. Il est tout fier d'être passé en Irak, dans le Kurdistan, au Nord du pays, et de me montrer une photo de lui a la frontière avec le panneau "Irak". Je veux bien mais a quoi bon, surtout pour deux jours. Le pire, c'est que ça semble a la mode chez les américains et certains canadiens.
Je retombe sur lui le lendemain soir, au cyber-café climatisé, mais prétexte avoir d'autres chats a fouetter. Je le laisse alors qu'il joue depuis des heures a World of Warcraft (un jeu vidéo pour ceux qui seraient complètement largués). Je crois que ça nous arrange autant l'un que l'autre d'en rester la.
Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /Juin /2008 11:19

Je reste une heure seul au camp avant que deux jordaniens et une hollandaises débarquent. Ils m'offrent a manger avant qu'on aille s'amuser a faire de l'escalade dans les environs. Deux français et un anglais, Richard, déjà croisé a Petra, arrivent a leur tour. Intéressant, Richard est journaliste pour un magazine de business, et il s'occupe de couvrir le Moyen-Orient. Il profite d'un déplacement en Jordanie pour s'offrir une semaine de vacances. La semaine prochaine, il attaque ses interviews, avec le premier ministre, le ministre du commerce, des grands patrons...Il a même fait la demande au Roi et a la Reine, même s'il s'attend a une réponse négative. On discute tous ensemble pendant que quelques bédouins préparent le camp et la cuisine.


Je vais me dégourdir les jambes pendant une bonne heure. Je marche dans le désert, avec la musique touareg de Tinariwen dans les oreilles, et ça se marie parfaitement. Le soleil tape et y'a pas une âme a l'horizon. C'est tellement magique que j'en ai un sourire figé par le bonheur d'être la.


Je suis rejoins par le trio franco-anglais pour le coucher du soleil. Perchés sur un rocher, on regarde la vallée, le désert rougir, et le soleil disparaître paisiblement derrière une montagne.


De retour au camp, il fait déjà nuit. Deux autres français, Sabine et Stéphane, sont arrivés entre temps. Tout le monde boit le thé autour du feu en discutant. Les bédouins se sont réunis sous la grande tente, assis sur des tapis, face au feu. L'un d'entre eux sort un Oud (sorte de luth) et commence a le gratouiller. Il joue des mélodies belles et complexes, bientôt rejoint par un autre bédouin qui s'attaque au darbouka (percu). Bédouins et jordaniens commencent a chanter, on se joint a eux, assis en rond.


Le joueur de Oud est vraiment excellent, mais ça manque de percussionnistes. Les bédouins se refilent le darbouka comme une patate chaude, incapables de tenir un rythme. Et c'est la que votre serviteur entre en scene, naturellement. Non sans fierté, je les écoeure et m'accorde au rythme du oudiste (quel frimeur ce Jullian, vraiment !). Quelques bédouins se lèvent alors et entament une danse endiablée au milieu du groupe qui tape des mains en rythme. La scène est belle. Les bédouins, tout habillés de blanc, se déhanchant fémininement au rythme du darbouka, éclairés par la lumière vivante du feu.


C'est l'heure du repas. Des plats de légumes, des salades, le pain et les boissons sont apportés sous la tente. On nous invite a suivre les cuistots a la sortie du camp, ou est creusé le four. A la lumière des phares de la jeep, un bédouin tape dans le sable a la pelle, puis déblaie un couvercle en ferraille qu'il fait sauter pour laisser apparaître un trou dans le sable, dans lequel rôtissaient du poulet et des oignons en broche. Honnêtement, l'atmosphère joue peut-être aussi sur mes sens, mais j'ai jamais mangé de poulet aussi délicieux. On s'en met plein la panse, tous paisibles et heureux.


Je vais digérer tranquillement a l'extérieur du camp, allongé dans une dune, a regarder ce fameux ciel du désert. Et c'est vrai que le ciel est fantastique, loin des lumières de la ville. Le nombre d'étoiles visibles est impressionnant, leur éclat incomparable. Je remarque des constellations jamais observées jusqu'ici. Des étoiles filantes passent et disparaissent. D'autres semblent se déplacer a vitesse régulière, traversant le ciel de part en part (des satellites ?). Je me sens hypnotisé, aspiré. On dirait que tout bouge et que le ciel va me tomber sur la tête, par Toutatis !
A mon retour au camp, j'en parle a l'hollandaise qui m'emprunte ma torche pour aller aux toilettes. Une heure plus tard, elle est toujours pas revenue. Ses potes jordaniens, inquiets, partent a sa recherche. Une bonne partie des bédouins aussi. Alors qu'ils sont tous en train de l'appeler plus loin dans les environs, elle revient au camp comme une fleur, un peu décalée. Elle s'est faite envoûter par le ciel et s'est trouvé un coin tranquille pour l'observer, inconsciente du temps qui passe.

On se décide tous a passer la nuit a la belle étoile. On part avec matelas et couverture sous le bras a la recherche du bon endroit. A part Richard et moi, tout le monde a l'air de vouloir dormir au sommet d'un rocher. Bon, pourquoi pas, on suit le mouvement. Ce sera mieux a plusieurs et le réveil sur les hauteurs peut être sympa. Une fois la-haut, avec une vue imprenable sur le désert, je galère a trouver mon spot, tourne en rond avec mes affaires sous le bras. Pas assez plat, trop venteux... Je finis par me poser mais je suis pas encore au paradis. Or, je vais pas dormir souvent a la belle étoile dans le désert, alors ça doit être parfait. Une heure plus tard, mal a l'aise, je reprend tout mon barda et redescend. Je m'installe sur une dune plus loin, et la le sourire du gars heureux surgit sur mon visage. Un ciel fabuleux, la musique adéquate, les pieds dans le sable, tout va bien. La nuit est fraîche, mon sommeil léger, mais pas de quoi gâcher ce moment.
Je me réveille a coté d'un chameau, qui me regarde d'un air curieux. Le soleil se lève a peine et tout le monde dort encore. J'ai la patate alors je me promène. Je reviens alors qu'un bédouin prépare le p'tit dej, rejoins petit a petit par les autres qui émergent des rochers.
Sabine et Stéphane se rendent aussi a Aqaba, ou ils vont passer la frontière pour Israel (Sabine y travaille). Je me joins a eux, on partage un taxi, laissant derriere nous ce merveilleux désert de Wadi Rum. On discute en chemin et se quitte a la frontière. Le taxi me dépose au Jordan Flower Hotel, dans le centre d'Aqaba.

Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 17:32
Réveil 5h30. La veille, un japonais et moi avons réservé une place dans le minibus qui va a Wadi-Rum, le désert. On attend une demi-heure au point de rendez-vous, repoussant les propositions incessantes des taxis. Je repars a l'hôtel, demande ce qui se passe. Quelques coups de téléphone plus tard, on me dit que comme y'avait pas assez de monde de prévu, le chauffeur a décidé de pas y aller. OK. Sympa. Ils auraient pas pu le dire la veille, histoire d'éviter que je me lève a l'aube. Je me rends a la gare routière pour trouver quelquechose qui se rend la-bas. Je me tasse dans un minibus qui me lâche a un croisement. Deux minutes plus tard, re-tassement dans une camionnette qui m'emmène a Wadi-Rum. L'entrée de la réserve est comme un grand office du tourisme. Tout se réserve d'ici. Les prix sont affiches, pas négociables, et c'est les même pour tous et chez tous les guides. C'est bien plus cher que je pensais mais comme on peut pas négocier, y'a pas trop de questions a se poser. Un couple d'espagnols, José et Marisol, me propose de les joindre dans leur tour de la réserve. Stefano, un parisien, se joint a nous, et c'est parti pour 5 heures dans le désert. On choisit une jeep toute pourrie d'au moins 30 ans, avec un drap qui fait office de toit / pare-soleil (ça nous parait toujours mieux qu'un 4x4 climatise d'où on voit le désert a travers des vitres fumées). Le chauffeur est un gamin. Sa conduite et l'état de la caisse transforme les trajets en rafting sur sable, très remuant.


Premier arrêt : une source d'eau pure baptisée après T.E. Lawrence (Lawrence d'Arabie), la Lawrence Spring, qu'on atteint après une vingtaine de minutes de marche au milieu des rochers. Une petite famille bedouine se fait un barbecue la-haut, pendant qu'on se désaltère et remplit les bouteilles d'eau. Plus loin, une autre source, après une bonne session d'escalade qui nous donne une belle vue.


Puis on rentre vraiment dans le désert. Les couleurs sont incroyables. Le sable passe du jaune au rouge, sans en oublier tous les dégradés. Les rochers, imposants, découpés, et de diverses couleurs eux aussi, sont vraiment impressionnants.


On passe par des dunes, visite un petit siq, des ponts de pierre naturels, ce qui reste de la baraque de Lawrence. Car c'est bien ici que s'est passée toute l'histoire de Lawrence d'Arabie. C'est ici qu'il a organise le soulèvement des bedouins qui ont botte le cul des envahisseurs turcs, si je me souviens bien.


On monte aussi sur une grosse dune rouge, a pied. Non seulement c'est super dur et exténuant a grimper, mais vaut mieux pas essayer de faire ça en claquette, comme votre serviteur. Au bout de 5-10 mètres, mes pieds ont commence a s'enfoncer dans le sable et j'avais l'impression de me faire bouillir les pieds. Je suis redescendu a toute vitesse, courant sur des braises, pour mettre des chaussures a mes pieds douloureux. Et le chauffeur de se foutre de moi parce que lui, soi-disant, peut le faire pieds nus sans problème. Possible mais je demande a voir. Pffffffff.


Il est 15h, le tour est termine. Comme prévu, ils me lâchent au camp ou je vais passer la nuit. Les autres ne restent pas et partent directement sur Aqaba. Pour le moment, y'a pas un chat. Je suis tout seul, peinard, allonge sur un matelas pose a l'ombre d'un rocher. Je profite du silence.

Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 19:37
Grasse matinée bien méritée. Je traînasse et vais manger avec un singapourien tout aussi fainéant.
Vers 16h, je me décide a repartir, les jambes lourdes.


Les lumières sont un peu mieux que la veille, mais les photos pas encore vraiment satisfaisantes.


Je traverse lentement le site puis me lance dans l'ascension qui me mènera au Monastère, Al Deir. Environ une heure de marche entre des montagnes aux multiples couleurs, encore magnifiées par les lumières chaudes et rasantes du soleil qui se demande déjà s'il va pas aller se coucher. J'arrive vers 18h au sommet, face a l'impressionnant Monastère, monument rose-orange d'une vingtaine de mètres de haut.


Je poursuis ma marche, me fait interpeller par un ado qui veut que je vienne visiter sa boutique. Je lui dis non merci, mais il insiste et insiste encore, "bedouin tea! for free!". Il devient de plus en plus mécontent que je m'arrête pas de marcher. Il va dans sa boutique et revient tout énervé et tout menaçant avec une espèce de gourdin clouté qu'il me brandit sous le nez. Ce qui a pour effet de me foutre en boule. Même pas peur, pour le coup. Juste furax. Je vais lui foutre ma face dans la sienne, le provoquant, lui disant de me frapper s'il l'ose, l'insultant de toutes les expressions a base de "fuck" que je trouve, histoire qu'il capte bien le message. J'attends qu'un geste de lui pour lui faire bouffer du sable, a ce gamin (15-16 ans) mal élevé. On repart chacun de son coté avec sa colère sous le bras. Je sais pas si du coup j'avais des mauvaises vibes, ou si y'a un vent mauvais a ce sommet qui rend toutes les créatures agressives, mais tous les chiens que je croise ont comme envie de me croquer. Heureusement, ils ont autant peur de moi que moi d'eux. J'arrive finalement sur une plate-forme qui s'avance dans le vide, avec au moins 100-150 mètres de précipice en-dessous. Des montagnes a perte de vue, une petite cahute, et quatre touristes qui attendent le coucher du soleil. Voila le point de vue panoramique du Deir. Deux sino-canadiennes, un anglais, et un québécois, Steve, que je recroiserai plus tard. On patiente ensemble une bonne heure. L'endroit est vraiment relaxant, inspirant, d'un calme olympien. Le coucher de soleil est banal mais c'est pas très important.


La nuit commence a tomber. Je repars d'où je suis venu sans attendre les autres. En me retournant, je me rends compte que bien derrière, les autres touristes (une petite dizaine a ce moment) suivent un bedouin pour rentrer, mais a l'exact opposé. Merde alors, y'avait un raccourci. Tant pis, je déteste faire demi-tour, je continue. Mes amis les chiens de berger sont a deux doigts de me sauter dessus et de me faire avoir une attaque, mais ça s'arrête la. Je descend a moitié en courant, complètement seul dans mon coin de montagne, craignant de me faire coincer par la nuit, qui tombe vite maintenant. J'arrive en bas épuisé et en un seul morceau, traverse le site dans le noir et arrive au Khazneh (trésor) qui est éclairé a la bougie. Des hommes s'affairent a faire marcher la sono qui passe de la musique classique. Je prend une photo (toute pourrie, pas assez de lumière), ce qui déclenche la colère du chef de ce chantier. J'ai appris plus tard qu'il s'était déjà bien chauffé avec les autres touristes juste avant, ce qui fait qu'il est juste a point pour moi. J'ai rien a faire la, Petra, c'est fermé depuis deux heures maintenant, pour voir ça il faut payer. Je suis pas en reste de mon coté (j'aime vraiment bien gueuler en fait). Faut que je sois a la porte de sortie dans 10 mn...si je courais, peut-être possible. Naturlich, je prend mon temps, traverse le Siq éclairé également a la bougie. Je prends des photos qui ne donnent rien. Les bougies, c'est bien mignon, mais on ne voit que ça justement, ça éclaire pas assez. Alors je sais pas, mais payer les yeux de la tète pour voir des bougies et des bouts de roches vaguement visibles, le tout avec 2-300 autres touristes, sur de la musique classique (faites péter le Jean-Michel Jarre tant qu'a faire), je vois pas l'intérêt. Petra by Night, c'est pas top romantique. D'ailleurs un peu plus loin, je croise le bétail qui s'y rend, et ça faisait vraiment peur. J'exagère pas, j'ai eu l'impression de tomber soudainement sur un troupeau de bisons, surgissant hors de la nuit, prêt a me marcher dessus.
Enfin a l'hotel, je me gave de 36 salades différentes au buffet royal qui est donné en terrasse. Une douche, de la bonne musique sur les oreilles, et la viande est dans le torchon, epuisée et satisfaite.
Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 16:01
Je traînasse jusqu'au soir au Valentine Inn, l'hôtel cheap de Wadi Musa, ou je tombe sur David, l'australien (alias Fidel), qui revient du site, qu'il a parcouru en trois heures seulement !
"Je suis désolé de dire ça, mais je trouve le site un peu surévalué. Trois heures sur place, c'est suffisant."
Après coup, je comprend son point de vue. Même si j'ai beaucoup aimé, c'est pas la claque a laquelle je m'attendais.
Soirée a écrire et écouter les histoires pas tristes de David au pays des kangourous.


Réveil autour de 6h. Je vais a Petra a pied (2km), parmi les premiers touristes, qui sont déjà trop nombreux. Le Siq ressemble pas a ce que j'avais en tête. Je m'imaginais, seul tant qu'a faire, marchant dans le sable entre deux parois étroites de couleur rose-orange, avec des lumières magnifiques. Au lieu de ça, le défilé est pas très étroit, le chemin est bitumé ou pavé, traversé par des calèches pressées et des touristes bavards, et les parois sont plutôt grises. J'arrive pas a prendre une seule photo satisfaisante, même en repassant plus tard, avec une meilleure lumière.


Au bout du Siq se trouve le Khazneh, le Trésor, deuxième image forte de Petra: le temple creusé dans la roche. Impressionnant, superbement conservé, je m'imagine rentrer a l'intérieur a l'époque de sa splendeur, comme étant la porte d'entrée d'une cité fabuleuse et secrète, en partie bâtie dans de somptueuses cavernes, mais la encore mon imagination va trop loin et l'entrée est interdite. Impossible de savoir ce qui se cache derrière, probablement pas grand chose, le temple ne débouchant sur rien.
Je reste quelques temps devant, assis au milieu des touristes et des chameliers, a essayer plutôt en vain, de capturer la magie du lieu.


Je poursuis entre les montagnes flanquées de temples, tombeaux et autres monuments, et commence une ascension vers la Place des Sacrifices. Il est 9h et le soleil commence déjà a taper fort. La montée, faite en compagnie d'un âne qui me suis, me devance puis m'attend, est assez éprouvante.


En haut, je me pose en bord du précipice, avec vue panoramique sur une bonne partie du site. Les touristes-fourmis déambulent entre les ruines et l'on peut voir un aperçu de ce que pouvait être cette cité nabatéenne a son apogée, centre marchand important qui devait grouiller de commerçants venu des quatre coins du monde.

Tant qu'a être la-haut, je me décide a m'aventurer dans les alentours, avec dans l'idée de trouver un passage qui me mène au-dessus du Siq. Crapahutant, passant d'une montagne a l'autre, je finis par le trouver ce passage, de l'autre coté d'un canyon infranchissable. Un couple se tient assis la, seul au monde, sur une petite plate-forme entourée de gouffres.


Je redescend dans la vallée, inspecte quelques temples troglodytes dont la roche est en grès multicolore. Je pique-nique dans un d'entre eux, observé par un gros lézard. Puis reprend une nouvelle ascension vers le Djebel Khubtha, encore plus dure, sous un soleil écrasant. A mi-chemin, je reprends des forces a l'ombre d'un arbre quand se fait entendre une flûte. Plus haut, assis en tailleur sur une plate-forme rocheuse, un berger joue d'une espèce de flûte de Pan, entouré de chèvres qui descendent les rochers avec dextérité. La musique est belle, envoûtante, et je me retrouve bientôt entouré de chèvres. J'ai l'impression de me retrouver dans un conte.
Au sommet, je finis par trouver un chemin de terre rouge qui me mène près du Siq et du Khazneh. Un petit saut et je peux m'avancer sur une plate-forme, a 40 m de haut, avec vue imprenable sur le Trésor, juste en face.


Il est 15h, j'en ai plein les pattes. Je me dirige vers la sortie et l'hôtel ou une bonne douche froide m'attend. Le coucher de soleil sur Petra, ce sera pour demain.
Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 15:13
Matin difficile. On roule vers Wadi Mujib, une réserve naturelle près de la Mer Morte ou on peut faire du canyoning. On se goure de route et faisons des tas de kilomètres au milieux de paysages sublimes, de canyons et montagnes en tous genres, roulant sans le savoir sur la réputée King's Highway (Route des Rois). Je reprend le volant a Sabah qui s'endort, et on arrive sur la Mer Morte par la cote Sud, bien plus belle que celle du Nord (je suis au volant et on est en retard donc pas de photos, tant pis). Et enfin, la réserve.


Malheureusement, les italiennes sont pas partantes pour le trip sport et émotion forte, avec descente en rappel dans les cascades, nage au milieu des gorges et tout le tintouin. De plus, elles s'angoissent pour l'heure, car elles veulent absolument être a Petra en fin d'après-midi.


Du coup, Sabah, Philippe et moi, on va se faire un trek de deux heures pendant qu'elles attendent a l'entrée de la gorge. On remonte la rivière, qui coule au fond d'une espèce de Siq (comme a Petra), un canyon étroit. Sabah et moi plongeons dans le moindre trou d'eau, profitant des jacuzzis naturels sous les chutes d'eau, pendant que Philippe avance tranquillement et prudemment, car il prend des photos (moi j'ai laisse mon appareil dans la caisse, donc pas d'images). Des petites grimpettes a l'aide de cordes et nous voila sous une grosse cascade. Parfait pour un massage un peu sauvage, je reste sous la chute puis me trouve un petit havre de paix humide caché derrière. Le retour dans le sens du courant est bien marrant aussi, avec quelques sauts et un petit toboggan naturel.


On ramène les italiennes a Madaba, d'où elles prennent un taxi pour Petra. Après-coup, je me dis qu'elles auraient pu y rester pendant qu'on faisait nos 9h de canyoning pur et dur. Mais on était trop mal organisé sur ce coup la. Le trio restant, on traîne un peu sur Madaba, manger, boire un thé, apprécier notre dispute quotidienne. On ramène Philippe dans son quartier, plutôt chic, d'Amman.
En rentrant vers notre hôtel, je me plante de route. Du coup, Sabah (qui s'est calmée sur la route) et moi, on visite un peu, s'arrête dans les quartiers populaires des hauteurs, errant dans les ruelles et se posant pour le coucher du soleil.
On retrouve le Farah Hotel, son staff chaleureux, "Peace" et ses absurdités, et quelques autres travellers.
Soirée tranquille, sans histoires.
Journée tranquille, sans histoires, essentiellement consacrée a glandouiller.


Après minuit, on sort manger. Sabah m'offre la sheesha et le repas pour mon anniversaire. Sur le chemin de l'hôtel, je paie la bouteille de rouge jordanien (tres doux, tres fruité, pas top en fait) pour compléter une célébration qui finira en feu d'artifice, par une plus grosse dispute que d'habitude (ça part sur le fait que j'ai eu le malheur d'aimer le film "Munich" de Spielberg, ou d'après elle les palestiniens sont montrés comme des bêtes, sans vrai discours ni pensée...et blablabla...). Je vais me coucher en bon petit blanc sexiste, sioniste et en plus, voyageur (sous la colère, elle dit être contre le voyage ! va savoir a quelle point elle pense ce qu'elle dit...).
Le lendemain donc, 27 mai, jour de mon anniversaire (pour le coup je risque pas de l'oublier celui-la), je prend un minibus pour Wadi Musa (Petra) de mauvaise humeur, après avoir maudits différents chauffeurs de taxi ou autre.
Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 19:22
Le lendemain de mon arrivée a Amman, je réfléchis a la façon de me rendre a la Mer Morte quand je tombe sur Sabah, qui essaie de réunir du monde pour une excursion la-bas. Franco-algérienne de 26 ans, elle vient juste d'arriver sur Amman, ou elle va bosser pendant deux mois dans une ONG qui s'occupe de réfugiés palestiniens. Ça servira de base pour son mémoire de maîtrise. On tombe d'accord pour louer une voiture pour deux jours. On trouve deux sympathiques italiennes puis un expatrié belge prêts a nous suivre. On sera cinq dans la voiture, donc ça coûte plus grand chose, c'est nickel.
L'excursion est prévue pour le lendemain donc Sabah et moi profitons de la journée pour se ballader dans le centre d'Amman, son marche, la décidément classique citadelle...


Amman est une ville sans charme particulier, sans vieille ville, a l'architecture banale. On trouve malgré tout quelques bons endroits ou se poser pour discuter. Et discuter encore toute la soirée. Plus on apprend a se connaître, et plus je me rends compte que tout est politique a ses yeux. Tout est sujet a interprétation, polémique et vaut mieux faire gaffe ou on met les pieds, parce qu'elle prend ses causes très au sérieux. Ce qui va mener a une relation pour le moins passionnée et houleuse, avec une bonne dispute par jour. Les deux tiers du temps, elle est tranquille, légère, elle déconne et chante des chansons bidons. L'autre tiers du temps, elle rumine, nerfs a vif, se met en colère parce que quelqu'un a dit quelque chose de sexiste, raciste ou que sais-je encore...


On part de bon matin tous les cinq, Sabah, moi, Philippe, Sabrina et Marica, avec musique arabe a plein tube dans la caisse. On descend par des routes sinueuses dans la cuvette qui accueille la Mer Morte. Le changement de pression me bouche les oreilles. La Mer Morte est, a -400m sous le niveau de la mer, l'endroit le plus bas du monde.


On paye pour avoir accès a la plage (on peut bien se baigner gratuitement ailleurs, mais sans douche pour se rincer de tout ce sel, ça craint). On se réfugie du soleil sous un abri en bois puis partons faire trempette. C'est difficile de se tenir droit dans l'eau, le sel nous poussant fortement vers la surface. Il est par contre déconseillé de nager le crawl, comme je l'ai bien sur fait. J'ai réussi a avaler un peu d'eau (retour a la plage pour boire de l'eau, parce que c'est juste horrible), puis a m'en foutre dans les yeux (retour a la plage, a l'aveugle, pour prendre une douche, parce que ça brûle sévère). Finalement, je trouve ma position, assis dans l'eau, les bras sous les genoux pour trouver l'équilibre. Idéal pour se reposer une bonne demi-heure et peaufiner son bronzage style grand-brûlé.
On a pas pensé au pique-nique alors on se fait dépouiller dans le seul resto des environs (buffet a 10 JD = 11 euros ou 40 sandwichs falafels).


On trace la route vers le Sud, longeant la Mer, s'arrêtant pour un point de vue ou pour un café turc. On finit la journée en haut d'une montagne, pour profiter de la vue panoramique et du coucher de soleil.


Enfin, on rentre sur Madaba, une jolie ville pas trop loin, et on prend des chambres dans un hôtel tenu par des sri-lankaises rigolotes. On s'achète des bières, des sandwichs, et passons la soirée tranquillement sur le toit. Les italiennes vont se coucher. La discussion tourne sur la politique, les voyages, la musique, les ONG, et Sabah se met en mode combat. Philippe est en charge, pour l'UNESCO, de la formation professionnelle et technique pour l'Irak. En gros, il essaie d'aider l'Irak a se remettre sur pied en fournissant matériels, compétences et formation, en finançant des programmes...Ce qui semble être un bordel sans nom assez décourageant et énervant. En tous cas ça réveille tous les chevaux de batailles de Sabah. La tension est toujours la quand Philippe va se coucher, probablement un peu déconcerté par notre amazone. Les heures passent, la tension est bien retombée. On est les deux conducteurs, il est 4h30, il est grand temps qu'on dorme.

Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 18:41
Je me retrouve seul dans le dortoir avec un jeune japonais complètement dérangé. Sans présentation, il commence a me parler d'armes en tous genre. Avec son accent a couper a la hache, il est difficile a comprendre, ce qui aide pas a suivre le fil de ses pensées. Il a 19 ans, entièrement habillé en treillis, il dit être venu en Jordanie pour passer en Irak et tuer des américains. Il a aussi essayé de rentrer en Israel, pour aller en Palestine. Il s'est fait refusé et a eu droit a un beau gros tampon "DENIED" sur son passeport, ce qui fait qu'il est coincé en Jordanie et que son passeport est bon a jeter a la poubelle. Parce qu'un tampon israélien sur son passeport, même de refus, ça ferme la porte d'à peu près tous les pays du coin. Il attend son nouveau passeport en tournant en rond a l'hôtel, déblatérant des conneries a tout le monde, essayant de choquer son monde. Le jour de mon arrivée, il revient du stand de tir et me montre fièrement son bonhomme-cible troué de partout. Il me cite les armes utilisées ainsi que toutes celles qu'il préfèrent, me demandant aussi si je connais telle bataille, tel corps d'armée.


"Je vais lancer une bombe sur le Japon...ça va les réveiller...je vais provoquer la 3ème guerre mondiale...I Fuck Americans..."
Quand je lui dis que je suis français :
"Ah français...hum...jinjin !
-Quoi ?
-Jinjin !
- (...)
-Tu connais pas jinjin ?! Oh my gott ! Oh my gott ! (
il dit ca 150 fois par jour ; "tampon israel ! oh my gott! fuckin Israel !)
-Non, qu'est-ce que c'est qu'ce truc ?
-Oooooh....America, SWAT. France, jinjin !
-Hum...Ah GIGN, ouh la d'accord.
-Yes, jinjin. Jinjin good !
-Mmmm...
-Lechione ?!
-Euh...la legion ?"

Et comme ça pendant des plombes. Quand j'essaie de changer de sujet, le plus souvent il ignore la question et enchaîne. Quand je lui demande son nom, il dit qu'il s'appelle "PEACE", parce qu'il déteste la paix. Un peu gavé, je me met au pieu, le casque sur les oreilles signifiant clairement "Ne pas déranger". Après une demi-heure, en bonne voie vers le sommeil, il se met a rigoler comme un bossu, m'appelle.
"Aujourd'hui, j'ai tiré sur un chat (il se marre)
-T'as tiré
sur un chat ?!
-Je l'ai pas tué mais j'ai tiré dessus (il mime et bruite un tir)
-T'es carrément malade",
dis-je avec un sourire, amuse par sa folie. Et il se marre de plus belle, heureux de son effet.


Pendant les quelques jours passés a Amman, il changera pas de disque et fera son numéro a tous les nouveaux arrivants. Centre des conversations, clown de service, mascotte ou tête de turc, faisant rire ou peur, il met une certaine ambiance dans l'hôtel. Le dernier jour, après de nombreuse tentatives, on déniche enfin son vrai prénom, mais il apprécie moyennement qu'on casse le mythe.
J'entendrais de nouveau parler de lui a Petra. Des touristes l'auront croisé dans un autre hôtel, et auront plus ou moins les mêmes histoires a raconter. Aux dernières nouvelles, équipé de son nouveau passeport vierge de tous tampon, donc suspect, il s'est fait refouler a la frontière syrienne.
Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Samedi 31 mai 2008 6 31 /05 /Mai /2008 16:50
Aussi bien que je me sente a Damas, il est tout de même temps de bouger. David, un australien déjà aperçu a Alep, se trouve dans le même dortoir que moi et pars également pour Amman, en Jordanie. On arrange donc un taxi pour pas trop cher. David est une espèce de sosie de Fidel Castro jeune. Brun, une longue barbe et le même style de casquette que Fidel, il fait autour de 2 mètres et est entièrement habillé de noir. Décris comme ça, ça peut faire peur, mais il est doux comme un agneau. En Australie, entre autres choses, son dernier boulot était de tenir une librairie anarchiste et libertaire a Brisbane. Il est super calme, agréable a vivre, et très doué pour raconter toutes sortes d'histoires. On fait les 200 km en 7 ou 8h, s'arrêtant souvent pour que le chauffeur puisse faire ses petits traffics, d'alcool apparemment. On est probablement que des prétextes pour le chauffeur, qui fait le gros de ses benefs avec ses magouilles (ce qui explique sans doute aussi pourquoi il nous a donné tout de suite le prix juste pour la course).
Le passage de frontière se fait sans problème.
Déposés au centre d'Amman, on tombe sur un expatrié suisse qui nous conseille le Farah Hotel. Je le conseillerai a mon tour. De loin le staff le plus sympa, serviable et le mieux informé que j'ai rencontré jusqu'à présent. Et absolument bilingue avec ça. Quand on demande comment se rendre a tel site, ils sont capables de sortir des trucs du genre : "ben vous pouvez le faire dans un tour avec nous, mais ça va vous coûter plus cher. Le mieux, c'est de prendre tel bus a tel endroit qui coûte tant...ce sera aussi bien et beaucoup moins cher". C'est pas courant d'entendre ça !
Je vais prendre une chambre alors que David va téléphoner a des palestiniens connus sur un site internet libertaire, espérant squatter chez eux. Même s'il passe son séjour a Amman avec eux, il finira par revenir a l'hôtel pour dormir. Aussi intéressants soient-ils, les libertaires vivent encore tous chez leur maman.

PS Toujours aucune photo de Jordanie et ses joyaux après 10 jours dans le pays...Ici la vie est 3 fois plus cher qu'en Syrie, mais internet bien bien moins efficace. C'est retour au moyen-âge. Internet est très lent et leurs ordis fonctionnent au charbon. J'ai même du mal a trouver de quoi me graver un dvd. Mes photos s'entassent, ma carte mémoire est pleine, je suis même forcé d'effacer des photos pour faire le vide. Je m'y attaquerai de retour a Damas.
Par Jullian - Publié dans : JORDANIE
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Samedi 31 mai 2008 6 31 /05 /Mai /2008 14:59
Toujours a Damas, un matin, au rez-de-chaussée de l'hôtel, Clément et moi nous faisons alpaguer par une syrienne qui cherche des étrangers pour faire figurant dans un film. Ça nous prendra 4 heures et on sera paye 1000 S.P. (20 $, 15 E), ce qui a pour effet de dissiper nos dernières hésitations. Ça se passe dans une boite de nuit et on devra danser, ce qui promet d'être pathétique et amusant.
En attendant,  je me rends a l'ambassade iranienne. Je remplis les formulaires et me fait faire des empreintes de tous les doigts et des mains. A la demande du gouvernement français, s'excuse platement l'employé qui ne comprend pas l'utilité de tout ça. Il m'avoue aussi que ma nationalité peut parfois poser problème. Sur que les récentes déclarations de Sarko et Kouchner ont pas du aider. J'ai demandé un visa de 30 jours. On verra si j'obtiens le visa, et pour combien de temps. Résultat de la loterie dans 15 jours, toujours a Damas.


12h30. Clément, François, moi et Holly, une anglaise, sont les seuls touristes a avoir été déniché par l'assistante casting. On se tasse tous dans une voiture en direction du club. L'équipe de tournage prépare la scène, la star féminine se fait maquiller son visage botoxé, le réalisateur tourne en rond au milieu des électros, donnant des consignes et observant le décor. Un groupe de nanas habillées plus ou moins comme des poufs squattent un coin de la salle. Ce sont les autres figurantes, avec qui on va devoir danser. Ça fait étrange de se retrouver a danser devant une équipe de tournage avec les filles les moins habillées de Syrie.



Je suis le premier a tourner de notre petite bande. Je dois juste me mettre au comptoir (ça je sais faire), a boire une boisson fluo. Plus tard, on me présente ma "petite amie", avec qui je dois discuter. Puis je dois danser un slow avec une autre nana, une belle pépée en tenue moulante. Ay Caramba ! Pas désagréable du tout. Même si les regards amuses de mes collègues font qu'il est difficile de garder son sérieux. Clément, avec sa barbe et ses cheveux longs, et qui, pour l'occasion, a mis une chemise a carreaux, un jean, et des grosses godasses, ressemble a un bûcheron qui vient s'éclater en ville après des mois a couper du bois au fin fond du Canada. Le petit chanceux a comme partenaire Rose, une figurante qui ressemble a un trans ou un travesti. Elle veut être actrice a Hollywood, moi je la verrais bien dans un film d'Almodovar, c'est pas plus mal. Pour l'anecdote, ma "petite amie" veut être astronaute. Soit ce sont des filles vraiment très ambitieuses, soit elles ont un sens de l'humour difficile a percer. Voir Clément le bûcheron se déhancher sur des rythmes endiables avec Rose est vraiment trop drôle. François, lui, déconne et tente de draguer, alors qu'Holly est un peu délaissée, servant a remplir l'image essentiellement. Mais on lui propose de revenir le lendemain, pour une scène en bikini au bord d'une piscine, pour laquelle elle serait payée 100 $ !


On attend beaucoup et l'équipe de tournage, même si elle tourne peu (1 ou 2 prises en général), prend des plombes a préparer les scènes et manque sévèrement d'organisation. Le maquillage des starlettes en particulier est interminable (2-3 kilos par visage). On finit par s'ennuyer, on creve de faim, et le tournage s'éternise. Mais on finit par en sortir, ravi de l'expérience, un peu surréaliste dans le contexte.
Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Samedi 31 mai 2008 6 31 /05 /Mai /2008 13:59
En arrivant sur mon site, j'ai cru que ça avait buggé quelque part. Le taux de fréquentation du site a décuplé du jour au lendemain ! Et puis je me suis rappelé que j'avais répondu a une interview pour blogonautes. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça a un effet positif...
Pour ceux qui ne font que passer, pour voir de quoi ca a l'air, et passerons a autre chose, merci de votre curiosité, j'aime rien tant que les gens curieux. Pour mes 4 petites femmes (je suis pas encore polygame, je parle de ma mamie, ma mère, ma soeur et ma nièce) qui ont aucune idée de quoi je parle, mais qui seront bien fières de voir qu'on parle de leur petit homme quelque part, ça se passe ici :

link
Par Jullian
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 12:53
En fin de journée, je vais a pied dans le Nord de la ville, les collines escarpées qui longent la cite en point de mire. J'arrive au pied de celles-ci et la ville se transforme petit a petit en village, une banlieue ou vivent les pauvres. Les rues se resserrent, les maisons sont plus basses, plus colorées, décrépites. Les voitures sont rares, les habitants traînent sur le pas des portes, les enfants jouent sur la route. C'est un tout autre monde.


A mi-chemin d'une montée fatigante, un groupe d'enfants se met en tete de m'escorter jusqu'au sommet. Ils sont bruyants, excites, me tournent autour en braillant. Pas idéal pour une ballade. Je suis sauve par un flic qui m'invite dans son "commissariat", une bicoque toute pourrie ou trois flics sirotent du mate et fume la sheesha, tranquillement installe sur le balcon, avec panorama sur Damas. Je reste donc avec eux une bonne demi-heure, discuter, tirer sur le narguilé, et boire leur mate plutôt dégueulasse. En fait je savais pas ce que c'était. C'est la première fois que j'en buvais. Des feuilles séchées dont ils remplissent le verre, rajoute du sucre par dessus, et verse de l'eau chaude. On boit ça avec une paille en fer décorée. J'avais l'impression de boire du jus de gazon. Comme on déconnait sur un des flics et de sa vie avec ses quatre femmes, celui-ci me propose de venir manger chez lui a l'autre bout de la ville, pour voir ça de plus près et goûtera leur bonne cuisine. Mais je suis pas d'attaque, je refuse poliment. Le mystère de la vie polygame, ce sera pour une autre fois.


Je repars pour mon ascension, de nouveau rejoint par trois petits branleurs qui, une fois en haut, me casse les couilles pour que je leur donne de l'argent. Du haut de leur 12 ans, ils tentent de m'intimider, de me menacer. Ils se barrent quand je suis a deux doigts de leur foutre mon pied au cul. Je pose mes fesses près du sommet, au-dessus des dernières habitations.


Je reste deux heures la-haut, a regarder Damas plonger dans le noir, les lumières de la ville prenant le relais, s'allumant une a une. Je me mets des musiques planantes dans les oreilles. Je suis bien.
Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 12:29
Mon plan est de remonter dans le Nord, vers Tartus, Lattaquié, le long de la courte cote méditerranéenne syrienne. Mais Damas me retient prisonnier, j'ai aucune envie de bouger. Ne rien faire a Damas m'intéresse plus que toutes les visites, les beaux sites a explorer aux alentours. Pendant quelques jours, je m'installe donc dans une petite routine remplie de ballades, falafels, photos et discussions avec des travellers, et de beaucoup de glande, de contemplation. Une glande si prenante que jamais l'ennui ne m'effleure. Je ne touche même pas a mon "Moby Dick" dont je n'ai pas lu une page en une semaine.


Une vie simple, en partie en compagnie de Clément, un voyageur toulousain qui en est a son neuvième mois sur les routes. Relax, simple, calme, un voyageur comme je les aime. Puis rejoint également par un autre français ( c'est dingue la proportion de voyageurs français dans le Moyen-Orient), prénommé François. Bien moins calme, bavard, avec 3000 histoires a raconter, mais bien marrant et agréable.


Je passe une matinée a la Mosquée Omayyade, me posant dans la cour, et dans le hall de la prière. J'observe les pratiquants, les différents touristes, occidentaux ou pas.


Un groupe de pèlerins iraniens prient en pleurant, écoutant leur imam qui gémit et semble se sentir coupable de quelque chose. J'ai appris plus tard que c'était sans doute des sunnites, qui se reprochent de n'avoir pu empêcher le meurtre d'Ali, leur prophète.


Au milieu du hall, se trouve un Mausolée contenant une des têtes de Saint Jean Baptiste ! Apparemment, il en aurait plusieurs puisque ce n'est pas le seul endroit qui renferme sa précieuse tête...J'ai entendu qu'il y en aurait été fabriquées 7 a l'origine, pour les revendre et se faire de l'argent de poche...


Un groupe de femmes prient en silence, immobiles comme des statues, entierement drapées de blanc. Elles dégagent quelque chose d'étrange, comme une procession sortie d'une scène d' "Eyes wide shut".


L'endroit est un lieu de prière mais aussi un lieu de vie. Des musulmans discutent accroupis en rond, rigolant, téléphonant. D'autres sont allonges, semblant faire la sieste. Des enfants passent, jouant, dansant devant des femmes voilées en plein bavardage.

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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 21:54
On prend le bus le matin pour Damas. Ici aussi les prix sont plus chers que prévu. J'apprends peu après qu'il y a deux semaines, le prix du pétrole a augmente de 300 % en Syrie, du jour au lendemain. Ça joue naturellement sur toute l'économie du pays.
On choisit un hôtel charmant (qui se trouve être le moins cher aussi, forcement), dans une vieille maison avec une grande cour intérieure. Un endroit qui incite a traîner dans les fauteuils, a fumer le narguilé ou boire un thé, avec le son de la fontaine en fond sonore et un toit de lierre qui protège du soleil et diffuse une lumière relaxante. Le staff est pas top sympathique mais je passe l'éponge, vu le prix et le décor. On s'installe sur le toit, ou des matelas sont installes en rang d'oignons.


Helene et Benoit sont déjà passe par Damas a leur arrivée, et ils ont le sens de l'orientation. Je les laisse donc me guider dans la vieille ville, passant par le souk et ses allées couvertes, la Mosquée Omayyade, se perdant avec bonheur dans les labyrinthiques ruelles aux lumières et aux odeurs contrastées.


On tombe sur une succursale du Centre Culturel Français, ce qui me permet de voir une expo photos et vidéos d'une qualité rarement vue (faut dire que je fréquente pas trop ce genre de lieu).


On passe la soirée a fumer la sheesha dans un magnifique café-resto, le Jabri, superbement décoré, la aussi dans une cour intérieure. La clientèle est essentiellement locale, musique arabe, atmosphère envoûtante, bonne ambiance.


Damas est une ville sublime, ou il est facile et agréable de se promener. Les gens sont aimables et relax. Je me sens bien. Je me ballade, appareil autour du cou, en compagnie d'Helene et Benoit, et j'arrive a prendre des photos des passants sans me sentir trop gêne, ce qui est une première amélioration.


En fin de journée, je me paie un hammam, sans massage. Un petit plaisir que je me suis déjà offert en Turquie. J'adore traîner dans le sauna, y rester cuire comme une pomme-vapeur. Surtout que la chaleur me rend euphorique, complètement perché. Je sors de la propre et détendu comme jamais, prêt a accompagner les Lillois pour leur dernière soirée en Syrie.


On se fait un bon resto dans une de ces vieilles maisons de la vieille ville. Le dîner se finit au son du Oud et du tambourin. Deux musiciens sont venus chanter pour détendre les fumeurs de narguilé. Leur avion est a 4h du matin, alors on tue le temps en discutant, fumant, affale dans la cour de l'hôtel, jusqu'à ce que le taxi vienne les prendre, déjà plus ou moins zombifiés.
Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 21:45
Tout le monde rentre donc a l'hôtel mais ma soirée est encore loin d'être finie. Dans le salon de l'hôtel se trouve Mohammed, le gérant de l'hôtel, deux syriens, et Nils, un danois. Affale dans un fauteuil, il sirote bière sur bière tout en déconnant avec les syriens (se foutant les uns des autres sans se comprendre). Naturellement, je me joins a eux et reçoit thé, bière et cigarettes. La soirée commence bien. Ça doit faire un mois que j'ai pas bu, et les bières se boivent vite et bien. Nils, sorte de j'm'en-foutiste charismatique, a quelques bonnes anecdotes sur les semaines précédentes de son voyage. Je me rappelle surtout de celle ou, a Damas, il est parti en boite, ou il s'est trouve qu'elle était peuplée de jeunes russes assises les unes a cote des autres...Bien sur, il a essaye d'en draguer une ou deux, mais pas décidé a sortir le porte monnaie pour ça, elles sont allé voir ailleurs. Nils en était pas moins bourre et en tentant de retourner a son hôtel, il s'est fait embarquer brutalement par des flics syriens, pour une raison inconnue (si ce n'est son ébriété). Après une bonne heure d'intimidation et d'interrogatoire, et voyant qu'il ne tirerait rien de ce drôle de numéro qui faisait semblant d'être idiot, ils l'ont relâché je ne sais ou, toujours sans explication.
Le fait qu'il se soit fait dépouillé en Turquie par des mecs qui le menaçait avec son propre couteau m'a également bien fait rire.
Un jeune américain tout beau tout propre est alors arrive, vers 1h, avec l'air d'atterrir directement d'Harvard. Cherchant une chambre pour la nuit, on a vite de l'accueillir comme il se doit. Après un petit moment, il s'est mis a discuter avec les syriens dans un arabe parfait. Nils et moi on est reste un peu cons, puis la conversation a pu se poursuivre dans les deux langues, avec un traducteur de bon niveau. Décidé a voir le lever du soleil sur les ruines, il est parti se coucher vers 3h, nous laissant, moi, Nils, Muhammed, et nos bières. Comme cela arrive parfois quand un étranger est en confiance, fatigue ou bourre, Muhammed a alors lance la conversation sur le sexe, très curieux du comment ça se passe par chez vous. Bien sur, la pudeur et la bienséance m'ont fait quitter cet endroit malfaisant, et je suis parti au lit immédiatement ou j'ai dormi comme l'ange que je suis...
En vrai je me suis couche sur les coups de 5h, inquiet quant a mon rendez-vous matinal et le trajet en bus, presque désolé de quitter une soirée aussi bizarre, dont les détails et propos ne peuvent être révélés ici malheureusement. CENSURE
Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 21:08
Palmyre. Baal Shamin Hotel. La négociation fait passer le prix de 350 a 200 Pounds. J'ai même droit a ma propre salle de bain, quel luxe! La bonne affaire est compensée par le fait que quand je lui dis que je vais manger, il me traîne dans un superbe petit resto, ou la bouffe est quelconque et la facture plutôt extraordinaire. Des fois j'ai vraiment des pertes de lucidité !
Je me rends sur le site, qui est a deux pas, et commence a errer dans les ruines. Je me contorsionne pour trouver les bons angles pour mes photos, et sortir les touristes disperses de mes cadres. Je repousse les premiers marchands de conneries, les chameliers...


Je vais dans l'enceinte de l'impressionnant Temple de Bel. A l'entrée, un vieux guide parlant français (parmi 36 autres langues) m'offre un thé et me fait un baratin du diable. Mais je reste ferme, les considérations historiques des vieilles pierres me laissent froid. Je n'ai pas besoin d'un guide qui m'imposera son rythme, sa vision, et son blabla interminable. Je fais le tour tranquillement, en cherchant l'ombre protectrice des colonnes. Je reste ensuite près d'une heure assis a l'ombre, avec le guide, qui me parle histoire, tourisme, et d'autres choses, sans oublier de revenir a la charge régulièrement, peaufinant son argumentaire, améliorant l'offre et baissant le prix. Je finis par craquer pour un petit tour a moto le lendemain que de mauvais calculs me font croire avantageux.


Rendez-vous avec le guide a 10h sur le site. Je me lève, bien sur, a la bourre, et me fait inviter au petit dej. par deux Lillois, la charmante chieuse Helene, et le bavard bien marrant Benoit. Deux collègues en Syrie pour 10 jours. On se présente et tout le tralala, je m'attarde. Le guide finit par me trouver en terrasse, chevauchant sa moto, pimpant, énergique et bavard comme jamais. Il m'emmène sur des routes ensablées pour visiter des tours-tombeaux ouvertes a des heures bien précises. Notre retard s'avère positif car on arrive au moment ou les groupes partent. Malheureusement, l'atmosphère est pas au rendez-vous. Sans doute très intéressant d'un point de vue archéologique, historique, mais chiant pour le gars comme moi qui cherche des ambiances, des lumières, des émotions, des images. La petite excursion est finie au bout d'une heure et c'est tant mieux.


Je retrouve mes lillois vers midi. Pendant qu'on mange, une tempête de sable se lève. Le vent souffle fort, le soleil perce de plus en plus difficilement la couche de sable qui voile un ciel devenu orange.


Au bout d'une heure ou deux, le vent est un peu retombe. Benoit est decide a aller voir les ruines, quitte a manger du sable. Je l'accompagne. Je le regretterai pas, l'atmosphère est fabuleuse.
La couleur du ciel, les brumes de sable dramatisent le paysage, les ruines n'en sont que plus belles. Aucun touriste n'est dans les parages. Tout ça combine me donne l'impression de déambuler au milieu du désert, dans une ancienne cite encore inconnue. On revient chercher la princesse, qui sort doucement de sa sieste, et on se dirige vers la citadelle, perchée sur une colline a une extrémité du site. On se prend toujours du sable dans le visage mais la promenade est très agréable. Je commence alors a prendre Hélène et Benoit en photo, a un rythme qui ne fera que s'accélérer les prochains jours. Cobayes volontaires, ils se prêtent au jeu pendant que j'essaie de prendre LA photo, qui ne viendra pas.

Le soir, on mange dans un super petit resto, le Spring Restaurant, tenu par Muhammad, qui parle français avec comme un accent du sud. On y retrouve une archéologue française d'environ 60 ans, que les lillois ont rencontre plus tôt. Elle dirige des fouilles a Palmyre et a des tas de choses a nous apprendre sur l'archéologie, comme sur la culture arabe et syrienne, entre autres. Elle est tres simple, tranquille, de bonne compagnie. Elle forme une espèce de duo comique avec Mohammad, qui passe son temps a la chercher, la taquiner. La spirée se termine en sirotant une bonne tisane maison offerte par le maître de maison, et par une série de photos plus ridicules les unes que les autres, entre autres âneries.
Rendez-vous pris le lendemain matin. On quittera ensemble Palmyre pour Damas. Chacun retourne a son hôtel.


Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 20:45
Je passe encore une soirée planté sur la place centrale. Je suis accoste par un chrétien et son jeune fils. On parle ensemble des choses habituelles : famille, travail, voyage, religion. Son ainé, âge de 14 ans, appelé entre temps a la rescousse par téléphone, nous sert d'interprète. Il parle un anglais impeccable que sa mère lui enseigne quotidiennement, comme elle enseigne a son mari. Cette femme revient souvent dans la discussion, comme une figure tutélaire, la chef de famille a l'intelligence supérieure. Elle m'intrigue mais je n'arrive pas a savoir exactement qui c'est, si ce n'est qu'elle est syrienne et catholique, et je n'aurai pas la chance de la connaître.


Je reste avec eux une bonne heure, continue ensuite a prendre quelques photos, puis vais finir la soirée avec Tariq, un vendeur de tissus rencontre deux jours plus tôt. Je suis reçu comme un membre de la famille. D'ailleurs, il fait bien comprendre aux autres autour que je suis son ami (et pour une fois, ça ne sonne pas comme si j'étais un trophée, "l'ami touriste"). Il me fait penser a Bobo, le fabuleux birman rencontre a Mandalay deux ans plus tôt. Même léger embonpoint, même douceur, même générosité et curiosité. Il se rappelle de tout ce que j'ai pu lui raconter il y a deux jours. Je l'entend résumer aux autres ce qu'il sait de ma vie, ma famille (il se rappelle du prénom de Maissanne, dont je lui ai montre des photos). On dit qu'au Moyen-Orient, et chez les musulmans, la famille est extrêmement importante, sacrée. C'est sans doute vrai pour des tas d'endroits sur la planète, mais c'est particulièrement frappant. Quand ils apprennent qu'a 29 ans je suis encore célibataire et sans enfant, une poignée semble me comprendre, d'autres pas du tout, mais j'ai plus souvent l'impression qu'ils me plaignent, sont tristes pour moi. Quand je leur dis que j'en voudrais plus tard ou que je leur parle de ma petite nièce adorée, leur regard s'illumine, et un large sourire approbateur et chaleureux semble me dire que je suis un des leurs.
Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 20:04

Je fais du stop pour le retour de Dura Europos. 2 mn et un minibus s'arrête. Je me retrouve avec 3 institutrices et 2 instituteurs qui reviennent de la frontière irakienne. Leur journée est finie. Tous les jours, ils font 1h30 de trajet pour enseigner la-bas, 1h30 pour en revenir.


Pendant le trajet, je discute avec Suad, qui parle bien mieux anglais que moi. C'est rare de se retrouver avec des femmes par ici. Ça change, c'est bien. Et elle est ravissante et drôle, ce qui ne gâche rien. Cette rencontre me confirme l'impression que j'avais jusque la, a savoir que les femmes syriennes sont fières et ont du caractère a revendre.


Les premiers jours, le nombre impressionnant de femmes voilées frappe, même en venant de la religieuse Urfa, en Turquie. Beaucoup sont entièrement vêtues de noir, ne laissant qu'une partie de leur visage visible, voire que les yeux. Certaines sont même complètement dissimulées. Le voile qui les couvre doit être assez fin pour qu'elles voient a travers. Il est difficile, quand on les voit au bout de la rue, de savoir dans quel sens elles sont, c'est assez perturbant. Ces dernières femmes mises a part, qui restent mystérieuses, il semble évident que la plupart sont loin d'être soumises, et sont bien vivantes. Ça se sent, a les voir en famille ou entre amies, par leur comportement, leur façon de parler, leur bonne humeur ou leur colère, leur façon de transformer la tenue imposée par la religion en summum de l'élégance...
Avec Suad, la discussion est libre, impertinente, sans retenue, mais malgré tout, même en en faisant un jeu, je n'aurai pas moyen de la prendre en photo, elle reste aux aguets, prête a se cacher si je brandis mon appareil. Après, a quoi est du cette pudeur extrême, j'en sais rien.

Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Dimanche 18 mai 2008 7 18 /05 /Mai /2008 17:22

Alep me laisse sur des impressions mitigées. J'arrive a Deir-es-Zur, petite ville de l'est, pas loin de la frontière irakienne, avec un certain soulagement. Les gens ici sont très agréables, accueillants, curieux, voire bavards. J'aime me poser sur la petite place centrale le soir et observer le ballet des passants harangues par les marchands de rue, les petites familles qui se promènent, les jeunes qui se regroupent pour traîner. La ville, encore somnolente le matin et un peu léthargique sous le soleil d'après-midi, prend pleine vie a la nuit tombée.
Les magasins ne ferment qu'a minuit ou plus, quand les dernières familles se décident a rentrer chez elles, gavées sans doute de l'énergie particulière qui circule ici. Au milieu de tout ça, assis, je scrute, prend des photos, et me fait régulièrement aborde par des syriens curieux et avides de conversation. C'est une bonne manière de voyager en fin de compte que de rester immobile a l'endroit bien choisi.


Deir-es-Zur est au bord de l'Euphrate, dans la mythique Mesopotamie, et aux portes du désert. Un désert plat, gris-jaune, rocailleux, a perte de vue. En allant visiter les ruines de Dura Europos, a une heure de la, je descends du minibus au bord d'une longue et droite route bitumée. A 360 degrés, du désert jusqu'à l'horizon. A l'exception de ces ruines, qui surgissent de terre a 1 km de la route.
Il est 11h passe, le soleil tape dur. L'air est déformé par la chaleur, comme au-dessus d'un barbecue, et j'ai l'impression d'êtrela viande qui y grille.
Les ruines sont belles. Pas un touriste a l'horizon. Le site se finit par une falaise. En dessous, l'Euphrate et une vallée verdoyante. Quelques jeunes pêcheurs sur un canot. Deux-trois rapaces qui survolent les environs. Et malheureusement des nuages de moustiques minuscules qui me font des misères. Mais la vue n'en est pas moins belle.


Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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Dimanche 18 mai 2008 7 18 /05 /Mai /2008 15:19
Mon premier jour en Syrie coïncide avec le début des "troubles" au Liban. Des dizaines de morts dans une espèce de guerilla urbaine dans le sud de Beyrouth. Je suis parti faire mon tour en Syrie en espérant que ça se calme et reste localisé. Mais au moment ou j'écris, une bonne semaine plus tard, tout n'a fait qu'empirer. Les combats et les zones interdites s'étendent. La tension aux frontières syrienne et israélienne est a son comble. Aéroports fermés, routes bloquées, un seul passage de frontière sécurisé, destine a faire sortir les gens plutôt qu'a les inviter a venir. Il est plus ou moins interdit de s'y rendre et très complique d'en sortir (des touristes ont du payer 100 $ pour trouver un taxi qui les emmène au poste frontière). Mon voyage tant attendu au Liban tombe a l'eau. Et ce beau pays s'enfonce une fois de plus dans la guerre. Ici, il est difficile de savoir ce que pensent les syriens de tout ça. Certains semblent tout de même déplorer la situation, n'aspirant qu'a la tranquillité, d'autre semblent loin de tout ça. D'autres semblent plus ambigus, mais pour savoir ce qu'ils pensent, avec la barrière de la langue, et le fait que la politique est un sujet assez tabou, ça devient complexe. Il faut dire qu'il vivent sous une monarchie dictatoriale déguisée en république. La liberté de parole est limitée et le peuple a longtemps vécu, comme aujourd'hui encore en Birmanie, sous la menace des informateurs. Les portraits de Bashir-El-Assad, président qui a hérité le pouvoir de son père, côtoient souvent dans les magasins les portraits du chef du Hezbollah (fouteur de merde au Liban et ailleurs, donc). J'ai cru comprendre quela Syrie et Israel se font une sorte de guerre d'influence (et pas que) au Liban, profitant des divisionsinternes. Les deux pays ont peur que le Liban tombent aux mains de l'autre (d'où la présence des syriens la-bas). Bref, c'est un beau sac de noeud. La situation m'échappe et les informations me manquent, mais ça a l'air d'être une fois de plus une guerre de pouvoir et pas une guerre des peuples. Et ça a l'air d'être parti pour durer.


Par Jullian - Publié dans : SYRIE
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