Dimanche 18 mai 2008
Alep me laisse sur des impressions mitigees. J'arrive a Deir-es-Zur, petite ville de l'est, pas loin de la frontiere irakienne, avec un certain soulagement. Les gens ici sont tres agreables, accueillants, curieux, voire bavards. J'aime me poser sur la petite place centrale le soir et observer le ballet des passants harangues par les marchands de rue, les petites famillent qui se promenent, les jeunes qui se regroupent pour trainer. La ville, encore somnolente le matin et un peu lethargique sous le soleil d'apres-midi, prend pleine vie a la nuit tombee. Les magasins ne ferment qu'a minuit ou plus, quand les dernieres familles se decident a rentrer chez elles, gavees sans doute de l'energie particuliere qui circule ici. Au milieu de tout ca, assis, je scrute, prend des photos, et me fait regulierement aborde par des syriens curieux et avides de conversation. C'est une bonne maniere de voyager en fin de compte que de rester immobile a l'endroit bien choisi.

Deir-es-Zur est au bord de l'Euphrate, dans la mythique Mesopotamie, et aux portes du desert. Un desert plat, gris-jaune, rocailleux, a perte de vue. En allant visiter les ruines de Dura Europos, a une heure de la, je descends du minibus au bord d'une longue et droite route bitumee. A 360 degres, du desert jusqu'a l'horizon. A l'exception de ces ruines, qui surgissent de terre a 1 km de la route.
Il est 11h passe, le soleil tape dur. L'air est deforme par la chaleur, comme au-dessus d'un barbecue, et j'ai l'impression d'etre la viande qui y grille.
Les ruines sont belles. Pas un touriste a l'horizon. Le site se finit par une falaise. En dessous, l'Euphrate et une vallee verdoyante. Quelques jeunes pecheurs sur un canot. Deux-trois rapacent qui survolent les environs. Et malheureusement des nuages de moustiques minuscules qui me font des miseres. Mais la vue n'en est pas moins belle.
par Jullian publié dans : Syrie
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Dimanche 18 mai 2008
Mon premier jour en Syrie coincide avec le debut des "troubles" au Liban. Des dizaines de morts dans une espece de guerilla urbaine dans le sud de Beyrouth. Je suis parti faire mon tour en Syrie en esperant que ca se calme et reste localisé. Mais au moment ou j'ecris, une bonne semaine plus tard, tout n'a fait qu'empirer. Les combats et les zones interdites s'etendent. La tension aux frontieres syrienne et israelienne est a son comble. Aeroports fermes, routes bloquees, un seul passage de frontiere securise, destine a faire sortir les gens plutot qu'a les inviter a venir. Il est plus ou moins interdit de s'y rendre et tres complique d'en sortir (des touristes ont du payer 100 $ pour trouver un taxi qui les emmene au poste frontiere). Mon voyage tant attendu au Liban tombe a l'eau. Et ce beau pays s'enfonce une fois de plus dans la guerre. Ici, il est difficile de savoir ce que pensent les syriens de tout ca. Certains semblent tout de meme deplorer la situation, n'aspirant qu'a la tranquilite, d'autre semblent loin de tout ca. D'autres semblent plus ambigus, mais pour savoir ce qu'ils pensent, avec la barriere de la langue, et le fait que la politique est un sujet assez tabou, ca devient complexe. Il faut dire qu'il vivent sous une monarchie dictatoriale deguisee en republique. La liberte de parole est limitee et le peuple a longtemps vecu, comme aujourd'hui encore en Birmanie, sous la menace des informateurs. Les portraits de Bashir-El-Assad, president qui a herite le pouvoir de son pere, cottoient souvent dans les magasins les portraits du chef du Hezbollah (fouteur de merde au Liban et ailleurs, donc). La situation m'echappe et les informations me manquent, mais ca a l'air d'etre une fois de plus une guerre de pouvoir et pas une guerre des peuples. Et ca a l'air d'etre parti pour durer.
par Jullian publié dans : Syrie
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Dimanche 18 mai 2008
La vie est vraiment bon marché en Syrie. Ce qui m'arrange bien parce que les tres rares distributeurs du pays n'acceptent que les visas, et ma reserve de dollars est pas enorme. On trouve par exemple de tres bons falafels pour l'equivalent de 25 cts d'euros ! Et on peut trouver de quoi dormir pour 4-5 $. Par contre, c'est sur qu'il vaut mieux marchander sec par ici, contrairement a la Turquie, ou les prix sont souvent clair, et ou ils essaient pas trop d'arnaquer le touriste. En Syrie, c'est a la gueule du client.

En allant justement prendre un de ces falafels a 3 sous, un syrien tout droit sorti d'Alice aux pays des merveilles me tombe dessus. Il me tourne autour en parlant (bien) anglais avec le debit d'une mitraillette, tout en souriant comme en plein delire. On dirait le chapelier fou ou le lapin blanc, si vous arrivez a suivre mes references. Sans plus de presentation que ca, il se met a me raconter des blagues debiles a moitie droles, completement mort de rire. Avant de me quitter, tout aussi brutalement qu'il m'est tombé dessus, car il est "en retard, en retard, je suis en retard" (j'invente meme pas), il me donne l'adresse de sites (en plusieurs langues) ou l'on me donnera toutes les bonnes raisons de me convertir a l'Islam, et son adresse, ou il attend avec impatience que je lui envoie des blagues...Et pshitt ! Il disparait dans la foule.
par Jullian publié dans : Syrie
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Jeudi 15 mai 2008
Vu la confiance que je porte a mon sens de l'orientation, et ma relative fatigue, j'evite le premier jour de m'aventurer trop loin dans cette grosse ville de 3 millions d'habitants. Je cherche toujours en vain un guide, du coup je ne sais pas ce qu'il y a a voir, a faire et ou ca se trouve. C'est plutot emmerdant.
La Syrie, c'est un tout autre monde. Ici, tout, meme les chiffres, sont ecris en arabe. Les gens qui parlent anglais sont plutot rares, et personne ne comprend un traitre mot de ce que j'essaie lamentablement de dire en arabe. "Oh l'arabe, c'est facile" qu'ils disent. Il faut le dire vite. Certains essaient de m'apprendre quelques mots, mais ca sort sous forme de charabia.
Je finis par trouver un Lonely Planet photocopié que je paie a prix d'or. Je déambule dans la vieille ville, le souk et ses alentours, et me paie une visite dans la citadelle qui surplombe la cité. Endroit idéal pour observer le ballet des pigeons voyageurs au-dessus des immeubles. Ici, beaucoup semblent élever des pigeons, qu'ils lachent dans les airs par dizaines et controlent par des sifflements. De belles formations de pigeons font donc des tours, des piqués, reviennent et repartent au son aigu des sifflements de leur maitre.
Un matin, je me decide a aller par mes propres moyens (c'est-a-dire minibus a gogo, stop et marche a pied) sur le site des "Dead Cities" (villes fantomes). Je me rend a la gare routiere et les embrouilles commencent. Certains ne me comprennent pas, d'autres me donnent des informations contradictoires, le bus est par ci, par la, y'a pas de bus pour y aller. Certains daignent meme pas me repondre, me parler. Apres que je lui ai demandé poliment, un mec reste immobile, a me fixer avec mepris, droit dans les yeux, sans decocher un mot. Une attitude que je retrouve plusieurs fois a Alep, et qui, au bout d'une journee, me mettra serieusement les nerfs a vif.
On m'envoie donc a une autre station de minibus, puis retour a l'envoyeur. On me conseille de me mettre sur la route et d'arreter le premier minibus qui y va. Pratique, quand on est pas capable de lire l'arabe...
Finalement le chauffeur d'un vieux bus tout pourri me dit qu'il y va. Depart dans 10 mn. Il essaie franchement de m'arnaquer sur le prix mais on s'arrange a peu pres.Une heure plus tard, le bus est toujours quasiment vide, et le depart est toujours pour dans 10 mn. Le calcul est vite fait. J'aurai moyen d'y arriver, mais pas de revenir avant la nuit, surtout si c'est la meme merde dans l'autre sens. J'en ai plein le dos, je me casse. Les "Cites fantomes", ce sera pour la Saint-Glinglin, tant pis.
par Jullian publié dans : Syrie
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Mardi 13 mai 2008
Le lendemain, reveil 7h30, rebelotte. La veille, j'ai cherche a savoir si y'avait un consul en ville ou quelquechose, mais le fameux guide en parle pas. Je repars donc a un autre point de passage, celui d'Oncupinar, toujours a l'arrache. Bus jusqu'a Kilis, puis taxi durement negocie pour les 7km jusqu'a la frontiere.


Au moins la, le poste frontiere ressemble a quelquechose, et c'est bien plus grouillant. Tout de suite, je me fais alpaguer par un officiel turque qui me fait remplir un questionnaire sur mon sejour en Turquie. Mon passeport se fait tamponner. L'officiel s'eloigne en me disant de l'attendre. Ca sent plutot bon. J'attends. J'attends. Je trouve une piece par terre. Une belle piece syrienne je suppose ou meme les chiffres sont en arabe. Je le prend comme un bon signe. J'attends. Ca fait une heure que je poireaute, j'ai rien mange de la journee, il va etre midi, j'ai envie de pisser, qu'est-ce qu'il fout? Je commence a poser des questions a des gens qui comprennent rien de ce que je peux bien baragouiner. Un mec finit par me dire que c'est pas possible sans visa. Qu'il faut que j'aille a l'ambassade syrienne a Antep (damned ! y'en a une !) et revienne ensuite. Merde alors ! Pas deux fois ! J'ai plus une thune turque de toute facon alors je pars, pas tres confiant, traverser le no man's land entre les deux frontieres. Un ou deux kilometres dans une espece de grand corridor grillage au milieu de nulle-part. Puis des champs de mines de chaque cote. Un mirador.Et la Syrie en vue.


Arrete par des policiers syriens tres affables, j'explique mon cas. Ils se concertent, me disent qu'il ne devrait pas y avoir de probleme, et m'indiquent ou aller.
Nouveau bureau. Ca s'agite, ca piaille, ca s'impatiente. Un routier syrien m'interroge, en bon anglais, et explique tout ca, en bon syrien, aux douaniers. Tout le monde se refile le bebe, qui finit dans les bras d'un vieux grincheux qui parle un peu francais. Il me regarde avec des yeux ennuyes et me dit que c'est pas possible. Je repete qu'on m'a dit qu'on pouvait envoyer un fax a Damas et obtenir l'autorisation. Il me fixe. Fait des allers-retour en soupirant. Revient et me dit que ca va prendre 5 h, pour essayer de me decourager. Je lui dit que de toute facon j'ai pas le choix, et que j'attendrai. Dans son regard defile la tonne de paperasse a remplir pour aider ce petit touriste. En plus il est midi passe. Mais il s'y colle, laborieusement.
Je souffle un peu. Ca avance.
Une demi-heure plus tard, je suis de l'autre cote, dans le bureau, a remplir plus ou moins moi-meme mon dossier. Je paie mon visa pour 15 jours, 28 $, deux fois moins que ce que je croyais. Quelques timbres, un bon vieux tampon. Je savais pas avec quelle tendresse, quelle joie on pouvait regarder un pauvre tampon. Et voila, en une heure, l'affaire est torchee. Ma piece m'a peut-etre porte chance.

Je sors cote syrien.

Un taxi me choppe. "Aleppo ? -Oui. -D'ou tu viens ? -France (la nationalite joue sur le prix annonce) - 30 dollars. -Non! 15. -15 pas possible, c'est 30. Allez viens. - Ben non alors." Je fait mine de partir. "Allez, 20 $, viens". Je grimace. Un autre mec gueule : "Aleppo ? - Oui, 15 $ ? - 15$ OK!". Je vais vers lui. Le premier s'enerve. Ils s'engueulent. Du coup le premier taxi s'aligne en grognant. En montant dans la voiture, le deuxieme gueule en plaisantant  "5 $ !". Le chauffeur, tout enerve, demarre en trombe, vociferant, et roule comme en plein rallye.
Au bout de quelques kilometres, il me refile a un mec qui fait l'exploit de rouler encore plus vite, et de pas me decocher un mot de tout le trajet. Les 50 bornes environ sont vite avalees.
Il me depose dans le quartiers des hotels et des marchands de pneus (curieux melange, des rues entieres avec l'un ou l'autre). Une chambre pas cher en comparaison avec la Turquie (5 $, dans la plus grande ville du pays).
Me voila en Syrie. C'est bon d'etre arrive.


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Mardi 13 mai 2008

Mercredi. Je suis tout concentre a mes preparatifs pour la Syrie. Je sais que je n'aurai pas de guide alors je cherche sur internet. C'est complique, le point de passage que je vais prendre, celui d'Akcakale/Tel Abyad, est apparemment le moins frequente de tous. Et cote syrien, ca a l'air desertique. Tout ce que je trouve, c'est le nom de 2 hotels a Raqqa, la ville la plus proche, a 60 km de la frontiere.
Je passe aussi pour la 3eme fois a la poste voir si mon colis (lunettes de rechange et nouvelle carte de credit) est arrive de France. Toujours sans verifier (il m'a fait le coup la derniere fois), il me fait comprendre qu'il n'y a rien. Ses facons me foutent un peu les nerfs. J'insiste tout en me contenant pour qu'au moins il verifie. Et c'est la qu'il me dit que c'est pas ici qu'il faut demander, mais a un bureau a l'etage. Tout en evitant de l'etrangler, je monte voir. Rien. Ca risque de prendre encore 10-15 jours (2 jours plus tard, ma mere me dit que, d'apres le suivi ca doit etre arrive...ah la poste turque ...). je vais pas rester 2 semaines a attendre donc, c'est decide, je pars pour la Syrie.

Lever tot mais, bien sur, en retard sur mon plan. Je quitte Urfa et prend un minibus pour la frontiere. Il faut savoir qu'en theorie, il est impossible d'obtenir un visa a la frontiere, et que ceux qui y sont parvenus ont du attendre jusqu'a 11h a la douane, avec souvent un petit pot-de-vin pour finaliser tout ca.
Je me dirige donc vers le poste frontiere en me demandant a quelle sauce je vais etre mange et priant pour que ca passe. Le poste est plutot desert. Trois pauvres voitures. Deux officiers. On me recoit poliment. "Ah ! No visa !". Un des turcs prend mon passeport et va a l'autre bout voir un collegue syrien pendant que j'attends, un peu anxieux, et pres a attendre des heures. Dix minutes plus tard, un douanier syrien arrive et me dit "Welcome to Syria!". Ouf ! Avant d'ajouter qu'il n'y a aucun moyen de me laisser passer et d'obtenir un visa ici. Aaaaaargh ! Il faut que j'aille a Antep, a quelques 200 bornes de la. Il est deja 11h passe. Ca sent le roussi. Je repars tout penaud. Je me fais prendre en stop, puis fourre dans un minibus. Retour a la case depart. Un minibus pour Antep dans la foulee, un orage qui eclate, et je suis largue je sais pas pourquoi ni comment en pleine banlieue d'Antep (1 millions d'habitants quand meme, c'est pas le village pittoresque!). Apres une bonne demi-heure dans les bus locaux, je trouve enfin le centre-ville. Decide a dormir ici cette nuit (assez d'emmerdes pour la journee), je crapahute sous la pluie a la recherche d'un hotel pas cher. Chose faite. Je me pose.
Antep est reputee comme le summum de la gastronomie en Turquie, alors autant profiter de cet arret imprevu. Je me gave d'une bonne assiette de kebap et craque pour un gros morceaux de baklava a la pistache ("patisserie faite de plusieurs couches de pate tres fine, avec du miel et des noix" L.P.). On dit qu'ici on trouve les meilleurs baklavas du monde. Je sais pas pour le reste du monde, mais ceux la sont juste divins (j'en ai le gout qui me coule de nouveau dans la gorge rien que d'en parler). Tout ca me met un peu de baume au coeur.

A moi la Syrie...ou presque

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Dimanche 11 mai 2008
Ajourd'hui, mardi apres-midi, je me rends a Harran, qui a la reputation d'etre l'une des cites toujours habitee les plus vieilles du monde. Arrive la-bas, il faut depenser un peu d'energie pour rejeter les guides potentiels, puis durant la visite, pour me debarrasser des enfants qui veulent de l'argent ou me vendre des conneries. J'ai l'impression de parader deguise en $ geant.


La partie ancienne du village est encore en grande partie composee de maisons en forme de ruche qui communiquent entre elles. L'aspect du village et le paysage aride donne un air d'Afrique a l'ensemble. Les habitants semblent pauvres et desoeuvres. Un groupe de touristes venus en bus traversent le village, escortes par des guides. L'ambiance generale est un peu inconfortable. Un peu plus loin, gisent des ruines et lieux de fouilles qui rappellent l'antique cite.
Je rentre a Urfa decu du voyage.


Cinq minutes a l'hotel et on frappe a ma chambre. Smo, Mehmet, et un de leur pote, Mustapha, sont venus me chercher. On rejoint Ali, Civan et 5-6 autres etudiants dans un parc pres de la fac, Ca chante, ca danse, ca joue de la guitare et meme du violon (un petit violon en forme de S).
Avec Civan, Smo, Mehmet, Mustapha et Gul (seule femme de la bande, au caractere bien trempe), on continue la soiree ailleurs. On fait un pique-nique nocturne a Golbasi (dans le coin d'Abraham), au bord d'un des bassins. On joue encore de la musique. La soiree se termine a minuit alors qu'il commence a faire vraiment froid. On reveille difficilement le vieux gerant de mon hotel qui, apres parlementations, se decide enfin a ouvrir, et je m'endors comme une souche.
par Jullian publié dans : Turquie
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Samedi 10 mai 2008
A midi, au resto Gulivar, je me retrouve en face d'un etudiant. La conversation s'engage sur les inevitables "D'ou je viens ?", "Quel est mon travail ?". Je lui demande s'il sait ou trouver des livres anglais. Il dit qu'il va me montrer. Il paie la note (pour nous deux, encore un repas offert) et m'entraine dans des tas d'endroits, on passe dans des mosquees, on visite des expositions de peintures (lui-meme est peintre), en particulier une dans une ecole, un petit college probablement, ou les ecoliers exposent toutes sortes de travaux, pendant que les professeurs forment un groupe de musique folklorique pas degueu. Je suis entoure de gamins curieux et anxieux quant a mon avis, et je signe le livre d'or. On visite meme une animalerie, ou un pauvre macaque pitoyable fait des roulades dans sa cage, a la demande du gerant qui veut amuser la galerie. Bien sur, dans tout ca, pas de librairie. J'insiste sur le but premier de notre ballade. On cherche et se renseigne mais rien. J'arriverai donc "a poil" en Syrie, avec pour seul compagnon le "Moby Dick" en anglais que j'ai deniche le matin. Un de ces livres que j'ai vraiment envie de lire, mais auquel je n'ose m'attaquer qu'en voyage.
La ballade avec Ali se poursuit jusqu'a la fin de journee, ou on se pose dans un bar de "djeuns" pour jouer au backgammon (auquel je l'ai battu, ca de moins pour les turcs "rois du backgammon" Ah Ah Ah).
En rentrant a mon hotel, on tombe sur trois potes a lui : Ismail, Mehmet et Civan.
Ismail, dit "Smo", est fele, bavard, drole, agite. Il parle tres mal anglais mais communique beaucoup en melangeant tout ce qu'il sait , en plusieurs langues apparemment. Il est possessif avec moi et veut tout le temps m'avoir au bras ( ici, les amis se promene au bras l'un de l'autre, ce qui fait quand meme bizarre au debut quand on le fait).
Mehmet alterne moments de calme, ou il semble le plus "raisonnable" de tous, et moments de douce folie ou il se transforme en lutin bondissant. Dans tous les cas, il garde un regard petillant, malicieux. Il ne parle pas du tout anglais mais se fait souvent mieux comprendre que les autres en communiquant par des mimes, souvent marrants.

Civan me semble a part. Pose mais drole, attentione mais pas envahissant. C'est un super guitariste, en particulier de flamenco. Je sais pas si ca joue, mais c'est le seul, parmi tous ces kurdes musulmans, a etre alevi, un Islam different, particulierement maltraite en Turquie(pour ceux que ca interesse:
 link ) Il parle un peu anglais, et je me sens rapidement proche de lui.

On passe une soiree memorable ensemble, entre promenade, the, jeu de okay...On finit meme dans un magasin de jouet a 23h, ou un pote qui y bosse nous laisse jouer avec un helicoptere radiocommande. N'importe quoi.
par Jullian publié dans : Turquie
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Samedi 10 mai 2008
J'hesite longtemps a me rendre au rendez-vous avec Murat, et finalement me lance, sans appareil ni rien d'important. Mais en sortant de l'hotel, j'entend des clameurs dans tous les coins, des voitures klaxonner a tout rompr. Des groupes de jeunes passent, sourires jusqu'aux oreilles et chantant. Au loin, j'apercois un attroupement.
Je retourne vite a l'hotel prendre mon appareil et avance au pas de charge vers ce "Ground zero" de la folie turque. Le temps de faire les 3-400 metres qui me separent de la manifestation, le defile a grossi, des files interminables de vehicules envahissent la rue, avec des gens assis aux fenetres, criant, agitant des drapeaux du Galatasaray. C'est donc officiel, Galatasaray est champion de Turquie. Un amas d'hysterique est monte sur la statue qui sert de rond-point au carrefour central de Sanliurfa. Des camions aux remorques pleines deversent des supporters plus bruyants et heureux les uns que les autres. je suis porte par leur enthousiasme, me mele a la foule, prend des photos dans tous les sens. Je sors meme l'objectif de gala (pres de 20 cm de discretion) et canarde. On me prend pour un journaliste, me demande ou ca passera. Tout le monde pose en brandissant leurs couleurs, leur maillot. Ca dure 2h comme ca.

Je suis a l'endroit du rendez-vous mais Murat a disparu de mes pensees. je rentre a l'hotel galvanise, content d'avoir vu ca et d'en avoir une poignee de bonnes photos.
par Jullian publié dans : Turquie
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Vendredi 9 mai 2008
Deuxieme jour. Je recherche en vain une laverie et une librairie avec livres en anglais, puis m'attele aux visites. Je vais donc sur le site ou Abraham (Ibrahim) semble avoir fait les 400 coups. La grotte ou il est ne, la forteresse construite sur la colline ou le roi Nemrod l'a mis au bucher (pour avoir detruit les dieux paiens), et les grands bassins ou s'epanouissent des centaines de carpes, au pied de la colline (avant qu'Ibrahim brule, Dieu-Allah a transforme le feu en eau, les braises en poissons, et Ibrahim a ete ejecte en bas et receptionne par des petales de roses ! ).


En montant pres des remparts de la citadelle, je tombe sur deux mecs, Murat et son pote, respectivement etudiant et musicien, avec des yeux multicolores. Au bout de quelques minutes a discuter adoose aux remparts, ils me proposent de tirer sur un joint. La prudence me dit de refuser. Tous les a-priori et peurs que "Midnight Express" avait grave dans mon esprit ont bien disparu mais il faut pas provoquer la chance non plus. Leurs yeux deja arc-en-ciel en deviennent plus brillants et on part ensemble dans le bazar.


On se pose prendre un the dans une cour ombragee au coeur du bazar. Les tables sont pleines de turcs buvant et jouant. Aux cartes, au backgammon, aux dominos, au okay. Pendant que mes compagnons roulent des cigarettes de leur tabac super-blond et super-sec avec des feuilles denuees de colle, j'observe le cirque alentour et j'ai l'impression de toucher du doigt l'ame turque ou quelquechose de ce gout-la.

Ils m'invitent a les retrouver le soir meme pour aller a une soiree concert comme Urfa en regorge. Le pote de Murat y joue ce soir. Je suis encore sur le mode mefiance et je ne sais toujours pas quoi faire. Est-ce bien prudent de suivre deux fumeurs de hashish dans un quartier excentre et inconnu, dans une ville inconnue, au coeur de la nuit. Le rendez-vous est a 21h, pres de mon hotel, j'ai encore le temps d'y reflechir.
par Jullian publié dans : Turquie
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